Le chrétien-royaliste : le nouvel idiot du village ?

Mon idée première était d’opérer une refonte d’un témoignage que j’avais déjà écrit sur le quotidien d’un jeune engagé, avec ses relations, ses obligations et ses aspirations, le quotidien d’un jeune royaliste. Un quotidien de remise en question permanente, de réflexion face à des contrastes saisissants, comment est-il possible de légitimer une remigration ou  une politique d’identité et de préférence nationale quand le vagabond maghrébin des lieux fréquentés régulièrement devient une connaissance, dont on prend des nouvelles et à qui on offre un café ? Quand il s’agit de mettre en avant des valeurs rudes, austères, mais si belles, quand on vit constamment sous le règne de la tentation hédoniste et de l’excès qui dépouillent l’homme de sa dignité divine ?

Pourtant j’ai décidé d’aborder la chose sous un autre angle, ce n’est plus la recherche d’une réponse à de douloureuses questions qui sera abordée ici mais plutôt la justification et l’explication d’une attitude globale, d’un militantisme un peu spécial.

En effet lors d’un débat d’idées ou une discussion, quand vient sur la table la question de l’opinion politique l’évocation du terme royalisme fait souvent sourire, il s’agit très souvent de quelques arguments habituels pour faire disparaître ce sourire, toutefois la première impression que l’on donne est bien souvent celle d’un dégénéré vivant encore dans le siècle d’avant et se berçant d’illusions à la lecture des romans de chevalerie et des films de croisade … Et parfois même, l’autre ne sort même pas de cette impression première.

Quoique de plus compréhensible en effet ? La tradition républicaine est tellement ancrée en France que j’ai même choqué des gens en évoquant simplement l’idée d’un retour de la monarchie en France. Pourtant évoquer le cas de l’Espagne, où un roi a été installé pas plus tard qu’en 1975, ou le chiffre de monarchies en Europe et d’un coup l’auditoire tend l’oreille et assène de questions toutes aussi classiques l’orateur controversé.

Mais même après des réponses toutes aussi calculées le républicain s’en retournera en retrouvant son sourire : après tout c’est bien, une manière de faire vivre le folklore, c'est un peu un droit à la différence, chacun a ses opinions … Et le royaliste passe pour l’idiot du village.

Pour autant cela n’est-il pas notre condition ? Quand le chanoine Cornette  disait : “meilleur scouts parce que catholiques, meilleur catholiques parce que scouts”.

Le chrétien d’aujourd’hui se laisse faire, il tend l’autre joue de manière magistrale, comme l’évêque de Cologne éteignant sa cathédrale en désaccord avec la manifestation exprimant sa colère envers la religion qui pourtant par certains aspects menace l’Eglise, comme l’opposant au mariage pour tous votant UMP en espérant encore la prise de pouvoir d’un Mariton, ou enfin comme le pontife organisant une cérémonie inter-religieuse et voyant son œuvre réduite à néant par la sourate de trop d’un représentant islamique en manque de sensations fortes.
Certains militent donc pour une église forte, quitte à faire intervenir des ecclésiastiques pas si ecclésiaux que cela… La démarche se comprend aisément, pourtant une rapide remise en question ne suffirait-elle pas à assumer cette position de constante victime ? Victime des romains et de la persécution aux temps de Jésus, victime de la corruption et de l’obscurantisme durant le Moyen-Age, victime aujourd’hui de son ancienne position de leader imposant le non savoir et la régression (on répondra bien sûr à cela que l’Eglise aura été un vecteur formidable au développement de la culture et non l’inverse et on aura raison), mais aussi victime muette au Moyen-Orient, victime de sa doctrine et de son dogme : “Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre.” (Mt 5,39).

Ce refus insensé au recours de la tradition, à la force intellectuelle face au laïcisme comme nouvelle religion d’état, face à l’anticléricalisme montant, et face à des accusations déplacées suite aux attentats des autres, ne se trouve-t-il pas justifié ?

Le chrétien est gentil, le chrétien est l’idiot du village, mais réjouissons-nous en, cela signifie simplement que nous sommes en décalage avec notre société actuelle, et n’est-ce pas ce que nous voulons que d’être en décalage avec ce monstre sans nature et sans dignité ? Nous sommes les derniers défenseurs de la naïveté désintéressée, Jésus n’était-il pas le premier idiot du village sur sa croix ? Ce traitement ne lui a-t-il pas rendu service le jour de sa résurrection ? Alors nous aussi royalistes, accueillons de bonne foi les sourires supérieurs et attendons le retour du trône en bon chrétiens.

Royaliste parce Chrétien et fier parce qu’imbécile heureux.

Artus Lardeau

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