Lettre d’un émigré. La tradition s’incarne ou n’est pas tradition

« J’utilise depuis tout à l’heure le mot « tradition » qui peut évoquer pour certains une simple pensée voire une compréhension des choses foncièrement passive. La tradition dont je parle ici dépasse de loin la vision étriquée précédente, et consiste en l’accomplissement de ce que l’on a appris dans sa chair, l’accomplissement d’œuvres et la volonté de les montrer, avec aussi la volonté de transmettre à la génération suivante en enseignant et en faisant apprendre. Ou encore, la tradition est aussi le moyen qui permet, par sa manifestation concrète à l’extérieur, de s’assurer de la sienne propre [et des vérités invisibles], grâce à ses yeux et à ses oreilles.  »1

La tradition est mouvement créateur porté vers l’avenir sans rien perdre du passé. L’homme n’est qu’un maillon dans la chaîne des temps, avec une multitude d’ancêtres et l’espérance d’une descendance éternelle. La tradition n’est ni immobile, ni une simple idée, ni passive, ni passéiste. Elle est au contraire incarnation et accomplissement actif dans le réel de la sagesse des anciens. La transmission suppose de plus la volonté active de transmettre à la génération suivante, car il ne suffit pas de bien incarner et vivre la tradition, mais il faut aussi la continuer, c’est-à-dire permettre à nous suivants de l’incarner aussi comme il nous a été donné de l’incarner. Cette incarnation, cette exemplification n’est ni univoque ni unique, elle se fait simplement dans l’union de l’esprit de vérité.

Il faut surtout toujours se souvenir dans ce monde gangrené par l’idéalisme et la désincarnation qui ne provoque que paradoxalement un matérialisme effréné, mais qui est tout à fait naturel. Nous sommes faits de chair et d’esprit et nous sommes cette union, inexorablement, nécessairement. Vouloir séparer l’inséparable ne fait qu’exacerber les excès dans les deux sens, et les excès se réunissent en fin de compte car la nature les a unit depuis la Création : ainsi cohabite sans soucis le pire idéologisme répugnant, des excès matériels barbares que nous ne pouvons connaître que trop bien.

La tradition est au contraire l’acceptation de cette union naturelle et le soutien mutuel. Tout esprit s’incarne dans la réalité, dans nos actes, nos œuvres, et les phénomènes qui nous entourent. Pour transmettre la tradition, il ne suffit pas de dire, il faut montrer, et faire faire. La religion relie, comme la tradition relie, et l’une comme l’autre s’incarne dans les choses matérielles, les personnes et les rites. La Tradition sans la famille n’existe pas. La Tradition française sans le Roy Très Chrétien disparaît inéluctablement. La Tradition sans Dieu n’a pas de sens.

L’importance de la manifestation de la vérité dans le réel est constitutive de la tradition, d’où l’incarnation dans le Roy, le Pape, le Tennô, mais aussi chacun de nous dans nos gestes, nos rites, nos fêtes.

A ce moment seulement on peut aider nos enfants à se diriger vers l’avenir sereinement et à transmettre avant la vie après la mort. Seule une bonne transmission permet l’élan créateur dans la redécouverte de notre énergie primordiale, notre volonté, accordées par Dieu à la Création, mais souilléesaffaiblies, par notre malignité, par le péché des débuts et nos péchés récurrents. Il faut sanctifier et purifier sans faiblir pour retrouver l’état des origines dans la transmission de la sagesse pratique séculaire, qui ne se dissocie jamais de la sagesse tout court, de la sagesse des paroles. Une parole n’a un sens que si elle est réalisée, comme le Verbe, c’est-à-dire incarné.

Incarnons et accomplissons toujours la Tradition qui est un grand mouvement éternel. Dans le Roy, en Dieu et la Famille.

Paul de Beaulias

1 Kunio Yanagita, Histoire d'ancêtres (先祖の話), Tôkyô, Kadokawa, 2014 (1945),p.39 « 伝統という語を、今は仮に使っているが、これは何だかただ受身の考え方、又は解し方だけのような感じを与える。ここに言う伝統はそれ以上に、身に附け実行に移し、働きかけ又見せ示し、学ばせる覚えさせて次の代に伝えようとしていたものであり、或いはそういう外部に顕れたものからでも、耳と目とによって存在を確かめられるものであった。 »

Commentaires  

#2 Charles Meret Zolver 26-08-2015 14:03
Dieu que la Vérité est belle! Ce texte est presque un petit condensé, par analogies, de doctrine catholique. La Tradition, si l'on considère l'aspect(réduct eur!) pédagogique qu' elle peut revêtir, par son orthopraxie et le biais des symboles, images et figures qu'elle utilise, semble présenter quelques points communs avec la parabole, en ce sens que, comme elle,elle ne cherche pas à "démontrer", mais, par le biais de la figure ou de l'analogie MONTRE; de ce fait, elle est intemporelle. D'une certaine manière,par certains de ses aspects, la Tradition, à l'échelle macrocosmique "somatise" la Foi...
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#1 PELLIER Dominique 26-08-2015 08:04
OUI Monsieur ! La tradition dont on se souvient des années et des années après et je pense notamment à celles de nos familles. Je me souviens de la TRADITIONNELLE tarte aux pommes que ma grand mère confectionnait pour le repas du dimanche, avec le poulet ou le rôti de veau ou de porc. Il y a, dans ma belle famille, la tradition du repas du jour de Noël où nous sommes tous réunis sur trois ou quatre générations et le jeu qui fait gagner un colis-surprise que le gagant renouvelle pour l'année suivante. Et les tours où chacun offre à celui qui est désigné, un cadeau pour la même occasion.... Et comme Chrétien, le souvenir de la Nativité du Sauveur, de Sa résurrection, de Son ascension et de l'envoi de Son Esprit Saint... Vienne celui de la fête ou de l'anniversaire du Roy comme fête nationale !!!!
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