[Exclusif] Jacques Bernot dévoile "Les princes cachés ou histoire des prétendants légitimistes"

L'hiver dernier. Adossé à une étagère, pendant que je feuilletais quelque ouvrage - naturellement - du baron Pinoteau rue de Vaugirard à Paris au milieu de la foultitude de livres que propose Monsieur Sorlot, mon regard tout plein de curiosité découvrit en contrebas les piles de dossiers et manuscrits qui trônaient impatiemment sur le bureau de l'éditeur...

L'un d'entre eux, sur lequel est inscrit "Les Princes Cachés", stoppa net ce balayage visuel sans gêne de ma part. "Il vous plaira, celui-là..." me lance le maître de maison (d'édition). Passée ma surprise mêlée de bien peu de honte quant à mon vilain défaut révélé au grand jour, je n'hésite pas à m'enquérir du sujet que vise ce manuscrit qui me nargue... "Toute la branche Anjou depuis Chambord!" m'annonce François Sorlot. "Le livre que j'aurai aimé produire" avait alors songé le procrastinateur que je suis... Car le sujet est pointu et fut très rarement envisagé chronologiquement et de façon aussi agréable à lire que Jacques Bernot, juriste et historien, vient de le faire. 

Dès lors Vexilla Galliae se devait, par l'intercession de votre serviteur, de s'entretenir avec l'auteur des "princes cachés ou histoire des prétendants légitimistes (1883-1989)", paru en mai chez Lanore Histoire.  

Jacques Bernot tiendra une conférence - parrainée par Vexilla Galliae et le C.E.H. -, suivie d'une séance de dédicaces, sur "Les princes cachés" le mercredi 28 janvier à 20h00 au 15 rue Cortambert à Paris.

Cette conférence a par ailleurs été annoncée sur l'antenne de Radio Courtoisie mercredi 21 par Jean-Christian Pinot, Président du Centre d'Etudes Historiques, invité du Libre Journal de Paul-Marie Coûteaux, ayant pour thème "la royauté" et en libre "réécoute" sur le site de la radio pendant une semaine.

Alphée Prisme

Vexilla Galliae : Après vous être intéressé à "La fortune disparue du roi Louis-Philippe" puis au "comte de Toulouse", comment vous est venue l'idée d'évoquer, par autant de biographies, riches en détails et anecdotes, rassemblées en un ouvrage de 300 pages, chacun des aînés de la Maison de Bourbon depuis la mort du comte de Chambord (roi de jure Henri V), considérés comme rois de France par les légitimistes selon les Lois fondamentales du royaume de France?

Jacques Bernot : Je ne suis pas un auteur de grandes biographies du style "Louis XIV" ou "de Gaulle". Je préfère les sujets moins connus, ceux sur lesquels il n'y a pas de matière ou peu de matière au départ. Ce que j'aime c'est chercher. J'ai lu divers livres de souvenirs, tant en français qu'en espagnol et je me suis lancé. Merci de reconnaître que cet ouvrage est novateur. En effet, cette mise en perspective sur un siècle n’avait jamais été traitée. Un ouvrage récent – de source plutôt orléaniste, il est vrai – indique même qu’ « il n’y a rien à dire » sur mes personnages. J’ai quand même réussi à en tirer 300 pages. 

V. G. : Combien de temps vous a-t-il fallu pour documenter une telle recherche et comment avez-vous mené votre enquête? Puisqu'il y est souvent question d'exil, avez-vous dû voyager et rencontrer des informateurs tout aussi cachés que - vos sujets - nos princes? Y a-t-il certains de ces aînés donc chefs de la Maison de France au sujet desquels vous auriez aimé en savoir plus sans y être parvenu, et, a contrario, vous est-il arrivé de découvrir, presque par hasard, un trésor insoupçonné d'informations sur un autre de "nos rois"?

J. B. : Il a fallu deux ans. Ce livre est voulu comme un travail d’historien. Il est fondé sur des écrits, des références bibliographiques auxquelles le lecteur peut aisément se reporter. J'ai eu aussi divers entretiens, notamment plusieurs entretiens avec S.A.R. Madame la princesse Marie-Thérèse de Bourbon de Parme qui m'a, à la fois, encouragé et critiqué pour certaines de mes thèses. C’est une suite de sept biographies. Ce n’est pas un pamphlet. Ce n’est pas non plus un ouvrage de doctrine. Il ne prétend défendre aucune cause ni en desservir aucune. Le but est d’ailleurs atteint car certains « légitimistes » d’aujourd’hui ont trouvé ce travail trop favorable aux Orléans et réciproquement. 

V. G. : Maintenant qu'ils peuvent tous nous être un peu plus familiers grâce à cette Histoire des prétendants légitimistes (1883-1989), pouvez-vous nous dire quel fut celui qui, parmi ces sept princes, vous a le plus touché ? Et pour quelle(s) raison(s)? L'un d'entre eux vous a-t-il fâché, ou déçu? Pour quelle(s) raison(s)?

J. B. : Le point commun des sept personnages, c’est que la légitimité s’est, en quelque sorte, imposée à eux. Ils ne l’ont pas souhaitée : elle leur est tombée dessus – si j’ose dire -, à chaque génération, j’allais dire aussi, presque comme une malédiction, en tout cas, comme un fardeau. Certains ont réagi en cherchant à se faire oublier : le comte de Montizon, don Jaime, duc de Madrid et Alphonse XIII. D’autres étaient trop faibles physiquement pour assumer : ce fut le cas d’Alphonse-Charles, par vieillesse, et du duc de Ségovie, par sa surdité profonde. Deux d’entre eux, Charles, duc de Madrid, puis Alfonso, duc de Cadix, ont, en revanche, été des personnages charismatiques et impliqués dans l’action.

