La république est une et communautariste

Triste époque que celle qui voit l’interdiction par le Tribunal de Bobigny de quatre livres édités par Alain Soral, et la censure partielle touchant celui de Léon Bloy « Le salut par les juifs », suite à une plainte déposée par la Licra. Dans un communiqué de presse, cette association « se félicite de cette décision du juge des référés qui a considéré que la libération et la publication de la parole haineuse entraient sous le coup de la loi sur le fondement de la provocation à la haine et injure raciale. Dans le contexte actuel de libération de la parole raciste et antisémite, cette décision vient rappeler bien à propos que l’incitation à la haine raciale constitue un délit.» Oui, triste époque que celle qui permet à des individus visiblement incultes, qui ne comprennent pas ce qu’ils lisent, pour autant qu’ils aient lu l’ouvrage de Léon Bloy, commettant de fait un contre-sens total. Car si dans la liste il y a bien un ouvrage qui ne pouvait être soupçonné de promouvoir l’antisémitisme, c’est bien celui de Léon Bloy. Car il s’agit d’un ouvrage théologique dont le but est de mettre fin à deux mille ans de malentendus, ouvrant la voie aux ouvrages de Jacques Maritain, Paul Claudel,  Georges Bernanos. Pour mémoire, lors de sa parution le journaliste Bernard Lazare, qui ne peut être soupçonné de quelque crimepensée en raison de son soutien indéfectible au capitaine Dreyfus, encensait ce livre dans un article publié dans L’Événement sous le titre « Un philosémite ». Jusqu’à Franz Kafka qui encensa l’ouvrage en ces termes : « Je connais, de Léon Bloy, un livre contre l’antisémitisme : Le Salut par les Juifs. Un chrétien y défend les Juifs comme on défend des parents pauvres. C’est très intéressant. Et puis, Bloy sait manier l’invective. Ce n’est pas banal. Il possède une flamme qui rappelle l’ardeur des prophètes. Que dis-je, il invective beaucoup mieux. Cela s’explique facilement, car sa flamme est alimentée par tout le fumier de l’époque moderne. » Oui, vraiment, nous vivons une triste époque où même des juges, censés être en mesure de peser la légitimité des demandes, cèdent aux marottes du moment pour satisfaire des revendications communautaires.

Triste époque que celle qui tolère le déni et le détournement de droit pour, encore une fois, satisfaire à des exigences communautaires. Jeudi 9 janvier, à 14h30, suite à l’arrêté préfectoral qui visait l’interdiction du spectacle du soi-disant humoriste Dieudonné au Zénith de Saint-Herblain, le Tribunal Administratif de Nantes cassait le dit arrêté. Derechef, avec une célérité jamais vue jusqu’à ce jour, à 15h00, Manuel Valls annonçait son intention de faire appel de la décision de la juridiction compétente en la portant devant le Conseil d’État. La pratique normale dans ce genre d’affaire étant qu’il se passe un délai d’environ quinze jours entre la décision et l’appel. Peu après, le juge des référés du Conseil d’État annonce que l’affaire sera examinée le jour même à 17 heures, empêchant, de fait, l’avocat de l’histrion qui avait plaidé à Nantes, de pouvoir être présent à Paris pour assurer la défense de son client. Ce qui vient de se passer constitue clairement un déni de droit. Il est évident pour tout observateur un tant soit peu averti que l’affaire avait été entendue. Le Conseil d’État s’est juste appliqué à ne pas faire mentir François Mitterrand qui avait dit de ces « sages » : « On les dit serviles, mais ils ne  sont qu’obéissants. »

Le fondement de ces actions serait un possible trouble à l’ordre public causé par la tenue de ces spectacles. Pourtant, il me semble que Dieudonné occupe le théâtre de la Main d’or depuis près de dix ans. Que durant cette période aucun trouble notable n’a été relevé, mis à part les récentes incartades musclées de sicaires de la LDJ. Théâtre appartenant d’ailleurs à deux personnes de confession israélite. En revanche, les appels à la mobilisation devant les théâtres lancés par l’association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France, par le CRIF, les agressions perpétrées par la LDJ ne semblent pas constituer, aux yeux du pouvoir, quelques troubles à l’ordre public que ce soit. Faut-il voir là-dedans comme une manière d’abdication devant les revendications des représentants de la communauté israélite. Pourtant, pendant la révolution dite française le mot d’ordre n’était-il pas : « il faut tout refuser aux juifs en tant que nation, et tout leur accorder en tant qu'individus » ? Fait on ne peut plus étonnant de la part de ce gouvernement qui est le plus robespierriste que nous ayons connu depuis des lustres.

« C'est un combat qui n'est pas que juridique et judiciaire. C'est un combat politique. » Ce sont là les propos tenus par le ministre de l’Intérieur à l’occasion de la diffusion de sa fameuse circulaire enjoignant aux préfets d’interdire les spectacles de Dieudonné par tous les moyens possibles. Là encore, personne ne semble réagir à ce qui ressemble à s’y méprendre à un détournement de droit. Car quoi, voilà un ministre qui clame haut et fort qu’il entend utiliser la justice pour gagner un combat politique. J’ose espérer qu’au pays de Montesquieu qui théorisa en son temps le principe de séparation des pouvoirs, il va quand même se trouver quelqu’un pour protester publiquement. Quant à cette circulaire, on notera qu’elle se termine par une demande de vigilance accrue quant aux « comportements racistes, antisémites, antimusulmans ou intolérants », oubliant au passage les actes anti-chrétiens qui constituent, et de loin, la part la plus importante des dégradations perpétrées contre des lieux de culte, des tombes, des agressions physiques de personnes, des perturbations d’offices religieux. Mais on se souviendra que Manuel Valls avait proclamé son soutien inconditionnel à l’État d’Israël, qu’il participe régulièrement aux dîners du CRIF, qu’il ne manque jamais une occasion de fréquenter la grande mosquée de Paris au moment de la rupture du jeûne du ramadan. Drôle de manière de s’acquitter du devoir de laïcité qui incomberait à tout représentant de cette république qui dans le fond n’est qu’anti-chrétienne.

Époque paradoxale où l’on peut voir ceux qui se présentent comme les tenants des forces de progrès, les chantres de la démocratie, faire partie des acharnés de la censure, alors que dans le même temps, ceux qu’ils dépeignent sous les traits du fascisme et de l’intolérance sont à la pointe du combat pour les libertés publiques censément garanties par cette république qui ressemble de plus en plus à un totalitarisme soft. Étrange époque où le philosémite est obligé de se battre pour que tous, même les judéophobes, puissent avoir le droit d’exprimer leurs opinions. Car dans un régime politique ayant les prétentions démocratiques qui sont celles de notre république, seuls la diffamation et l’appel au passage à l’acte devrait relever du pénal. D’ailleurs, la Cour Européenne des Droits de l’Homme définit on ne peut plus clairement la liberté d’expression : « La liberté d'expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de « société démocratique. » La France ayant ratifié la convention et ses protocoles additionnels a déjà été condamnée à plus de 600 reprises par cette juridiction depuis sa création en 1949. Ce qui en dit long sur le respect des engagements par une république sans honneur.

Pierre Guillemot

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