Lettre d’un émigré (2) La vertu de la hiérarchie naturelle et du groupe

Une communauté, un groupe, ne fonctionnent bien que s’ils possèdent une tête, un chef. En somme, la hiérarchie est une nécessité pour qu’un groupe puisse se lier.  La verticalité ne contredit pas l’horizontalité, bien au contraire. L’un sans l’autre ne conduit qu’à la destruction du lien, et rien d’autre. Une structure, telles certaines entreprises ou les fonctions dites publiques, sont si artificiellement hiérarchisées que tout lien devient toujours plus difficile à tisser. L’ordre désincarné gagne du terrain et nourrit le rapport de force et l’opposition systématique, dont la multitude de « petits chefs » détruit le tissu vital des liens. L’utopie socialiste – communiste, c’est la même chose, d’une communauté parfaitement horizontal détruit encore plus surement le lien dans la dérive constante et la loi du plus fort sous couvert d’égalité. L’illusion ne marche jamais longtemps, un ordre devient réalité, mails il pervertit, car la réalité est niée, et on fait croire à l’égalité de tous là où se trouve l’escalavagisation de la majorité et la violence morale de l’idéologie galopante.

Le naturel est l’alliance harmonieuse de la verticalité et de l’horizontalité. Principe d’humilité d’abord dans la reconnaissance de son infériorité absolue par rapport au divin, et de l’ordre subséquent parmi les hommes, ordre gracieux où les chefs servent les subordonnés, ce qui est la forme primordiale et traditionnelle de la hiérarchie. Avec cette idée d’humilité, toujours, que tout homme est mortel, c’est-à-dire pécheur, ou encore souillé. L’ordre n’est ni univoque ni à sens unique, servir excellemment c’est être un bon chef. Mais la tête est la tête, et il ne peut y avoir deux têtes. Seule cette reconnaissance par chacun permet d’apporter l’harmonie, c’est-à-dire la paix par excellence entre les hommes et ainsi d’entretenir le renforcement des liens horizontaux. Si nous sommes tous reliés entre nous c’est grâce au lien vers le chef, et derrière vers le divin, qui compose tout lien.

Cela semble impossible ? Et pourtant, il suffit de le vivre pour le croire, au Japon. Verticalité et horizontalité s’allient à merveilles dans les expériences les plus simples. Un jour, en pèlerinage dans le sanctuaire royal le plus important du Japon, vous vous retrouvez avec une centaine de Japonais. Les organisateurs sont ici naturellement les chefs, qui, par leur place, sont les mieux placés pour diriger, c’est-à-dire nous aider, puisque c’est eux qui ont organisé le voyage. Tout le monde obéit à leurs ordres ou plutôt leurs recommandations – dans cette connaissance de l’humble dirigeant qui sait qu’il ne commande jamais par lui-même, pauvre et simple pécheur, mais la volonté de Dieu. En haut la tête, le Prince de Sang, qui concrètement n’ordonne presque pas. Mais il est là, comme dernier recours, au cas où. Il permet de tranquilliser et de prévenir. En dessous, les volontaires aidants auxquels on se réfère. Jusque-là, rien de bien étonnant, pourrait-on dire. Les mauvaises langues pourraient même y voir une sorte de parangon de l’ordre désincarné où personne ne réfléchit. Pas du tout au contraire. La notion de l’ordre est si profondément bien comprise, qu’elle se réalise dans toute sa plénitude : chaque chambrée (un groupe de 4 ou 5) constitue le groupe de base du pèlerinage, avec son chef de chambre, désigné par les organisateurs complètement arbitrairement. Le chef de chambrée est le responsable de son groupe : c’est lui qui fait en sorte que la chambre avance ensemble, dans les temps, et c’est lui qui veille au bien-être de sa chambrée. C’est l’unité où l’on s’entraide quand il le faut, et avec qui on tisse le plus de liens. Résultat des courses : on fait des connaissances solides, on tisse des liens durables, dans un ensemble qui fonctionne parfaitement, avec la culture de l’harmonie et du chef-serviteur.

Ce n’est ni communiste ni autoritaire, simplement royal. Hiérarchie et communauté, horizontalité et verticalité, ordre et universalité.  La royauté sacrée, c’est-à-dire habituellement en purification, soutient la bonne création de lien purs, c’est-à-dire libérés de la souillure, ou encore du péché, ou encore de la perversion, et se répand partout, jusqu’à l’échelle réellement humaine et locale, pour un régime véritablement humain dans sa divine partie.

Paul de Beaulias

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