Lettre d’un émigré. Les intransigeants

Une tare dont nous sommes tous plus ou moins atteints en ce siècle est cette tendance morbide à affectionner le rapport de force, quand ce n’est pas la jouissance sadique de pouvoir écraser l’autre, en paroles, dans l’exclusion puérile de la sphère de sociabilité. La fameuse diabolisation, qui devient le seul argument des élites – qui n’ont effectivement que le mérite d’avoir été élues –  en témoigne malheureusement trop d’elle-même.

Ce qui est malheureux, c’est que nous sommes tous contaminés par ce penchant délétère, qui devient de par trop banal, et depuis trop longtemps. L’épidémie des -isme, en particulier – mais pas seulement – parangon de l’attribution d’étiquettes viles, est tragique et fatale car trop de gens sont tous fiers de s’auto-enfermer, et qui plus est avec fierté, dans une étiquette, dont on perd souvent le sens premier.

Il est toujours gênant de se faire mettre dans une case, encore plus que de l’accepter, et suprêmement plus encore que d’en tirer de la fierté.  Comment se faire appeler alors ?

Etre le légitimiste de la bande possède, il est vrai, un côté flatteur, mais surtout un aspect pratique qui permet de simplifier et de suppléer à notre ignorance et notre manque d’incarnation dans la voie royale. « Les tenants de la légitimité ». Historiquement cela est vrai et beau, mais ce vocable a trop de défauts définitifs. Il se transforme déjà tragiquement en légitimiste dont on ne sait plus bien ce que cela veut dire, qui fait un peu fidèle de secte d’une idole, une idée de plus, qui s’appelle « légitimité », au milieu de tous ces autres –isme

L’autre défaut consiste dans la tare irrémédiable de l’opposition qu’elle manque de rappeler avec les orléanistes. Pour ceux qui prônent l’union dans l’incarnation du roi sacré qui est avant tout, cela fait tache…  Même si l’on parvenait à se borner l’appellation « les tenants de la légitimité », là aussi on tombe indistinctement dans une nuance bien trop révolutionnaire : les tenants, c’est ceux qui tiennent une idée, qui, horreur, revendiquent, auraient un parti – ou une faction si vous préférez. Dans tous les cas, le concept de désunion contenu dans les partis est sous-jacent… Terrible.

Il faudrait trouver un nom qui contienne force sans désunion. « Les intègres » auraient pu être parfait si le terme n’avait pas été transformé en ce mot insultant de « intégriste », fourre-tout qui disqualifie tout de suite celui qui le dit – puisqu’il démontre son incapacité de vaincre sans utiliser de lâches procédés.

Un nom qui ne puisse se faire manipuler facilement est ainsi nécessaire. Que diriez-vous de « Les intransigeants ». Difficiles d’en faire un « intransigeantisme », par trop long et imprononçable. Il possède de plus l’avantage écrasant de désigner une posture claire, qui n’attaque pas l’autre, mais qui est forte : « quand c’est non, c’est non ; la vérité et la vérité ; nous marcherons sur la bonne voie, quelles que soient les difficultés : ce qui est légitime est légitime ».  Avec un pareil nom, l’union reste possible, et permet d’appeler à toutes les bonnes volontés. La panacée n’existe pas, mais il a l’avantage de montrer ce qui sera certainement la plus grande qualité de notre génération perdue.

Belle qualité royale qui rappelle notre bon Saint Louis, doux et intransigeant, aimant son prochain et donc exigeant envers lui, à commencer avant tout envers lui-même. Il exigeait tout de lui avant des autres, et certaines choses qu’il pouvait exiger d’autres n’étaient pour lui que rien de plus normal, tellement ils les intériorisaient et les incarnaient totalement. Incarnons-nous aussi dans nos actes derrière le roi incarné et sacré, marchons sur la voie royale derrière le roi, lieutenant du Seigneur sur terre et qui nous aide à nous lier au Ciel, à entrer et à cultiver notre relation au divin.

Paul de Beaulias

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