Messieurs les journalistes, êtes-vous responsables ?

Chers amis,

Le journal Charlie Hebdo aime à porter en devise, « Journal irresponsable ». Je crois que la maxime lui va bien. Mais à vrai dire, elle pourrait être appliquée à la plupart des médias nationaux. Depuis quelques mois, en effet, nous assistons à une gigantesque campagne de purification que Robespierre l'incorruptible n'aurait certainement pas reniée. 

Les dépenses de nos hommes politiques, les cadeaux qu'ils reçoivent, la manière dont ils emploient leurs revenus et la nature exacte de ceux-ci, tout est passé au crible. Tout est passé au crible et nous donne à voir une véritable république des voleurs.

Fort bien ! Fort bien ! Dénonçons la fraude et l'imposture ! Mais dans ce cas, messieurs les journalistes, faisons-le honnêtement. Ne cherchons pas seulement des poux dans la tête de M. Fillon ou de Mme Le Pen. Ne jetons pas en pâture au peuple M. Le Roux, comme preuve que le bourreau frapperait partout. Nous savons bien que la chose est fausse, que le bourreau journalistique abat plus souvent son bras à droite qu'à gauche.

Nous savons surtout que le journaliste dénonciateur, tour à tour magistrat et exécuteur des basses œuvres, est prompt à relever la paille dans l'œil de sa victime, mais moins la poutre dans le sien. Nous n'avons pas encore vu de grandes enquêtes sur l'influence, la nature et l'origine des cadeaux de presse donnés par les grands groupes industriels à tel ou tel titulaire de la carte de presse. Nous n'avons pas encore vu de dossier sur les avantages en nature octroyés par les comités d'entreprise des grands médias, et la manière dont ces avantages sont distribués et utilisés. Ces avantages sont normaux et ne dépareilleraient pas des pratiques de n'importe quelle autre entreprise répondrez-vous ? D'accord ! Dans ce cas lâchez un peu les basques aux questures du Sénat et de l'Assemblée nationale ! Ou bien revenez-y après avoir accompli votre opération main propre dans vos murs.

Par ailleurs, l'ange exterminateur journalistique semble confondre la chute d'une bicyclette et la fin d'une civilisation. Il lui faut des têtes et du sang lorsque M. Fillon révèle son goût du lucre. Mais il fait la sourde oreille lorsque M. Hollande révèle des secrets de l’État dans un livre d'entretiens, mettant ainsi en danger la sûreté publique. Il s'agace et tempête lorsque M. Le Roux avoue avoir employé ses filles à l'Assemblée. Mais peu lui chaut que M. Macron soit soupçonné d'avoir commis en affaires un délit d'initié, un délit de favoritisme avec l'affaire de la vente du groupe Le Monde.

Ainsi, le journaliste redresseur de torts confond le voleur à la tire et le traître d’État.

Dans cette grande confusion, il éradique et sème le trouble, et ainsi se fait l'idiot utile frayant le passage aux candidats que justement il veut ne pas voir parvenir au pouvoir. Il pourra pleurer, lorsque les purificateurs politiques, grâce à lui, auront atteint les portes du pouvoir.

Alors, nous lui ferons la réponse de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

Cependant, passée ma colère, je me reprends et me dis que non ! Je ne souhaite nul mal, ni à mon pays, ni à aucun des corps professionnels qui le composent ! Aussi vous adressé-je cet ultime message, mesdames et messieurs les journalistes ; reprenez vos esprits et mesurez votre immense responsabilité sociale avant qu'il ne soit trop tard ! 

Charles

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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