"Mariage" homosexuel ?

On ne peut pas marier des gens du même sexe, simplement parce que cela ne correspond pas à la définition du mariage et au concept fondamental de filiation. C'est comme deux et deux font quatre. En outre une variante sexuelle, qui relève de la seule vie privée et des fantasmes personnels, ne peut pas être présentée comme un modèle social pour tous, pas plus que le triolisme, la polygamie, le fêtichisme, le sado-masochisme ou d'autres fantaisies du même genre, qui nous amuseront peut-être dans nos rèves les plus fous, mais que l'on ne voudrait pas voir transformer en institutions officielles sanctionnées par les lois de l'Etat !

Les couples homosexuels ne me gênent en rien et j'en connais pour ma part que je respecte tout à fait. D'ailleurs ils jouissent aujourd'hui de la plus grande liberté, ce que personne ne conteste. Chacun mène sa vie privée comme il l'entend. Ce qui me révolte n'est pas du tout qu'il y ait des couples de gays ou de lesbiennes, mais que l'on brouille à plaisir les concepts et les repères juridique et sociaux en trichant avec le sens des mots.

Je pense en outre que la question de enfants que ces couples voudront élever sera extrêmement problématique. La difficulté tiendra aux limites actuelles de l'adoption et aux limites de la fécondation artificielle. Deux hommes qui veulent avoir un enfant devront nécessairement passer par un mère porteuse, convention qui est actuellement contraire à notre ordre public en raison de l'instrumentalisation qu'elle implique du corps humain. Il faudra donc bouleverser tout le droit de la filiation de fond en comble. Il y a pourtant en ce moment d'autres urigences, car cette question n'intéresse qu'un infime pourcentage de la population.
Je m'inquiète aussi comme tout le monde des conséquences pyschologiques sur les enfants de ces couples, surtout quand on sait à quel point les jeunes sont aujourd'hui dépourvus de repères. Des enfants de couples divorcés souffrent de traumatisme. On n'a aucune idée de ce qui se passera dans la tête d'enfants de couples gays... On connait peu de chose sur la psychologie humaine...

Enfin je m'inquiètes, me semble-t-il légitimement, des dérives sociales inévitables qu'une telle réforme aura dans les années à venir. Pourquoi réserver le mariage seulement à deux personnes ? Si ce n'est plus le lien de filiation et la famille qui fondent le mariage, mais l'amour et les liens d'affection, les principes de non-discrimination et d'égalité, actuellement érigés en quasi-religion, nous contraindront tôt ou tard à admettre des unions plurielles.

Bref, on ouvre la boite de Pandore. Est-ce bien nécessaire en ce moment ? Est-ce cela que réclame une majorité de français ? Qui ne voit pas qu'il ne s'agit que d'une basse manoeuvre politico-médiatique orchestrée par les groupes de pressions aliés du pouvoir en place ? On n'a pas le droit d'être complice de cela !

On nous rebat les oreilles avec le "principe de précaution" que l'on voudrait faire inscrire partout. Or il y a un domaine où l'on refuse de l'admettre paradoxalement, c'est le domaine de l'organisation sociale. Que ce soit en matière de flux migratoires, qu'en matière d'institutions sociales (comme le mariage), on feint de croire que les mutations les plus brutales ou les plus bizarres sont indifférentes. On s'insurge contre les OGM, on veut avoir une vie naturelle. Mais en même temps on prétend consacrer les évolutions les plus antinaturelles et les plus contraires au mode de vie qui a été le nôtre pendant des siècles. C'est incohérent !

Le véritable risque est sans doute pire encore. Bertrand de Jouvenel écrivait en 1946 dans "Du Pouvoir" un ouvrage tout à fait remarquable qui a été réédité il y a quelques années: "Comment ne pas voir qu'un délire législatif développé pendant plusieurs générations, habituant l'opinion à considérer les règles sociales comme infiniment modifiables, crée la situation la plus avantageuse au despote ?" Là est en effet le principal péril. Tout les régimes révolutionnaires et totalitaires se sont employés dans un premier temps à briser les cadres sociaux traditionnel au nom de la création soit d'un "homme nouveau", soit d'un "surhomme", soit d'une "société sans classes", soit d'une société "futuriste", soit encore de la création "d'une race supérieure". Tous sans exceptions, de Lénine à Pol Pot, en passant pas Hitler et Staline. On a vu les résultats...!

Or il me semble que c'est exactement le même processus qui est amorcé aujourd'hui où l'on veut remplacer le concept de "droit naturel" par une conception purement volontariste de la règle de droit, qui ne sera en réalité que la volonté du parti au pouvoir. Mais il n'y a rien de plus dangereux que de faire dépendre la règle de droit de seuls rapports de force socio-économiques. L'histoire l'a montré.

Un débat public sur ce sujet est nécessaire partout. Il aurait certainement eu lieu dans l'ancienne monarchie, au niveau des corporations, des municipalités, de l'Eglise elle-même. Il aurait lieu facilement en Suisse et là-bas je donnerais même l'impression d'enfoncer des portes ouvertes...

Je constate qu'en France on ne veut pas que ce débat ait lieu et que l'on cherche même à diaboliser ceux qui s'opposent à un projet qu'ils estiment sincèrement inutile et dangereux.


 

Olivier Tournafond
Professeur à l'Université de Paris XII

 

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