Le millénaire capétien du duc de Cadix

Lorsque le dernier des carolingiens, Louis V, meurt accidentellement lors d’une partie de chasse, ses pairs décident d’élire sur le trône Hugues Capet, comte de Paris. De 987 à 1792, de 1814 à 1848, différents rameaux des Capétiens vont se succéder sans interruption sur le trône de France.

En 1986, suite à l’instigation du comte de Paris Henri VI d’Orléans et prétendant au trône de France, le Président de la République François Mitterrand décide d’organiser des commémorations afin de rendre hommage à la monarchie fondatrice de notre nation. Dès le début, François Mitterrand écarte volontairement le prétendant au trône légitimiste Alphonse II de Bourbon, duc de Cadix de l’organisation des festivités. La querelle dynastique agitant le monde monarchiste depuis la mort en 1883 sans enfants d’Henri V, comte de Chambord, François Mitterrand avait tranché de manière inquisitrice en ostracisant totalement le prince Alphonse de l’organisation des festivités. Si les médias français accordent alors une large place dans leurs journaux et chaînes télévisées au comte de Paris, c’est au chroniqueur Thierry Ardisson que le légitimisme devra de pouvoir se replacer au sein des commémorations du millénaire capétien. En décembre 1986, la sortie de son livre «  Louis XX, contre-enquête de la monarchie »  est un succès. La France (re-)découvre l’histoire de la maison de Bourbon et porte un regard nouveau sur l’un de ses princes héritiers, Louis-Alphonse tout juste adolescent que l’animateur Thierry Ardisson décrit  « comme un gosse en jean et basket, faisant du skate dans une avenue chic de la banlieue madrilène ».

Le prince Alphonse, deuxième du nom pour ses partisans, va fortement s’impliquer dans les commémorations qui lui permettront enfin de « pénétrer dans cette réalité qu’il incarne ».  Le 21 janvier de chaque année, jour anniversaire de la mort de Louis XVI, est l’occasion pour les monarchistes des deux tendances d’affirmer autant la force du souvenir que de se rassembler autour de leurs princes respectifs. Entre lecture du testament du Roi décapité par une glaciale guillotine révolutionnaire et des cris de soutiens à la monarchie, c’est durant cet hiver 1987 que le prince Alphonse se rend à la Basilique Saint Denis afin d’assister à la messe traditionnelle d’hommage. Lieu symbolique par excellence, il a en son sein les tombes des Rois, princes et princesses de France. Il devient involontairement le temps d’une journée, le lieu de rivalité entre les deux branches dynastiques.

La veille, il avait ouvert le Colloque d’ouverture de l’année capétienne au Palais du Luxembourg en compagnie d'Alain Poher, président du Sénat.

Henri d’Orléans avait eu connaissance de la liste des personnalités pressenties au sein du Comité du millénaire. Chacun des noms avaient été scrutés à la loupe par le descendant de Louis Philippe Ier afin de repérer le moindre légitimiste qui aurait pu être susceptible de remettre en cause ses prétentions. Le comte de Paris ne cachait pas son indignation de voir les prétentions au trône de France du duc de Cadix s’étaler ouvertement dans les journaux français. Dans une lettre accompagnée d’un dossier complet qu’il fit remettre au Roi d’Espagne lors du sommet franco-espagnol, en mars 1987, Henri d’Orléans dénonçait les activités du prince Alphonse et de «  son groupuscule d’aristocrates (qui) anime une campagne sépulcrale en France ». Le comte de Paris ne visait pas moins que le duc de Bauffremont, à la tête de l’Institut de la Maison de Bourbon (IMB) et appelait Juan-Carlos Ier d’Espagne à condamner officiellement les actions du Prince qui selon lui portait illégitimement le titre de « duc d’Anjou ». 

Une condamnation qui ne viendra jamais.

Le 3 avril 1987, c’est à Noyon, lieu de sacre de Hugues Capet, que les festivités sont lancées. Le duc de Cadix n’a pas été invité. Le Comte de Paris reçoit la place d’honneur. Alphonse II de Bourbon dénonce ce manquement à l’étiquette qui ne le place pas parmi les membres éminents de  l’assemblée.

Bien déterminé à faire valoir ses droits sur ses festivités, le prince Alphonse n’en continua pas moins de parcourir la France. Une soixante de villes visitées, reçu autant par ses partisans que les Hauts-fonctionnaires de la République, dont les réceptions furent rarement perturbées par l’opposition. Excepté peut être dans la ville de Sète où la section locale du Parti communiste organisa une contre- manifestation à son arrivée. Le duc de Cadix est reçu à la Mairie de Lyon par les politiques locaux qui se pressent autour de lui tel que le Sénateur Gérard Collomb ou Michel Noir, ministre de l’Industrie et du Commerce. L’inauguration de l’exposition « Lyon et les Capétiens » à l’Université Lyon III marquera la fin de sa visite de 48 heures dans la capitale rhônalpine le 14 février. Il y reviendra régulièrement notamment le 12 septembre où Le primat des Gaules, le Cardinal Decourtray officia une messe en présence d’Alphonse II dans une cathédrale ornée des Lys de France et blason de la maison de Bourbon.

