Niki de Saint Phalle au Grand Palais : la statue d’un statut.

Le génie se défie de l’arbitraire, et le chef-d’œuvre du manifeste. On trouve ces critères esthétiques chez un penseur, Emmanuel Kant, dont l’apothéose moderne ne semble nullement contrariée par ses contre-exemples contemporains les plus flagrants.

Ainsi le Grand Palais expose-t-il actuellement l’œuvre de Niki de Saint Phalle, dont le nom jadis illustre sera désormais bariolé des affreux de la création. Nous pourrions nous étonner que cette exhibition attire les classes scolaires, à la différence de l’exposition précédente, dans les mêmes salles, consacrée à l’empereur Auguste ; nos hussards noirs en blue jeans auront sans doute préféré la spectaculaire apostasie de Niki à la geste augustéenne. Pourquoi l’école devrait-elle transmettre les fondements de la civilisation, quand la sauvagerie nous darde de ses rayons fascinants ?

Cette exhibition offre un intérêt parfois esthétique, souvent psychanalytique. La voix hystérique de notre créatrice est perceptible, en boucle, sur des écrans télévisés, où est par exemple chanté l’avènement d’une société glorieuse où « les femmes coucheront avec des Noirs », étant en outre « débarrassées de toutes ces conneries » que sont le mariage, le paternalisme, l’éducation et autres scandales archaïques. Nous avons eu peur, un instant, d’assister à la grotesque performance d’une folle : mais une affichette nous a rassuré sur ce point, en nous précisant bien que Niki avait « une vision lucide » (sic) des rapports familiaux de son temps. Il faut dire que son inceste malheureux lui aura assuré un invincible passe-droit vers une Vérité sociale enfin révélée à tous.

L’équipée sauvage put donc se poursuivre. Des êtres -féminins, toujours- au corps déstructuré, blafard ou multicolore émaillent les salles de leur présence maladive. Le père est symboliquement fusillé sur un écran, et l’homme congédié par définition. Niki commença sa carrière en tant que mannequin vedette, mais son œuvre vise bien entendu à émanciper les femmes de l’aliénation occasionnée par toute représentation sociale du corps. Son génie est unique, mais elle peint à la manière de Pollock ou des Surréalistes, compose un autre Guernica, puis finit par bâtir son propre parc sur le modèle de celui de Gaudi. Le principe de non-contradiction, après tout, fut l’autre grand absent du jour.

Le génie de Niki aura surtout consisté à invertir l’honneur du sang pour l’horreur d’un rang. Elle restera le porte-voix subventionné d’une société qui, tel Narcisse, mourra de se mirer dans de tels miroirs déformés. Et tant pis si, entre-temps, l’art aura été sacrifié sur le double autel de la parodie et de la communication. Qu’importe l’art, pourvu qu’on ait la détresse ?

Louis Chassenay

Commentaires  

#1 PELLIER Dominique 15-10-2014 08:11
Ben oui, à bas les barrières, les défenses en tous genres. Et Si cela existait justement pour nous éviter de nous casser la G... ? Ah ben c'est ennuyeux tous ces fais pas ci, fais pas çà ! il y a l'autre manière de laisser les gens se blesser et par là de s'éduquer, c'est un point de vue. Mais Mme de Saint Phalle, pour qu'un enfant naisse, il faut un papa et une maman.....
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