8.10.2016 : Louis XX à la Cathédrale des Sacres à Reims !

En ce beau samedi de début d’automne, Dominique Hamel et moi arrivons à 10h30 aux abords de la Cathédrale Notre-Dame de Reims. Remontant l’avenue Rockefeller, nous admirons cette merveilleuse élévation gothique du XIIIème siècle, « fleur du génie français », comme le disait Emile Male. Nous entrons dans la cathédrale et recherchons immédiatement l’emplacement de la plaque non-encore inaugurée exposant les noms et dates des Rois de France sacrés en ce lieu. Elle se trouve recouverte d’un beau drap bleu fleurdelisé d’or, sur un mur du collatéral droit, au niveau de la deuxième travée, donc très proche de l’entrée.

A 11h30, Son Excellence Monseigneur Thierry Jordan, archevêque de Reims, suivi de Monseigneur le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, Chef de la Maison Royale de France, de Monsieur Arnaud Robinet, député-maire de Reims, du prince de Bauffremont, Président de l’Institut de la Maison de Bourbon et de Monsieur Bernard Poret, Président de la Société des Amis de la Cathédrale, entre et traverse aisément le chemin qui s’ouvre instantanément au milieu des 400 personnes entourant déjà la plaque commémorative. Monseigneur Jordan et le duc d’Anjou se positionnent de chaque côté de la plaque et tirent ensemble les cordons qui retiennent le drap fleurdelisé. Apparaît alors une grande plaque de marbre de comblanchien au teint légèrement rosé, gravée des noms et dates des sacres des trente-et-un rois (un empereur carolingien et trente rois capétiens) sacrés en cette cathédrale depuis 1200 ans !

Monseigneur Jordan prononce une petite allocution soulignant la relation particulière existant, depuis bientôt mille ans, entre cette cathédrale et la famille Capétienne dont le duc d’Anjou est le premier représentant en tant qu’Aîné actuel de cette famille et nous confie se rappeler qu’il a déjà eu le plaisir et l’honneur de rencontrer Monseigneur et Madame à Saint-Louis du Missouri, aux Etats-Unis, en 2014.

Le duc d’Anjou intervient ensuite et évoque la singularité insurpassable de la monarchie capétienne qui unissait, par le Sacre, l’ordre divin au pouvoir de ce monde ! Le Roi sachant alors qu’il n’était Roi que « par la Grâce de Dieu » et pour rechercher en tout le bien de ses peuples ! A ce moment-là, une infime variation se produit dans le duc d’Anjou : en évoquant cette extraordinaire union de la Grâce et du monde dans la personne du Roi sacré, il ne lit plus, ses yeux ont quittés la feuille et nous regardent… Il professe une conviction viscérale, inscrite en lui par l’empreinte séculaire des rois dont il est le successeur actuel. Une fois encore, la parole fut royale, merci Monseigneur !

Enfin, Monsieur Arnaud Robinet, Député-maire de Reims, clôt cette séquence par un propos que l’on sentait préparé, mais qu’il prononça de mémoire. Ce propos, évoquant sa passion pour l’Histoire, était empreint d’une déférence appuyée à l’égard de Monseigneur le duc d’Anjou, ce qui me ravit, comme vous le pensez bien.

Il est alors midi, et l’assistance est invitée à se rendre dans la « Salle basse » du Palais du Tau, palais épiscopal immédiatement adjacent à la cathédrale Notre-Dame, pour partager un cocktail offert par l’Association « Les Amis de la Cathédrale ». Cette « Salle basse » est une succession de voûtes à croisées d’ogives soutenues par des piliers à chapiteaux carolingiens et dont les murs remontent à l’époque de Charlemagne également.

C’est à ce moment que Monseigneur le duc d’Anjou reçoit, avec une inaltérable bienveillance, les hommages protéiformes, parfois surprenants, mais toujours sincères, de ceux qui le reconnaissent pour le Roi de France…

Il est treize heures lorsque nous nous dirigeons, précédant de peu le duc d’Anjou, au premier étage d’un restaurant où est donné le déjeuner. Excellent déjeuner au service rapide bienvenu car nous attend, à 14h30, dans la magnifique salle des Festins du Palais du Tau, une série de trois conférences « Autour du sacre de Louis Ier le Pieux, le 5 octobre 816 ».

Dame Janet Nelson, maître de conférences du King’s College de Londres, produisant le très appréciable effort de prononcer son intervention en Français, nous éclaira sur la signification du Sacre de Louis le Pieux à Reims et la bénédiction de sa femme Ermengarde ; Madame Mayke de Jong, maître de conférences à l’Université d’Utrecht, nous évoqua les vicissitudes du règne de Louis Ier empereur ; enfin, Madame Annette Grabowsky, maître de conférences à l’Université de Tübingen, nous passionna en nous dévoilant les raisons cachées du déplacement du pape Etiennne IV, venu sacrer Louis Ier empereur à Reims. Les quelques trois cents auditeurs ayant pu s’installer dans cette grande salle des Festins, décorée de somptueuses tapisseries sur fond de drap bleu fleurdelisé d’or, saluèrent par un tonnerre d’applaudissements ces trois interventions passionnantes !

