Les deux corps du Roi à l'épreuve de la normalité

Nous sommes au printemps 2012. Les hommes politiques, les médias, les employés, les employeurs, les pauvres, les riches, vous et moi. Tout le monde suit avec envie, espoir aussi, l'élection présidentielle. Cette élection « faiseuse de Roi » qui permettra d'asseoir sur un semblant de trône un semblant de monarque.

Le maquillage est en place, la lumière factice est allumée, les sourires sont bien installés. La rhétorique préparée par six mois de campagne peut se déverser sur notre beau pays.

J'ai suivi cette élection avec un certain détachement et pourtant un mot m'a frappé : normalité. Comment ce mot peut-il être prononcé par un candidat à la plus haute marche du pouvoir ? Ce mot a été répété ad nauseam, comme si son locuteur souhaitait nous l'imprimer jusque dans le cerveau.

Cette personne, François Hollande pour ne pas le citer, est désormais Président de notre chère République. On l'appelle le « président normal » comme on appelait jadis Charles V « le sage » ou Charles III « le simple ».

À n'en pas douter, le thème de la normalité a permis à Hollande de gagner la bataille contre son concurrent Sarkozy. Face à l'hyper-président, il se veut normal pour être plus proche du peuple, plus humain, moins distant.

Ce principe de normalité fait écho à un autre principe instauré du temps de la monarchie française et mis en lumière par l'universitaire allemand Ernst Kantorowicz : les deux corps du Roi. L'idée est que les Rois de France possédaient deux corps : l'un physique, commun et mortel que tout homme possède et l'autre mystique, politique et surtout immortel.

En d'autres termes, le Roi n'était pas un homme comme un autre, il était souverain et en ce sens symbolisait in carne la communauté nationale. De là vient la tradition du « Le Roi est mort, vive le Roi ! » et le principe de la continuité de la couronne qui fait qu'en France, les rois ne meurent jamais.

Cette double nature des Rois de France permet de comprendre la stature profondément extra-ordinaire du souverain et surtout que le principe de normalité est l'exact opposé de ce concept. Malheureusement, les présidents de la République sont les nouveaux pseudos chefs d'Etat en France et Hollande, voulant flatter l'opinion, a commis un non-sens historique.

Nos dirigeants ont-ils au moins la connaissance de tout cela ? J'ose l'espérer mais les faits sont là et ils parlent d'eux-mêmes. Ne pas comprendre que le chef d'Etat est une personne à part qui doit s'élever pour inspirer est une faute. Une faute qui en entraîne de nombreuses autres : le non-respect de la personne publique, le comportement égoïste et souvent grivois, la sur-médiatisation de la vie privée, etc.

Les monarques avaient leurs tares mais ils avaient au moins la conscience de leur « deux corps ». Il suffit de regarder les portraits à travers le temps : il y eut Louis XIV en habit de sacre, Charles de Gaulle plastronné de la Grand-Croix de la Légion d'honneur et enfin François Hollande en costume ordinaire dans les jardins de l'Elysée.

Tout cela est significatif, plus le temps passe et plus les simili-monarques de la République se dépouillent de l'or royal. Ils confondent sympathie et bassesse, ils ne comprennent pas que s'élever c'est inspirer. Et la France a grand besoin d'inspiration.  

Edgard Comte

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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