César(isme)

À Dieu tous les pouvoirs ; à César les pouvoirs régaliens par lesquels il a le devoir d’assurer un environnement favorable à l’épanouissement des activités sociales, économiques et culturelles de la Cité terrestre.

Conséquence de la Révolution, le César des temps nouveaux existe en deux versions.

La caractéristique du César de gauche est la constance avec laquelle il poursuit son objectif : créer un homme nouveau. Sa première décision fut de dénouer le lien entre le Ciel et la terre ; une fois ses sujets libérés de leurs devoirs envers le Créateur et des liens envers un passé archaïque, il leur accorda le droit de déterminer ce qui est bien et mal, beau et laid, et de transposer leurs décisions en lois.

Puis au fil du temps, insidieusement, il les conforta dans l’idée qu’il était insupportable de rester enchaînés par les lois naturelles alors que les progrès d’une science désormais sans conscience pouvaient les affranchir… hommes nouveaux et maîtres de la vie.

Il est plus difficile de cerner le César de droite. En règle générale, il se reconnaît dépositaire de la Tradition héritée de l’Histoire et sait qu’il doit en conserver l’esprit pour gouverner et l’enrichir pour la transmettre. À quelques modernes exceptions près, il reconnaît le lien entre le Ciel et la terre. Le drame est, qu’une fois revenu au pouvoir, il ne répare jamais les avaries causées par les Césars de gauche qui l’ont précédé à la tête de l’État.

La vigilance est de mise car il peut arriver qu’un César de droite, après avoir tapoté le cul des vaches et s’être posé en défenseur des traditions du terroir, n’hésite pas à affirmer « qu’il n’existe pas de loi morale supérieure à celles de la République ».

En économie, de la Révolution industrielle à la fin du siècle dernier, les choses étaient simples : au César de gauche, socialo-communiste, s’opposait celui de droite, libéral et capitaliste.

À partir des années 1990, sous l’impulsion du formidable développement des machines à commande numérique, des moyens de communication, de nombreuses productions ont facilement émigré depuis les vieilles nations industrialisées vers les pays émergents.

Pour ces derniers, il s’agissait de sortir de la pauvreté et, pour les premières, d’acquérir à moindre coût les produits agricoles, les biens manufacturés et les services propres à satisfaire la boulimie de consommation de leurs populations.

Les Césars antiques avaient compris que l’abondance de pain et de cirque préservait leur pouvoir.

Mus par les mêmes intérêts, les Césars modernes, de gauche comme de droite, ont laissé faire les choses en se ralliant au dogme du libre-échange, en faisant allégeance à la déesse « croissance », nouvelle trinité vénérée au nom de la production, de la consommation et de l’innovation.

Le résultat est sous nos yeux : marché mondial, production en masse de biens universels, uniformisés et toujours nouveaux ainsi que l’exige le progrès porté par l’innovation et destinés à des consommateurs universels, uniformisés après avoir été « libérés » de leurs vieilles coutumes culturelles et de leurs croyances religieuses.

Ainsi est apparu l’homme nouveau, producteur consommateur sans racine ni passé et infiniment mobile dans le monde nouveau cher au César de gauche.

Ainsi se sont constitués, dans l’agriculture comme dans l’industrie et les services, les groupes multinationaux chers au César de droite.

Cette nouvelle organisation mondiale initiée depuis les pays développés avec la passivité complice des Césars a propulsé l’économie au centre de la politique avec pour effet collatéral sur la société la promotion du matérialisme au détriment de la vie intérieure et de la qualité des rapports sociaux.

Dans le domaine économique :

-      Conséquence de la mondialisation des échanges, la fragmentation des processus de fabrication entraîne une perte d’identité  des produits industriels nationaux au profit du « made in the world ». Une publication récente de l’OMC et de l’OCDE cite les exemples suivants :

-      les principaux sous-ensembles du Boeing B 787 « made in USA » proviennent d’une douzaine de fournisseurs répartis entre Corée du Sud, Japon, Italie, France, Angleterre, Suède, Canada, Australie…et États-Unis ;

-      les éléments de la « V40 cross country » de Volvo Cars « made in Sweden » sont fabriqués chez une vingtaine d’équipementiers installés en Norvège, France, Allemagne, Japon, États-Unis, Canada, Argentine, Pays-Bas, Brésil…et en Suède ;

-      la moitié des composants de l’IPhone 5 d’Apple « made in USA » sont fabriqués au Japon, les autres entre Corée du Sud…et États-Unis, le tout étant assemblé en Chine.

Quel pouvoir reste-t-il aux Césars quand la disparition des étiquettes préfigure celle des nations ?

-     La diplomatie commerciale a pris le pas sur les Affaires de politique étrangère ; l’essentiel n’est pas de s’inquiéter de la provenance des importations et de la destination des exportations mais d’acheter à bon prix et de vendre à tout prix : de sorte qu’au gré des concessions propres à toute négociation commerciale, le César de droite laisse plus ou moins de côté ce qui le différencie de celui de gauche : religion, loi naturelle, tradition…

Socialement, on sait qu’à côté d’une pauvreté bien réelle, dans tous les pays industrialisés ou en passe de le devenir, s’est développée une classe moyenne urbaine suffisamment aisée pour accéder à un confort matériel de haut niveau ; l’expérience montre que, quel que soit le pays considéré, cette évolution engendre un fort individualisme et sa conséquence : l’opposition entre les partisans des lois qui limitent les désirs individuels au nom du bien commun et ceux qui les privilégient au nom du droit à vivre leur vie.

Ce qui ne dérange pas le César de gauche, par essence favorable à tout ce qui atomise la société. La position du César de droite est plus délicate ; pour tenter de séduire l’électorat adverse en donnant l’image d’un homme « branché », il est toujours prêt à quelques concessions envers le relativisme ambiant, le culturellement correct et la pensée unique.

Ainsi, de complicités en concessions, il s’est progressivement dépouillé de son identité au point qu’il lui est difficile de se définir par rapport à son « Kamarade » de gauche.

Depuis 1792, il est le « faire valoir » grâce auquel les fils de Robespierre et de Saint Just n’ont jamais cessé de durcir leur stratégie pour « faire table rase du passé » et éteindre « les lumières du Ciel » parfois malheureusement mal entretenues par l’Église… 1892, 1905, 1926, 1962…2013 ? Ce n’est pas vraiment de sa faute, tout simplement il n’y a pas de place pour lui dans un régime où « il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté », y compris celle de faire n’importe quoi.

Le César de droite est une espèce en voie de disparition, non par manque d’hommes de conviction, mais parce que le monde nouveau n’a plus besoin de lui.

Le résultat est que les millions d’hommes et de femmes qui ne se reconnaissent pas dans l’homme nouveau fabriqué par les Césars de gauche sont condamnés à une sorte d’exil dans une France amputée de son âme pour être incorporée dans le monde nouveau.

Plus ou moins consciemment, ces hommes et ces femmes ressentent le besoin du chef qui renouera les liens qui, depuis la nuit des temps, permettent à la nature humaine de se tenir debout et d’avancer ; le lien vertical tendu entre le sol de la patrie et celui, horizontal, qui accroche l’avenir à l’Histoire.

Ce chef n’a qu’un seul nom ; celui de roi.

Royalistes, jamais comme à l’heure présente la Providence nous a ouvert la porte d’un immense chantier : réveiller les consciences et dénouer les liens qui emprisonnent les Français dans le matérialisme et la France dans le monde nouveau.

Courte phrase qui cache une tache énorme ; soyez assurés qu’il y a là du travail pour tous.

César est mort, vive le Roi !

 

            Pierre Jeanthon

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