Il est 17h00 et Monsieur Jean-François Goudesenne, du CNRS et de l’IRHT, nous resitue historiquement comment se constitua le chant grégorien à la période carolingienne et présente le concert grégorien que nous entendrons à la cathédrale Notre-Dame à 18h30.

Chacun dispose donc d’une grosse heure devant lui pour visiter la cathédrale, le Palais du Tau ou Reims, s’il le souhaite. Je me rends immédiatement à la cathédrale et la visite, admiratif de la proportion parfaite que l’étroitesse de sa nef et de ses collatéraux donne à l’ensemble de ses volumes. Remontant l’allée centrale, je remarque la grande dalle de pierre blanche gravée « Ici Saint Remi baptisa Clovis ». Cette inscription m’émeut et je m’arrête un instant tandis que d’autres visiteurs me dépassent et la piétinent sans la voir, en me figurant que cette dalle est l’ultime trace reliquaire du jour où la France, par le vœu de son Roi, ouvrit son cœur à la vraie Foi et devint la « Fille Aînée de l’Eglise » ! Qu’en avons-nous fait, mon Dieu… !

Puis, je scrute les collatéraux, essayant de deviner comment les architectes purent faire tenir les tribunes hautes sous leurs voutes à croisées d’ogives lors du sacre de Charles X. Je ne trouve aucun relief de supports de menuiserie sur les colonnes, mais découvre un chemin de ronde, large d’à peine un pas, longeant le bas des vitraux et perçant, pour se ménager une continuité, les arêtes intérieures des contreforts. Je m’imagine que c’est par là que les dames de la Cour de France passèrent peut-être, en 1826, en robes de taffetas et de dentelles et chapeaux à plumes, mis à la mode par Madame Royale, duchesse d’Angoulême, pour assister au sacre du Roi, inconscientes, toutes, d’en être les dernières spectatrices avant longtemps…

18h30 arrivent, la cathédrale se remplit de centaines de personnes, le concert est gratuit et ouvert au grand public. Et nous entendons alors une reconstitution, au plus proche de ce que l’on sait, de la messe du sacre de Louis Ier le Pieux en 816. La messe commence par un saisissement : les voix puissantes des Chantres du Thoronet et du Chœur grégorien de Champagne-Ardenne entament, au niveau des porches de la cathédrale, dans un silence qu’une pénombre soigneusement entretenue par un éclairage tamisé rendait presque sépulcral, un Veni Creator éclatant de leurs voix graves, amplifiées par la résonnance démultiplicatrice de la cathédrale ! Ces vibrations en surcroît sont les voix des pierres qui, émues de celles des hommes, les renvoient en y adjoignant les leurs…  

Suit un Gloria laus qu’entonnent ces mêmes voix, enrichies de celles, cristallines, angéliques disait-on à l’époque, d’une trentaine d’enfants de la jeune Maîtrise de la Cathédrale qui remonte l’allée centrale, en aubes blanches, portant des cierges allumés, et rejoint le Chœur suivi des Chantres du Thoronet et du Chœur Grégorien de Champagne-Ardenne… Une Litanie des Saints, une antienne, un Te Deum, un Introït, un Kyrie, un Gloria, un Graduel, un Alleluia, un chant d’Offertoire, un Sanctus, un Agnus Dei et un chant de Communion nous conduisent merveilleusement à un Laudes Regiae aussi éclatant qu’avait été le Veni Creator et qui clôt la messe de sacre.

Il est près de 20h00 et il faut quelques secondes à l’assemblée pour revenir de l’extraordinaire voyage qui vient de l’emmener, sur les ailes de voix mi byzantines, mi orientales, au début du neuvième siècle, assister par l’ouïe au sacre du fils de Charlemagne ! Quelques applaudissements crépitent, d’autres les rejoignent puis, revenue tout à fait à elle, l’assemblée ensevelit les chanteurs sous une avalanche d’applaudissements !

Ainsi s’achève l’évocation d’une journée passionnante que tout concourut à magnifier : le doux soleil d’une journée d’automne, le génie de bâtisseurs du XIIIème siècle,  les mines de savoir de conférencières de très haute qualité, les voix presqu’ensorcelantes venues d’un autre temps et surtout, pour nous, royalistes, la satisfaction toujours renouvelée à chaque rencontre d’avoir été proches de Monseigneur le duc d’Anjou, de l’avoir salué ou de l’avoir seulement vu. Car il est pour nous la vivante incarnation d’un principe divin qui nous dépasse, comme il le dépasse lui-même, mais qui nous relie à la sève vitale de notre Histoire et l’institue dès lors comme la solution unique de notre avenir …

Franz de Burgos

NB. L’Etendard est la lettre hebdomadaire de Vexilla Galliae. Pour recevoir gratuitement chaque vendredi l’Etendard, cliquez sur ce lien : l'Etendard

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