[Essai] : Louis de Bourbon et le principe monarchique

Tenter de convaincre son interlocuteur du bien –fondé du principe monarchique révèle parfois du parcours combattant. Les royalistes doivent souvent faire face à des caricatures persistantes à tout ce qui a attrait, de loin ou de près, à l’histoire du système monarchique.  Pour la grande majorité de nos concitoyens, celui-ci apparaît encore comme une antithèse anachronique de notre siècle 2.0 auquel on oppose souvent  modernité et démocratie. Comment convaincre aujourd’hui les français de l’utilité du principe monarchique alors que les affaires de corruption, de népotisme, de détournement de fond constellent désormais une Vème république en fin de vie ?

Avec 36 rois qui se sont succédés en plus de 800 ans (si on ne tient pas compte des Mérovingiens et des Carolingiens), les Capétiens, des Valois aux Bourbons, ont assuré à travers leurs règnes, une mémoire, une unité, une continuité légitime garantie à travers le principe de l’hérédité dynastique (« le roi est mort, vive le roi ! » selon la formule consacrée). Un principe qui a façonné l’indépendance et la souveraineté de la France et  qui a été sacralisé par le baptême de Clovis. Un héritage national indissociable de notre conscience collective qui n’a fait qu’enfouir notre passé royal au plus profond de nous -même afin de mieux le réveiller prochainement. 

Garant de l’intérêt supérieur de la patrie face aux luttes partisanes ou l’influence grandissante des lobbys en tout genre, le roi représente la nation française. Le régime monarchique qu’il incarne ne repose pas sur une élection qui divise les français tous les 5 ans et qui en lie ses résultats à une opinion publique versatile, ni ne dépends d’une oligarchie financière mais est uniquement justifié par l’arbitrage et la neutralité dont il est le seul à détenir les clefs. Un rôle d’arbitre qui est souvent le recours ultime pour les partis politiques. Ainsi, en 1981, lors du coup d’état qui tente de renverser sa jeune royauté, le roi d’Espagne Juan-Carlos rétablit la démocratie et épargne à son pays un nouveau conflit armé. En 2016-2017, son fils et successeur  Felipe (Philippe) VI est appelé par les  différents partis à résoudre la crise politique qui perdure dans le royaume et redore le blason de la monarchie, un temps menacé par la montée du républicanisme. Tout comme de l’autre côté de la Méditerranée, le roi Mohammed VI mettra un terme au conflit qui opposent les partis politiques en présence, incapables de s’entendre sur le nom d’un Premier ministre issu d’une élection qui a vu le triomphe des islamistes. Que dire encore du roi ds Belges dont la dynastie reste encore aujourd’hui ce ciment qui empêche l’éclatement du royaume, souvent fragilisé par un conflit récurrent entre Wallons et Flamands.

Le roi représente indubitablement le symbole d’une démocratie équitable face à la vision trompeuse d’une république animée par un esprit jacobin contraire au sens du bien commun. La monarchie protège ses sujets quand l’état républicain, « ce despotisme de la canaille » comme l’écrivait Voltaire, agit systématiquement et de manière démagogique au détriment de ses citoyens. Le souverain donne alors un visage à l’état et un pouvoir humain face à une technocratie froide républicaine qui a violemment brisé ce lien profond entre la monarchie parlementaire et l’état de droit.

Milles ans de monarchie capétienne ont mené la France à son apogée et ses rois n’ont eu de cesse de fortifier et garantir les frontières du royaume. Le bilan de la république est moins éloquent. Avec 5 républiques différentes, parfois éphémères, notre pays a connu depuis 1792 pas moins de 5 invasions, 3 révolutions, des instabilités constitutionnelles (ainsi Roland Mousnier dans son livre « Monarchies et royautés de la préhistoire à nos jours » nous rappelait que « l’hérédité n’(avait) jamais produit une succession de rois aussi médiocres que celle des présidents de la IIIe République (…) ») , des querelles intestines, des luttes de pouvoir entre partis…etc. Un savoureux mélange qui n’a fait que contribuer à l’affaiblissement de notre territoire et de l’état tant de l’intérieur que sur l’échiquier international. A contrario de nos institutions actuelles, nos rois ont contribué à forgé l’essence chrétienne de notre royauté « (…) fondée par la justice, la paix et les vraies libertés qui sont les incessantes aspirations du peuple français » comme l’écrivait très justement, le prince Alphonse II de Bourbon, duc d’Anjou et de Cadix, le 21 juin 1985.

