Réac à l’Est !

L’affaire.

Petit-fils de l’un des fondateurs du parti communiste américain et propriétaire du plus important fonds d’investissements étrangers en Russie, Hermitage Capital Management (HMC), Bill Browder a d’abord soutenu la politique de V. Poutine jusqu’à la fin de son premier mandat ; début 2005 il commença de s’opposer au pouvoir qu’il estimait corrompu, ce qui lui valut d’être interdit de séjour en novembre de la même année.

En 2007 il apprend que les bureaux de HMC ont fait l’objet d’une perquisition au cours de laquelle de nombreux documents ont été saisis ; il confia à S. Magnitski, juriste employé par HMC le soin d’enquêter afin de découvrir le motif de cette saisie suite à laquelle il fut dépossédé de sa société.

Au terme de ses investigations S. Magnitski porta plainte contre l’administration russe pour fraude fiscale organisée par de hauts fonctionnaires. Débouté, il fut placé en détention provisoire et décéda le 16 novembre 2009 dans des circonstances non élucidées.

J.F. Kennedy, P. Bérégovoy, R. Boulin, M. d’Ornano…un jour peut-être l’Histoire révèlera comment ces hommes sont tombés « au champ d’honneur » de la raison d’Etat !

Dans le cas présent, dès l’annonce de la disparition de S. Magnitski, les Etats-Unis ont engagé une procédure législative et diplomatique afin que justice lui soit rendue.

Assimilant l’action de Washington à une ingérence dans ses affaires intérieures, Moscou a refusé de coopérer avec les autorités américaines de sorte que fin novembre 2012 les choses étaient toujours au point mort.

L’escalade.

En riposte à l’intransigeance russe, le 14 décembre 2012 les Etats-Unis promulguaient le « Magnitski Act » : les responsables russes impliqués dans la mort du juriste ou dans d’autres violations des droits de l’homme seront interdits de séjour sur le territoire américain et leurs avoirs saisis. 

Une semaine plus tard la Douma votait la loi « Dima Iakoviev », signée par V. Poutine le 28 décembre. Entrée en vigueur le 1er janvier 2013 elle interdit :

-          L’adoption d’enfants Russes par des Américains et par les citoyens des Pays violant les droits des Russes.

-          La présence en Russie des Organisations non gouvernementales (ONG) politiques financées par les Etats-Unis et celles qui présentent une menace pour les intérêts des Pays (Ndlr : juste retour des choses quand on se souvient comment ces ONG se sont mêlées « d’occidentaliser » l’Ukraine).

Au sujet de l’adoption les médias occidentaux ont bien sûr largement relayé la manifestation du 13 janvier organisée par l’opposition au cours de laquelle « plusieurs dizaines de milliers de manifestants » ont défilé dans les rues de Moscou au cri de « V. Poutine tueur d’enfants ».

Slogan bien choisi pour masquer une cause de mortalité plus réelle, l’IVG, légalisée en 1920 sous la révolution, interdite par Staline en 1936 et de nouveau autorisée par Khrouchtchev en 1955.

Le pouvoir actuel pris entre le désir d’interdire et la crainte de voir refleurir les pratiques clandestines, joue sur la fibre patriotique et religieuse pour lutter contre un fléau qui ronge les cœurs et ruine l’avenir démographique du pays ; en 2009 des affiches géantes expliquaient aux passagers du métro de Moscou que « l’amour pour votre nation commence par la famille » et depuis l’automne 2011, en partenariat avec la Douma, l’Eglise orthodoxe mène une propagande active en faveur des enfants à naître.

Avril 2013, visite officielle de V. Poutine aux Pays-Bas.

À Amsterdam les « sociétalement corrects » s’étaient préparés à accueillir dignementunennemi du genre humain, qui, selon F. Timmermans, ministre des Affaires étrangères, est hostile aux droits de l’homme.

De son côté J. Cohen ex bourgmestre, de la ville et premier officier d’état civil au monde à avoir mariés des homos, annonce qu’il mettra le drapeau national en berne sur sa demeure. Histoire de faire joli, le Conseil municipal décide de pavoiser les monuments officiels aux couleurs du drapeau arc-en-ciel.

Bref tout était prêt pour que les droits de l’homme soient au menu des entretiens entre V. Poutine et le Premier ministre néerlandais M. Rutte.

Le président Russe n’a pas caché qu’il désapprouvait le mariage gay, car de « tels couples ne font pas d’enfant » et a insisté sur le fait qu’en Russie les minorités sexuelles « ne sont pas l’objet de discrimination dans la vie professionnelle sociale et bénéficient de droits et libertés identiques à ceux des autres citoyens Russes ».

Concernant les lois qui, dans certaines provinces, interdisent la propagande homosexuelle dans les écoles, V. Poutine a précisé « qu’elles n’étaient initiées par le centre fédéral et témoignent de l’état d’esprit de la société russe ». Plus offensif il a rappelé les différences culturelles entre les deux Etats « j’ai du mal à imaginer que le tribunal de Moscou autorise une organisation qui fait l’apologie de la pédophilie ; aux Pays-Bas c’est possible. En Russie aucun parti politique ne s’oppose à la présence de femmes, or il en existe aux Pays-Bas. En conclusion mieux vaut comprendre que nous vivons dans des sociétés différentes, nous entendre et nous respecter ».

La communauté internationale condamne la Russie.

Au cours de son voyage aux Pays-Bas, V. Poutine a été un peu excessif en affirmant que les lois relatives à l’interdiction de la propagande en faveur de « relations sexuelles non traditionnelles » auprès des mineurs relevaient exclusivement de la responsabilité des Gouverneurs provinciaux.

En effet le 25 janvier dernier la Douma votait une loi qui étend à l’ensemble de la Russie l’interdiction d’enseigner aux enfants des écoles que les pratiques LGBT sont équivalentes aux relations conjugales des couples hétéros.

Peu importe, l’essentiel est que la Russie considère à juste titre que le mariage, la famille et l’école sont les piliers de toute société normalement constituée.

Pour l’UE l’essentiel est de mettre en œuvre « le principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de religion, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle » et d’en confier l’application à la Cour européenne, « conscience de l’Europe ».

À partir de là il est logique que la Commission de Bruxelles, le Parlement de Strasbourg et Miss C. Ashton, qui représente la diplomatie européenne, condamnent la Russie pour atteinte aux droits de l’homme sur une loi qui vise seulement à protéger l’enfance sans mettre en cause la vie privée des personnes homosexuelles.

Tout comme il est logique que le sommet annuel entre la Russie et l’UE qui se terminait le 4 juin dernier ne se soit pas déroulé sous les meilleurs auspices. Au point qu’en fin de réunion, C. Ashton s’est empressée de critiquer la loi « Dima Iakoviev » et les positions de la Douma en matière de tolérance homosexuelle ; V. Tchivov, représentant de la Russie auprès de l’UE lui rétorqua que « l’Europe s’emballe pour défendre ses prétendues valeurs alors que nous ne lui faisons pas la leçon sur le plan des mœurs ».

Pire encore.

Le 11 juin la Douma adoptait un texte stipulant que « les offenses aux sentiments religieux des personnes croyantes » seraient désormais passibles d’emprisonnement pour une durée de 3 ans maximum.

Offense suprême envers le couple Peillon Taubira, les spectateurs de certaines pièces de théâtre et les lecteurs de Charlie Hebdo, le président Poutine signait les décrets d’application des lois des 25 janvier et 11 juin le jour de la St Pierre !

Vladimir que Dieu vous garde !

Pierre Jeanthon

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