Les minorités religieuses en France depuis 1789

Après avoir traité de la France et de son Roi très-chrétien, partons sur d’autres rives… Celles de la de la déchristianisation progressive de notre bon royaume !

La France contemporaine, ou post-moderne, entretient avec la foi des rapports complexes. Baptisée avec Clovis, son roi et ses peuples sont nommés « très-chrétiens » et de fils aîné de l’Eglise. Jusqu’à la Révolution, la question des minorités religieuses ne se pose pas, la religion prétendue réformée qu’est le protestantisme n’est tolérée sur le territoire que par largesse et le judaïsme est extrêmement peu présent. Ainsi dès la Révolution, où la France passe du statut de royaume Très-Chrétien à celui d’état déiste puis anticlérical, naît véritablement le principe de minorité religieuse.

De 1789 à 1804, la Ière république, sous ses différentes formes, va intégrer la minorité protestante, mais aussi les français juifs. En effet, dès 1790, les juifs d’Alsace et du Sud-Ouest sont reconnus comme citoyens de plein droit. Il faut cependant relever que sous la royauté, tous les hommes se trouvant dans le royaume étaient sujets du roi, y compris les réformés et les juifs. En septembre 1791, les 40 à 50 000 juifs deviennent citoyens. Le protestantisme est également accepté : il y a alors environ 400 000 réformés en France. Louis XVI, lors de son sacre, avait rendu inaudible le serment d’éradiquer [comprendre convertir ou exiler] les hérétiques. Dans cette France de 30 millions d’habitants, les minorités religieuses représentent alors moins d’un million d’entre eux, divisés entre luthériens, calvinistes et juifs. Bonaparte est célèbre pour le Concordat qu’il négocia avec le Saint-Siège en 1801 [le premier depuis François Ier]. Mais que dit ce Concordat du 15 juillet 1801 ? Il est la première pierre à la laïcisation puisqu’il dit que le catholicise est la religion de la majorité des Français. Bonaparte fait aussi voter des articles organiques le 8 avril 1802 ; il y est question de l’organisation et de la soumission du protestantisme et du judaïsme au pouvoir. En effet, si 77 articles traitent du catholicisme, 44 concernent le protestantisme. Celui-ci est structuré comme l’Eglise romaine, en synodes calvinistes et inspections luthériennes. Il y a trois échelons qui imitent précisément l’axe Rome/diocèse/paroisse : échelons central, départemental, local. En ce début de XIXème siècle, le judaïsme connaît lui aussi un renouveau puisqu’entre 1806 et 1808, trois assemblées des notables juifs se tiennent, ce qui aboutit à la création de consistoires, toujours à l’image des synodes et inspections protestantes, toujours calquée sur le modèle hiérarchique de l’Eglise. Enfin, le 17 mars 1808 est publié le « décret infâme » qui est intègre, finance et soutient les consistoires juifs dans la France impériale d’alors. Ce décret, valable dix ans, sera renouvelé par Louis XVIII en 1818. Ce dernier financera également le protestantisme, tout en faisant élever la Chapelle Expiatoire à la mémoire de son frère Louis XVI.

La création de l’empire colonial va voir la naissance d’une nouvelle minorité : l’islam. Celui-ci a la particularité d’être minoritaire sur l’ensemble du territoire mais majoritaire là où il est présent, dans les colonies d’Afrique. L’Algérie est conquise en 1830 et c’est le roi bourgeois Louis-Philippe qui décide de financer et de contrôler la religion locale. Ainsi, la même somme de 337 000 francs est allouée à l’islam et au catholicisme, à l’avantage de ce dernier puisqu’il reçoit une somme identique alors qu’il est très largement minoritaire sur le terrain. Cependant, tout au long du siècle, le relativisme et le scientisme se développent et le pouvoir sera de plus en plus méfiant envers le sunnisme, comme il l’est envers l’Eglise. Globalement, à partir de 1850, l’Etat ne veut pas imposer le christianisme mais cherche plutôt à contrôler les colonies, et cela passe souvent par la reconnaissance locale des minorités : la France de Napoléon III et de la IIIème république accepte ainsi l’influence du sunnisme même si à peine 2 400 musulmans sont naturalisés sous le Second empire. C’est en 1870 que les juifs d’Algérie vont être citoyens français à part entière suite au décret Adolphe Crémieux, par ce geste le régime accepte une minorité au dépend la majorité musulmane du territoire. Après la Première Guerre mondiale cependant, l’Etat remerciera les combattants musulmans par la construction de la Grande Mosquée de Paris, sous l’impulsion d’Hubert Lyautey, catholique légitimiste et proche de ses frères musulmans. Il faut noter que c’est ce catholicisme qui fut proche des ouvriers et des minorités religieuses et non pas les républicains athées méprisant du haut des Lumières les autres cultures !

