La république terrifiée par un humoriste

Il y a des causes dont nous ne partageons bien souvent ni les valeurs, ni les objectifs, et parfois non plus les méthodes. Et, pourtant, leurs succès contre un ennemi qui s’avère commun, peuvent avoir quelques chances de nous réjouir ou, tout du moins, nous amuser.

La polémique Dieudonné en est un exemple. Peut-être, lorsque nous aurons pris toutes les précautions d’usage, lorsque nous aurons argué que nous n’avons pas grand-chose en commun avec l’humoriste franco-camerounais : ni son programme (pour peu qu’on le trouve !), ni ce que d’aucuns appellent ses « obsessions », ni ses sympathies (alléguées adversaires), peut-être alors nous laissera-t-on écrire ces quelques lignes.

Ce qui nous attire, ou plutôt ce qui nous intéresse dans la polémique, suscitée par le ministère de l’Intérieur, c’est de voir à quel point ce régime peut vaciller sur ses propres bases, uniquement parce qu’un comique sur scène y déblatère quelques répliques qui n’amusent guère place Beauvau.

Etrangeté d’une République, dont le leitmotiv est la liberté, mais dont le modus operandi se révèle toujours être la tyrannie.  Toujours justifiée sur de sacro-saints principes excipés par l’oligarchie gouvernante, mais qui, de l’autre main, n’hésite pas, à coups de subventions voire de déclarations publiques, à soutenir le juteux commerce du rap le plus haineux et le plus anti-Français qui soit… sans que cela ne suscite la moindre indignation.

Dieudonné mérite-t-il une croisade ? On le pense jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, dans une farandole de réquisitoires plus pathétiques les uns que les autres, dans des appels désespérés à sauver la République. Cette République qu’on découvre mortellement menacée par un humour souvent potache (même si parfois de mauvais goût – et alors ?). Risible disions-nous ?

Cette logorrhée larmoyante de salut public, dont on nous abreuve depuis quelques jours prête à sourire tant elle est grotesque. Elle met tellement en relief le pouvoir actuel, qui tremble devant l’humour, affolé par les pitreries d’un seul homme, et la force du régime monarchique qui permettait au sulfureux Molière de se produire jusque devant le chef de l’Etat.

Et, surtout, elle crève le rideau de fumée dont se pare un régime plus liberticide que nombre de systèmes l’ayant précédé, avec cette circonstance plus accablante encore que tout ceci est supposé se produire au nom des valeurs républicaines, parmi lesquelles la liberté est censée compter. Comment défendre la liberté en interdisant le rire ? C’est là à un exercice de contorsion orwellienne qu’on se livre aujourd’hui quand on est ministre de l’Intérieur (notamment en travestissant les mots, en qualifiant des spectacles de « réunions publiques » comme l’a fait Manuel Valls).

Mais cela ne posera pas nécessairement un cas de conscience pour le « premier flic de France » qui envoyait, hier encore, ses policiers gazer et matraquer des manifestants venus défendre la famille, sous les applaudissements de la plus pathétique encore gauche libertaire. Et, là encore, c’était la continuité logique d’un régime qui s’est construit sur la tyrannie, qu’il prétendait combattre et dont il accusait la monarchie française.

Au fond, après les massacres de la Révolution, les persécutions antireligieuses du début du XXème siècle, ou l’endoctrinement massif par l’Education Nationale, cogner quelques manifestants, ou interdire un humoriste d’exercer son métier, ne sont que des bagatelles.

Ce n’est pas par sympathie pour les idées (réelles ou celles que ses adversaires lui prêtent) de Dieudonné M’bala M’bala que cette affaire a attiré notre regard. Mais parce qu’elle est un élément de plus qui dissout le fard sympathique de la République, pour mieux laisser transparaître son hideuse nature, profondément liberticide et totalitaire.

La République craint Dieudonné. Mais, à travers lui, c’est un mouvement plus profond, plus vaste, plus irrésistible, qui la terrifie. Une contestation montante, un ras-le-bol général contre l’ordre établi, la classe dirigeante, les oligarchies au pouvoir…

Un mouvement que les royalistes français n’auraient aucun intérêt à ignorer ou à mépriser. Parce qu’il frappe, parce qu’il ébrèche, voire qu’il éventre le terrorisme intellectuel qui nous enserre depuis des décennies. Pas toujours sur les bons sujets, pas toujours dans le bon sens, certes, mais au moins le fait-il.

Cette dynamique, dont l’affaire Dieudonné n’est qu’un symptôme, n’est l’apanage de personne, d’aucun mouvement, d’aucune doctrine, mais elle peut être la cause de tous les espoirs, même les plus fous…. Même les nôtres !

Stéphane Piolenc

Commentaires  

#2 Cyril Delacour 19-01-2014 15:24
Certains préfèrent rester dans le déni que voir les quenelles qu'ils se prennent bien profond. Ce déni devient de plus en plus agressif. Pour faire valoir que les enfants ont le droit de ne pas être exploités, je me vois retiré mes "droits" de père, ce n'est pas du cinéma ! Dictature ? http://tom-le-cancre.blogspot.fr

L'argent est roi,
La dette souveraine,
Les peuples déchus,
Très déchus !

UN peuple, une langue, un pays, une monnaie, un Roi, ça ne marchait pas si mal. Mais la démesure règne puisqu'une valeur symbolique qui nous échappe est placée à la mesure de toute chose au lieu de garder mesure en toute chose. C'est pourquoi je propose le programme suivant :

1) Rendre la création monétaire au bien commun.
2) Proscrire l'usure (rîba).
3) Rendre la justice à la prévention des injustices.
4) Rendre un avenir épanouissant à nos enfant en vivant et en partageant une heureuse sobriété.
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#1 Madarus 19-01-2014 14:43
Bonjour,
Très bien écrit mais trop court.Vous n'avez pas parlé de la communauté maghrébine qui est parqué dans des quartiers misérables pour mieux la contrôler. Aujourd'hui elle ne réagit plus par la violence mais par une "quenelle" mon dieu c'était mieux avant quand cette population (considéré comme inférieur par la gauche bobo) il n'y a qu'à voir le sketch de bedos pour s'en persuader.Chant ait des chansons comme "nique ta mère" ou "nique la France" la république n'était pas en danger à ce moment là...
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