Cela a été un grand plaisir pour moi de les ressusciter tous les sept. J’avoue une sympathie particulière pour Jaime duc de Madrid, ce héros exotique, officier dans l’armée russe, aimant la vie facile dans la Belle Époque, la côte d’Azur, le jeu, les aventures. Et j’ai beaucoup d’admiration, à l’autre bout du spectre, pour son oncle Alphonse-Charles, ce soldat de Dieu, ancien zouave pontifical, tellement déphasé dans ses conceptions politiques d’Ancien régime par rapport à la réalité de son époque qui voyait se développer communisme et fascismes. Mais quelle dignité, quelle constance aussi !

V. G. : Vous décidez de ne pas brosser le portrait de l'actuel duc d'Anjou, Louis XX, fils d'Alphonse de Bourbon, de jure Alphonse II. Est-ce pour couvrir un millénaire depuis 987, couronnement d'Hugues Capet - dont Louis XX est le descendant par primogéniture masculine - et un siècle depuis la mort du comte de Chambord (1883) jusqu'à la mort d'Alphonse II (1989) comme vous l'indiquez dans votre avant-propos, ou pour une autre raison?

J. B. : La question de la loi salique – c’est-à-dire de la dévolution de la couronne de France à l’aîné des descendants mâles légitimes d’Hugues Capet - a été évoquée bien des fois et mon livre ne fait que reprendre, de façon synthétique, bien des raisonnements précédents. Mais je veux me borner à une approche historique. Celle–ci est simple : mes sept héros ont, successivement, été les aînés de la Maison capétienne en s’en tenant à une conception stricte de la loi salique. Cela étant dit, je n’ai pas passé sous silence les conséquences du traité d’Utrecht (1713), ni de la renonciation du roi Philippe V à la couronne de France, pour lui et ses descendants mâles. Cette renonciation est un fait historique et juridique. 
Votre question relève de l'actualité et pas de l'Histoire. Il n’appartient, en revanche, pas à un historien de dire qui est le bon candidat, le bon prétendant et ce n'est pas du tout le propos de mon livre.

V. G. : Enfin, peut-on savoir quelle sera l'histoire que vous nous proposerez de lire prochainement ?

J. B. : Non ! Mais je vous conseille - puisque vous aimez Les princes cachés - d'aller acheter et lire mes précédents livres : Les Palatins, princes d'EuropeMademoiselle de NantesLa fortune disparue du roi Louis-Philippe ainsi que le Comte de Toulouse, que vous trouverez aux éditions Lanore et vous pouvez lire aussi une biographie de Gaston Palewski que j'ai publiée aux éditions François-Xavier de Guibert. Bonne lecture !                                                                                                                                

(Propos recueillis par Alphée Prisme)

 

Les photographies reproduites, la bibliographie, la chronologie détaillée, le tableau généalogique et l'index des noms cités (un véritable confort !) enrichissent "Les princes cachés ou histoire des prétendants légitimistes (1883-1989)", Lanore Histoire, 2014.

 Prochains entretiens exclusifs sur Vexilla Galliae :

- Début février : Michel Bernard Cartron autour de "Madame Royale, l'énigme résolue", parue en juin chez Via Romana.

- Fin février : le baron Pinoteau nous présentera ses "Nouvelles Etudes Dynastiques : héraldique, vexillologie, phaléristique", parues en novembre  chez Le Léopard d'or.

Commentaires  

#5 Renaud Serv du Roy 29-01-2015 15:38
A Vallet-Sandre:

Absolument, d'autant plus qu'en droit français, sous l'Ancien Régime comme aujourd'hui, on ne peut pas hériter de celui que l'on à tué. Philippe-Egalit é, en votant deux fois la mort du Roi de France (vote de la mort à la Convention et rejet de l'amendement Maillé demandant que la peine de mort soit commuée en prison à vie), à coupé sa descendance de l'héritage qu'il pouvait attendre du Roi qu'il a tué !

A Benoit Legendre :

Ma réponse est définitivement oui !

En tant que légitimiste, nous défendons les droits de l'aîné des Bourbons, c'est entendu, mais également une conception de la monarchie : Catholique et Royale !

Et non la pseudo-monarchi e libérale et franc-maçonne aux affinités socialistes de Louis-Philippe Ier des Français.

La monarchie orléaniste n'est plus la monarchie française !

Le jour J, chacun fera son choix, moi je resterai fidèle !
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#4 Benoît Legendre 27-01-2015 15:51
Si je soutiens naturellement la cause du duc d'Anjou, c'est parce qu'elle est en concordance avec les principes des lois fondamentales du Royaume de France ; mais si les circonstances un jour autorisent une restauration souhaitée par les français avec un prince d'Orléans, que ferons nous ? faudrait-il "empêcher" cette restauration au prétexte qu'un Orléans en serait le bénéficiaire ?
Vive le roi !
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#3 Vallet-Sandre 24-01-2015 15:50
Les descendants de régicide et de F.M.,hostiles à la royauté ne peuvent pas régner .Cela paraît évident !!
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#2 stepha 24-01-2015 15:24
On ne renonce en outre nullement pour ses héritiers
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#1 Dofiar 24-01-2015 09:52
Monsieur Jacques Bernot n'a pas dû faire d'études de droit pour avancer faussement qu'il y a des conséquence juridiques à la renonciation de Philippe V au traité d'Utrecht. Dans toutes les facs de droit, les professeurs d'Histoire des institutions publiques enseignent que cette renonciation est NULLE EN DROIT vu qu'elle contrevient à la loi fondamentale du Royaume de l'indisponibili té de la Couronne. C'est écrit dans les ouvrages de nos professeurs d'universtié. C'est la raison pour laquelle il est taxé d'orléanisme.
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