En métropole, l’affaire Dreyfus divise les opinions tandis que cinq ministres, sur les dix que compte le gouvernement, sont protestants alors qu’il ceux-ci forment une infime minorité. Dans le même temps, le pape demande au Cardinal d’Alger, monseigneur Lavigerie, de se prononcer en faveur de la république. Cette politique du Ralliement de l’Eglise à un régime qui la persécute pourtant est incomprise par la plupart des catholiques.

Mais c’est bien sûr la loi de « séparation des églises et de le l’Etat » qui est le tournant, 120 ans après la Révolution. L’« église » visée est surtout l’Eglise catholique, personne n’est dupe. Aucun culte n’est à présent subventionné ni salarié. Cette loi signe le réveil du protestantisme, qui demande cela depuis le XVIème siècle ! Le climat de tensions entre catholicisme et minorités religieuses n’existe pas trop si ce n’est entre la minorité au pouvoir très anticléricale et le catholicisme assez intransigeant, parfois social, des papes Pie X, Benoît XV et Pie XI. La période de l’union sacrée entre 1914 et 1918 voit un apaisement car les religions se côtoient dans les tranchées. Le régime de Vichy publie deux statuts des Juifs en 1940 et 1941 puis le décret Crémieux est aboli, avec rétroactivité. La politique de Laval est en effet d’être plus nationale-socialiste qu’Hitler pour s’en attirer les faveurs. 75 000 juifs sont déportés et cependant la France reste l’un des pays qui a sauvé proportionnellement le plus de juifs. Durant la bataille de France et sous l’Occupation, la Résistance qui est d’abord conduite par des notables catholiques est rejoint par l’armée juive et la Cimade protestante. Si la France est, comme les autres pays alors, un pays qui ne tient pas les juifs en haute estime, il faut rappeler qu’à l’antisémitisme et au racialisme issu du positivisme le plus strict, répond la posture traditionnelle, notamment du catholicisme social et corporatiste.

En 1946 puis en 1958, les Constitutions des IV ème et Vème républiques sont les premières à y intégrer la notion de laïcité. Cette période d’après-guerre voit aussi la naissance d’un nouvel enjeu : l’intégration de l’islam et celle des 18 000 juifs des colonies sur le territoire de la métropole lors de la décolonisation. Les tensions existent mais se font moins violentes qu’au début du siècle. Durant l’entre-deux-guerres, Lyautey avait d’ailleurs fait élever la Grande mosquée de Paris en reconnaissance aux soldats issus des colonies. Le protestantisme cède sa place à l’islam, sous sa forme sunnite, comme première minorité religieuse. Depuis 1980, le débat sur cette religion est autour du thème « islam de France » ou « islam en France » Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy avait voulu et créé le Conseil Français du Culte Musulman, et reçut pour cela le titre de nouveau Napoléon par sa volonté de régir et de contrôler une minorité religieuse. Alors que le catholicisme semblait perdre son poids depuis 1945, un réveil non négligeable s’est opéré lors des dernières années. Se pose aussi aujourd’hui la question de l’islam que nous soutenons : priorité aux chiites ou aux sunnites, sachant que ces derniers représentent l’immense majorité des musulmans présents sur notre sol. Depuis quelques années déjà, une certaine minorité de Français s’intéresse aux religions védiques alors qu’une autre semble se détourner de toute pratique et identité religieuse…. Vraiment ?

Il me semble qu’au contraire nous assistons à une renaissance du religieux. La « république laïque » est bien une religion : elle a ses dogmes, ses prêtres et ses prophètes qui vont de Ferdinand Buisson à Vincent Peillon [le second publiant un livre sur le premier, ndla] en passant par les partis et la majorité des « hommes politiques ». Ce même Vincent Peillon expliquait même très tranquillement que l’Eglise devait être remplacée par la République, que les nouveaux prêtres devaient être les professeurs et qu’il y avait même transsubstantiation lorsque le savoir était transmis (étrangement dans ce cas, la transmission est très prisée et profitable !). Enfin, s’il y a eu une réelle désaffection et un mépris pour le monde spirituel, les choses évoluent depuis quelques années. Cela prendra encore du temps bien-sûr mais le retour à la notion de sacrée et a une certaine intériorité s’exprime. Gageons que ce retour lent mais palpable ne sera pas détruit pas le message superficiel de la religion du Progrès et de la fuite en avant ! Sursum corda !

Charles d’Antioche

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