Nombre de français biberonnés au lait de l’histoire républicaine pensent encore que la république a légalisé le droit de vote pour tous les citoyens afin de renforcer cette idée qu’elle est plus légitime que la monarchie à laquelle on associe tous les maux de la terre au prix de mensonges historiques éhontés. Et pourtant rien n’est plus faux. Jamais monarchie ne fut plus démocratique que celle de l’Ancien régime où chaque sujet du roi était sollicité afin de donner son avis: votes dans les communes, corps de métiers, vote dans  les parlements provinciaux…, la monarchie absolue ne se résumait donc pas à cette seule phrase attribuée à Louis XIV : « L’état, c’est moi! ».  Les femmes elles-mêmes participaient depuis le moyen-âge à cette vie politique grouillante, intense et votaient au même titre que les hommes dans les conseils les plus importants. La monarchie française a produit ainsi à son plus haut niveau de grandes régentes comme Blanche de Castille ou Marie de Médicis qui ont contribué à renforcer le caractère sacré de la monarchie. Loin de cette dictature dont les journaux ne cessent d’évoquer le nom lorsqu’il s’agit de décrédibiliser la grandeur de la monarchie absolue. Un constat que nous rappelait de nouveau le prince Alphonse lors d’un message à la Légitimité le 25 janvier 1987 : « Des historiens n'ont pas craint de d'écrire que l'ancien régime était "hérissé de libertés" : libertés et autorités, en effet, des organisations professionnelles, des familles, des corps intermédiaires, des provinces, des communes, mais aussi de l'Etat et de l'Eglise. (...) »

Les français incorrigibles nostalgiques de la royauté ? Dans son  numéro de janvier 1995, le magazine Histoire tente d’apporter un début de réponse. Selon Michel Winock, les français ne « paraissent pas aussi républicains qu’ils le croient » et restent toujours traumatisés par le parricide du 21 janvier 1793 (exécution de Louis XVI), «en quête de substituts tant cette (république) sembler rester pour eux un régime improbable ».  Emmanuel Macron alors ministre de l’économie  déclarait en  juillet 2015 : « Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. ». Dans une monarchie, un « roi normal » ne saurait exister. La fonction royale implique qu’elle soit « exercée par un homme ayant reçu la formation adéquate » et non pas par un vulgaire chef de clan qui ne représentera que les intérêts personnels du parti qui aura réussi à le faire élire.  

Ne nous y trompons pas. Tout historien sérieux vous dira qu’à la veille de la révolution française, nul ne songeait à renverser la monarchie pour lui substituer un régime sanglant qui allait faire sombrer la France dans un régime de terreur inspirée par la seule vue  d’une guillotine tournant à plein régime quand ce ne furent pas des milliers de nos compatriote noyés dans les fleuves de France et de Navarre. Le Général Charles de Gaulle a souvent regretté lors des événements qui précipitèrent l’Europe dans un nouveau conflit mondial, l’absence d’un monarque qui aurait pu incarner l’opposition de la France face à l’occupant nazi tel que le fut le roi du Danemark, Christian X, lors de cette période troublée. Une fois élu Président, il envisagea très probablement une solution royale avant de finalement lui substituer un régime plus hybride qui reprit allègrement et sans complexe les fastes et l’étiquette de la monarchie absolue.

Une présidence monarchique qui trouva son apogée sous les deux septennats de François Mitterrand (1981-1995) et que tente de ré-instituer aujourd’hui la nouvelle présidence d’Emmanuel Macron dans une certaine pompe toute giscardienne qui ne saurait abuser les royalistes que nous sommes.

Auteur de nombreux ouvrages, Maxime Tandonnet estimait dans le journal « Le Figaro », au plus fort des festivités marquant le 300ème anniversaire de la mort de Louis XIV, que la « France souffrait de n’avoir pas su choisir entre république et monarchie ». Dans son manifeste du 25 octobre 1852, le comte Henri de Chambord, était lui-même persuadé qu’il en était ainsi : « la Monarchie en France, c'est la Maison Royale de France, indissolublement unie à la nation. Pendant 1300 ans, seuls entre tous les peuples d'Europe, les Français ont toujours eu à leur tête des princes de leur nation et de leur sang ».  

« Et si la France avait finalement besoin de son Roi ? » titrait « Le Figaro » en juin 2014. Georges Dumezil dans le journal « L’Express » de septembre 1986  déclarait qu’assurément « le principe monarchique garantissait contre la dictature des partis, les ambitions individuelles ». Un principe et une alternative pérenne qui se sont transmis jusqu’à nos jours, représentés aujourd’hui et légitimement par le prince louis de Bourbon, duc d’Anjou et chef  de la maison capétienne. A la journaliste Alexandra Cerdan, en décembre dernier, le prince Louis de Bourbon résumait ainsi ce principe qu’il avait relevé à la mort tragique de son père en 1989: «il n’appartient pas à un chef de maison souveraine de faire de la politique au sens des partis. Il faut être réaliste. Quel serait le poids de ces prises de position ? Ce qui est certain en revanche est que, par ce que je représente, c’est-à-dire une autre tradition politique que celle dans laquelle nous vivons, j’offre une alternative !».

En août 2016, un sondage BVA/Alliance royale nous indiquait que près de « 29% des Français pourraient voter pour un candidat royaliste au premier tour de l’élection présidentielle ». Ne serait--il pas temps désormais de concrétiser le retour du Roi et de le couronner à Reims ?

Frederic de Natal

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