Liberté chérie ?

L’ennui quand on est républicain, c’est qu’on s’est volontairement mis des boulets aux pieds. De fait, quand on veut passer des lois liberticides, il faut trouver le moyen de contourner le premier mot de la devise qui figure sur tous les frontons des bâtiments publics : Liberté.

Je sais, cela peut paraître choquant pour le citoyen lambda qui a été habitué à penser dans les limites qui lui ont été assignées, mais la république est foncièrement liberticide. Elle encense la liberté d’expression, à la condition toutefois qu’on se borne à respecter la ligne définie par les mètres à penser, comme Vincent Peillon ou Luc Ferry par exemple (pour les plus récents). La répression des opposants au mariage guignol en atteste.

Il y a une arme bien utile pour arriver à ces fins : l’information. La presse écrite ou idiovisuelle ne survivant qu’à coups de subventions, largesses d’un État financièrement à la ramasse, il est clair que les gouvernants disposent là d’un puissant outil, docile, permettant de travailler l’opinion publique. Ainsi, en jouant sur l’émotion légitime qui saisira tout homme de bien à l’annonce d’un odieux fait divers, on peut avancer masqué et passer quelques lois propres à restreindre la liberté.

Premier exemple. Mai 1990, 34 sépultures juives du cimetière de Carpentras sont profanées. Quelques jours après, on retrouve le corps d’un homme récemment inhumé, allongé dans le plus simple appareil sur la dalle d’une sépulture voisine, un parasol planté à proximité du corps, en manière de simulacre d’empalement. Actes odieux. Aussitôt les microcosmes politiques de droite comme de gauche, s’entendant comme larrons en foire, montrent leur émotion comme d’autres montrent leur… Alors que l’enquête démarre à peine, le coupable est désigné à la vindicte populaire : il s’agit du Front National. Exit la présomption d’innocence, oubliés les conseils mettant en garde contre la stigmatisation. Qu’importe si les responsables de la section FN du secteur sont tous deux juifs. La bête est coupable, d’autant que le parti progresse de scrutin en scrutin. C’est donc tout naturellement que naît la loi Gayssot « tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe », fourre-tout bien pratique qui permet aux associations antifrançaises d’assigner n’importe qui au moindre soupçon de non-admiration obligatoire de « la diversité ». Texte qui permet de verrouiller tout débat historique autour des événements de la seconde guerre mondiale et d’imposer une histoire officielle. Dans la foulée, on insère un petit article qui durcit la loi sur la liberté de la presse.

Deuxième exemple. Le 16 janvier 2004 à Nœux-les-Mines, un jeune homme est retrouvé gravement brûlé à son domicile. Avant de tomber dans le coma, il affirme avoir été victime d’une agression. Lorsqu’il revient à lui, il se montre plus prolixe. Il indique aux policiers qu’il aurait été agressé par trois personnes qui l’auraient insulté, frappé puis l’auraient aspergé d’un liquide inflammable pour finir par l’embraser. Là encore, le ban et l’arrière-ban de la politique s’émeut. C’est que la victime est homosexuelle, qu’elle et son compagnon ont subi plusieurs agressions verbales et physiques en raison de leur sexualité. La messe est dite, le crime est homophobe, c’est inscrit dans le marbre une fois pour toutes. Là encore, les associations entrent dans la danse et exigent une loi, que la république, bonne fille, s’empresse de passer, désormais connue sous l’appellation « loi Perben ». Ce texte n’a qu’une utilité : permettre aux associations militantes d’ester au moindre soupçon « d’homophobie » et d’instaurer un climat particulièrement malsain dans le débat public. De fait, toute personne qui ne tombe pas en extase à la moindre phrase émanant d’une personnalité connue et reconnue pour son « orientation sexuelle » est illico soupçonnée d’être homophobe.

Ces deux exemples ont un point commun. Ceux qui ont été désignés à la vindicte populaire étaient innocents des crimes dont on les accusait. Les auteurs des dégradations de Carpentras n’avaient rien à voir avec le FN. Quant au jeune homme de Nœux-les-Mines, dépressif, il s’était immolé. L'homophobie n'avait donc rien à voir là-dedans. En clair, deux lois ont été votées à partir de dossiers vides, d’indignations de circonstance. Dans certains cas, cela s’appelle une arnaque.

Mon propos ne consiste pas à chercher la moindre excuse à ceux qui tiennent des propos xénophobes, ou s’en prennent à des homosexuels. C’est moralement indéfendable. Cependant, force est de constater que ces lois, parmi tant d’autres, ne servent pas le Bien Commun mais les intérêts bien sentis de groupes de pression qui entendent museler le débat public et obtenir des droits particuliers, même si ces derniers nuisent à l’ensemble du corps social. Je fais partie de ces gens qui pensent sincèrement que ceux qui agissent ainsi, étalent au grand jour leur malignité et se déconsidèrent aux yeux de l’opinion publique. De plus, ces lois leur offrent une tribune où ils peuvent se présenter en victimes d’un régime oppresseur, la carte victimaire étant toujours payante. Des textes pénalisant les actes d’agression, d’injure publique, de menace, etc. existant, il n’y avait aucune nécessité à la création de délits spécifiques. Si ce n’est de disposer d’outils destinés à faire taire tous ceux qui ne pensent pas bien.

Pierre Guillemot

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