[Point de vue] Hommage d’un légitimiste à Maurras

   Le 16 novembre 1952, M. Charles Maurras, de l’Académie française, rendait son âme à Dieu. C’est l’occasion pour les royalistes de rendre un vibrant hommage à ce grand penseur et sublime écrivain.

  On ne compte plus ses défauts personnels ou les incohérences de sa doctrine : il a soutenu la maison d’Orléans dans ses prétentions injustifiées à la couronne, il a défendu un nationalisme digne de celui des Révolutionnaires, il s’est réjoui de la défaite de nos armées en 1940, il a même été condamné par le Saint-Siège etc.

 Tout cela ne peut que limiter notre enthousiasme. Il fut pourtant un grand esprit, sinon le plus grand de la France de son temps,  et nous lui devons beaucoup :

   D’abord il a maintenu le royalisme à une époque où les espoirs d’une restauration semblaient s’envoler. Après le « Grand Refus » du comte de Chambord et le Ralliement prêché par Léon XIII, tout le monde, même les piliers de la cause comme Albert de Mun, a cru qu’il fallait se soumettre à la république. Maurras a eu le mérite de restaurer un mouvement monarchiste crédible et visible. Il a été pendant un demi-siècle la preuve vivante que la restauration était une solution concrète aux problèmes de son temps nourrie d’une doctrine juste et cohérent. En outre, par ses origines modestes, il a montré à la France que le royalisme ne touchait pas seulement les princes et les ducs nostalgiques de leurs privilèges  mais tout Français soucieux des intérêts de son pays. A titre de comparaison, le bonapartisme a disparu faute d’avoir trouvé un esprit d’une telle envergure.

   Bien qu’il ait soutenu la Maison d’Orléans dont les convictions libérales sont connues, il a professé des opinions proches de la tradition légitimiste et contre-révolutionnaire. Il a su formuler avec une grande clarté les avantages du régime monarchique et analyser avec lucidité  les événements de son temps. C’est pourquoi les légitimistes d’aujourd’hui doivent le lire avec intérêt (même si je vous le concède ses œuvres sont difficiles à trouver) sans tomber dans l’idolâtrie aveugle que lui voue l’Action française.  La république elle-même a pris acte de sa critique acerbe du parlementarisme quand elle a réformé ses institutions en 1958.

   Enfin il a chanté sa Provence natale avec des accents lyriques qui témoignent que chez cet homme il y avait, en plus d’une intelligence profonde, une vive sensibilité poétique.  Ce n’est pas en vain que Gustave Thibon voyait en lui un authentique mystique.  Vraiment malgré de sérieuses réserves, je ne puis me résoudre à le condamner.

Julien Portal

Commentaires  

#8 Catoneo 03-12-2016 10:14
Citation en provenance du commentaire précédent de Philippe Houbart :
Donc, si je suis Catonéo, si Maurras n'a pas été "légitimiste", c'est parce qu'il n'a pas connu les "légitimistes" et parce que les Bourbons d'Espagne n'étaient pas "disponibles" pour la France jusqu'en 1931.

Le légitimisme français est sorti du cénacle étroit des "savants" à l'occasion du Millénaire capétien, grâce au charisme naturel du prince Alphonse et à son implication dans la vie des royalistes. Auparavant ce n'était que discussions oiseuses et gratuites, les Blancs d'Espagne n'étant pas intéressés. Charles Maurras a vécu dans cette époque d'absence de la branche espagnole. Après, on peut toujours trouver une étude sur la légitimité dans la tonne de publications produites par l'Action française.
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#7 Philippe Houbart 30-11-2016 16:48
Donc, si je suis Catonéo, si Maurras n'a pas été "légitimiste", c'est parce qu'il n'a pas connu les "légitimistes" et parce que les Bourbons d'Espagne n'étaient pas "disponibles" pour la France jusqu'en 1931. C'est la meilleure. Faut-il exhumer les innombrables textes parus sous le patronage de l'Action Française, traitant de la légitimité, et dénonçant l'imposture espagnole ?
Quant à "l'indisponibil ité" des Bourbons d'Espagne jusqu'à 1931, c'est une grosse blague. Alphonse XIII n'a jamais, avec raison, prétendu au trône de France. C'est une invention du mythomane Pinoteau, que tous les faits et écrits démentent.
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#6 Philippe Houbart 30-11-2016 16:35
Je souscris totalement à ce que dit Meuse (Pierre de ?).
Il est de bon ton de ressasser que la "divine surprise" saluait la victoire allemande. C'est absolument faux, puisque celle-ci n'était pas encore acquise. Par contre, là où je ne suis pas d'accord ni avec Meuse ni avec Catonéo, c'est qu'on ne connaissait pas encore les idées de Pétain et son projet de Révolution Nationale. La divine surprise, pour Maurras en cet été 1940, c'était l'arrivée au pouvoir d'un soldat paré de la gloire de Verdun, susceptible de recréer l'unité nationale. Après, c'est une autre histoire.
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#5 Hervé J. VOLTO 21-11-2016 17:59
Le Marquis de La Franquerie ne s'y est pas trompé, qui a rendu homage à Charles Maurras dans son ouvrage, Maurras, grand défenseur des vérités éternelles (ED. de Chiré).
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#4 Catoneo 21-11-2016 10:36
Reprocher à Maurras d'avoir soutenu le duc de Guise dans la promotion d'une monarchie restaurée est proprement stupide puisque les Bourbons d'Espagne ont régné à Madrid jusqu'au 14 avril 1931 et n'étaient donc pas "disponibles" pour la couronne de France.
Et comme l'a dit Meuse avant moi, il ne s'est pas réjoui de la défaite de 40 tant il était germanophobe, mais il a acté l'effondrement de la IIIè République pourrie et l'avènement du programme de Révolution nationale qui était un réarmement moral du pays. Il ne pouvait que saluer la mise en œuvre de ce programme par le vainqueur de Verdun, plus tard ambassadeur de France à Madrid très apprécié du pouvoir espagnol que Maurras soutenait.
Le noyau légitimiste français n'est apparu à Paris qu'après la Seconde guerre mondiale et au début, très modestement. Maurras expira en 1952, il ne les a peut-être jamais connus.
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#3 Meuse 17-11-2016 19:11
Maurras ne s’est nullement réjoui de la défaite de nos armées en 1940. Il s'est réjoui des orientations du Maréchal Pétain, dont il pensait au début que ce n'était qu'un gouvernement pour traiter. S'il a été condamné par le Saint-Siège, c'est parce que Pie XI avait choisi de soutenir la Gauche et de négocier avec elle. Les Orléans n'avaient pas des orientations plus libérales que les Bourbons alphonsins dont descend la branche soutenue par ce site.
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#2 Patrick Thouvenin 17-11-2016 16:08
Bravo, Monsieur Portal pour cet article.Je me doute bien que les oeuvres de Charles Maurras doivent être difficile à trouver. ¨Pour ma part, j'ai sur ma table de chevet "Mes idées politiques" de Charles Maurras préfacées par Pierre Gaxotte de l'Académie Française. Il est vrai que c'est parfois ardu à lire, mais cela se lit avec un certain intérêt.
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#1 PELLIER Dominique 17-11-2016 08:00
Avons-nous un tel chantre actuellement ???
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