De dépôt de gerbes (comme à Nantes aux pieds de la colonne Louis XVI où à Saint Malo sur la tombe de Chateaubriand) en messes commémoratives, le prince Alphonse peut compter aussi sur le soutien du duc de Bauffremont qui s’active en coulisse et au plus proche du Palais de l’Elysée.

Jacques de Bauffremont, représentant officiel du duc de Ségovie Henri (VI) –Jacques de Bourbon depuis 1946  continuait ses activités de représentation depuis « l’avènement » d’Alphonse II en 1975. Titré prince de Marnay, charge héritée du Saint Empire romain, le duc de Bauffremont est à l’époque déjà une institution charismatique du monde légitimiste qui lui doit d’avoir remis les prétentions des princes Bourbons sur la couronne de France. Qualifiés par leurs détracteurs de « Blancs d’Espagne ou alphonsistes », les légitimistes avaient quasiment disparu du paysage politique monarchiste dans la première moitié du XXème siècle. Les prétendants étant plus préoccupés par leurs droits jugés plus crédibles sur le trône d’Espagne qu’un hypothétique trône de France dont la République s’empressera de faire voter une «  loi d’exil » en 1886 et qui concernera tous les princes issus des anciennes maisons régnantes de France. En relation avec François de Grossouvre, alors Chargé de mission auprès du Président de la République, le duc de Bauffremont avait tenté d’obtenir une audience entre le duc de Cadix et François Mitterrand, en vain (1984).  La république ignorait alors ses « princes étrangers » comme appelait le Président François Mitterrand cette branche des Bourbons, autant qu’elle avait manqué un rendez-vous de l’histoire en organisant le rapatriement du corps de Charles X, enterré encore aujourd’hui en Slovénie.

A l’école militaire de Sorèze, le passage du prince Alphonse devant l’une des rares statues de Louis XVI encore debout, fera l’objet d’une plaque officielle. Reims, Carcassonne, Chambord sans oublier l’hommage rendu aux héros des guerres de Vendée, le prince Alphonse n’en oublie pas de répondre aux interviews des journalistes qui l’accompagnent. La France assiste à la division des monarchistes et tentent d’en comprendre les raisons. 200 clubs ou associations se réclamaient du mouvement légitimiste lors du millénaire capétien quand ce n’était pas des organisations politiques comme la Garde Blanche ou le Mouvement Chouan. Sans compter une multitude de journaux comme la « Gazette royale »  ou « La légitimité » qui diffusent les idées du prince.

Le 26 septembre, Henri d’Orléans confère des titres à ses deux petits-enfants, Jean et Eudes au château d’Amboise. Des milliers de monarchistes se sont rassemblés pour cette occasion. Les fêtes du millénaire capétien atteignent leur apogée autant qu’elle révèle également au grand public les dissensions entre le comte de Paris et son fils aîné le Comte de Clermont à qui on a refusé l’accès du site.

Le lendemain, la « chaîne 5 » met à l’honneur le duc de Cadix en le présentant comme l’aîné des Capétiens à la télévision. Et plusieurs chaînes de télévision régionales de répercuter l’événement.

Le millénaire capétien du duc de Cadix, Alphonse II de Bourbon s’achèvera le 18 Novembre 1987 lors d’un  grand diner-débat au Concorde Lafayette  (Paris)  organisé par l’Institut de la Maison de Bourbon. Un repas qui réunira plus de 500 personnes autour du prétendant et de la duchesse de Ségovie. Parmi les invités, Thierry Ardisson dont le livre a définitivement contribué à « donner au légitimisme, une apparence moderne. Désormais, le royalisme  légitimiste se vit autant dans les chapelles que les boîtes de nuit branchées. »

C’est assurément un succès pour la mouvance légitimiste. L’année suivante, le Comte de Clermont futur Henri VII d'Orléans, décide d’intenter un procès (dit du Millénaire) à son cousin Alphonse de Bourbon pour lui interdire le port des armes de France « trois fleurs de lys d'or en position deux et un sur champ d'azur », et déclara que cette branche des Bourbons se servait d'un « symbole de la France », estimant là qu’il s’agissait d’un préjudice. Aux côtés du Comte de Clermont, les Princes Ferdinand de Bourbon- Sicile et Sixte- Henri de Bourbon- Parme. Ils seront déboutés le 21 décembre 1988 par le Tribunal de Grande Instance de Paris.

Le légitimisme n’aura pas le temps de profiter de ce renouveau ni d’écrire les plus belles pages de son histoire. Le 22 janvier 1989, alors qu'il a décidé de tester une des pistes de ski pour le championnat du monde de ski alpin à Beaver Creek (Etat du Colorado, États-Unis), Alphonse de Bourbon, 52 ans, heurte à pleine vitesse un câble tiré en travers de la piste. Blessé mortellement au cou, il décèdera peu après.

La légitimité venait de perdre un personnage charismatique qui incarnait de réelles perspectives de restauration de la monarchie laissant derrière lui désormais un jeune homme de 15 ans assumer seul son héritage dynastique et politique dans un nouveau… millénaire capétien.

Frédéric de Natal

Bibliographie :

Thierry Ardisson, « Louis XX, Contre-enquête sur la monarchie », Edition Olivier Orlan (1986)

Marc Dem, « le Duc d’Anjou m’a dit » Edition Perrin (1989)

Cyrille Schott, « La rose et le lys », François Mitterrand et le comte de Paris (986-1996), Edition Plon (2011)

 

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