Lettre d’un émigré – La réforme, la vraie

Tout le monde parle de réforme, beaucoup croient réformer, peu, trop peu, amorcent un semblant de réforme.

Le comble se trouve dans la croyance, non pas populaire, mais bien révolutionnaire, de prendre la réforme pour un « changement », pour une « innovation », comme une « fin en soi », là où la réforme consiste avant tout à « reformer », et donc à re-vitaliser, réactualiser l’ancien, les bons vieux principes et les bonnes vieilles recettes, et donc la réforme n’est au mieux qu’un moyen pour revenir aux sources, et les bonnes sources.

Le changement pour le changement qui obsède les contemporains dans tous les domaines, depuis la ridicule fébrilité législative et paperassière qui veut faire croire que l’accumulation à l’infini de bouts de papier s’appelant « loi républicaines » et autres noms d’oiseaux réglementaires seraient une œuvre en tant que tel, quand ils sont au mieux une imprécation bien inutile, au pire une tentative manipulatrice, et d’un ridicule visible par tous pour qui prend la peine d’y regarder un peu. La maladie « changiste » ne se limite pas, hélas, au spectacle comico-tragique de la politicardie professionnelle – qui n’a plus rien à voir depuis longtemps déjà avec la politique -, mais elle se retrouve dramatiquement partout dans la société : tout doit changer et bouger, pour du « neuf », on ne sait pas pourquoi, mais il faut changer, ne pas se poser, ne pas avoir sa place, ne pas être serein, ne pas goûter, ni savourer, ni contempler, juste bouger, comme un pantin mécanique dont les rouages grippés se bloqueraient sur la répétition absurde d’un mouvement frénétique à l’infini. Changer de portable, changer de gadget, changer de vêtements, changer de coupes de cheveux, changer de lieu de vie, changer d’habitation, changer de travail, changer de projet, changer de « partenaire », changer de sexe, changer de parti. Tiens ? Sur la fin on change moins déjà, et ce qui ne change pas, c’est la consternante matérialité de tout ça, ou, à l’inverse, le consternant idéalisme poly-forme idéologique qui considère que la chose qu’il ne faut pas changer c’est justement le changement.

Pourtant, la réforme est la « reformation » de ce qui a perdu sa forme. « Réformer la France », c’est avant tout la reformer, lui redonner ces contours et sa matière. La restauration comprend ce travail de reformation : restaurer notre énergie et les destructions tout en les reformant dans le sein sain et saint de la Royauté.

L’homme même révolutionnaire est au fond obsédé par les sources. Qu’il tombe dans le manichéisme primitif de vouloir croire que la nature de l’homme est bonne à la source, de type Rousseau, ce qui aboutit sur la superstition du progrès, lendemains qui chantent, et s’ensuivent régénération révolutionnaire et génocides de masses ; qu’il croit que la nature humaine est mauvaise à la source, et nous voilà avec un autoritarisme napoléonien où l’homme est avant tout un objet de méfiance qu’il faut contraindre au bien – mondain et social. Dans les deux cas, on contraint au bien, qu’il soit inventé, ou qu’il soit un ordre purement extérieur et matériel – hélas, la violence de la révolution aboutit à de telles extrémités de désordres et d’horreurs qu’il n’est pas forcément étonnant que le dix-neuvième siècle alla dans l’extrême inverse, privilégiant l’ordre formel sur toute conversion des âmes et des cœurs -  en général s’entend, il peut y avoir des exceptions. L’importance attachée à ses propres sources – à ses propres racines -  est en tout cas la préoccupation habituelle des hommes, que cela soit conscient ou pas ; toute la question c’est de savoir à quels points ces sources sont de l’imagination fumeuse d’esprits illuminés, ou se fondent sur une vérité et des réalités palpables. La « réforme » protestante voulait revenir à une source inventée, ainsi que la révolution, autre sorte de « réforme », quand la « contre-réforme » ou la « contre-révolution » sont de véritables reformations d’une réalité incarnée et spirituelle qui s’est dégradée avec le temps du fait de la faiblesse des hommes indignes de cet héritage qu’on leur donne pourtant charitablement, qui a pris de la poussière, qui a pu être endommagée.

Seule la religion catholique sait sortir de cette ornière de la recherche des sources en sachant concilier une vision juste, caractéristique de la vérité : l’homme est bon par nature, puisque le Créateur nous forma et que cela est bon, et sa création est bonne ; l’homme est néanmoins aussi mauvais par nature – par manque de bien selon le principe thomiste – du fait du péché originel qui l’a blessé sans altérer le fond de sa nature, et il doit travailler à laver et purifier ses macules sans cesse.

La seule réforme véritable possible est ainsi la restauration qui est « la reformation » de la France selon son esprit original et originel. Ce n’est ainsi pas un hasard que de nombreux des Rois Très Chrétiens, dont notre Bon Roi régnant – car il suffit qu’il soit pour régner-, portent le nom de « Louis », qui n’est autre que « Clovis », le « c » en moins et le « v » équivalent du « u » en latin. Nos Rois ont toujours eu cette volonté de revenir à la source de la royauté française qui se trouve dans le caractère franc de Clovis et sa conversion à la religion universelle. La même chose existe dans l’Église avec nos « pie » qui pensent à reformer, refonder comme Pierre, et nous ne pouvons que prier qu’un prochain Pape prenne le nom de « Pie », en soit un programme.

L’envie de « réforme » est ainsi un élan naturel des hommes qui veulent toujours tendre vers le bien et vers leurs sources. Il s’agit de ne pas se méprendre ni sur la réalité de ces sources, ni sur la nature de ce « bien ». La réforme véritable se trouve dans la restauration, union de bonnes « sources », avec une solide « tradition » qui transmet ces sources – en esprit du moins, la forme concrète peut parfois changer, mais tant que l’esprit est là le reste suivra – vers le « bien » christique.

Ne laissons pas ce mot se faire usurper par les révolutionnaires de tout temps qui se méprennent sur les sources, la tradition et les fins. Et n’oublions jamais que la réforme commence par la restauration de nous-mêmes, puis peu à peu des alentours.

Pour Dieu, pour le roi, pour la France

 

Paul de Beaulias

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