Abdelhakim Dekhar : déception pour Manuel Valls ?

On le disait de type européen : hé bien non, ne froissons surtout pas nos amis qui ne le sont pas.

Déception : il n’est pas d’extrême droite, dommage, voilà qui aurait bien arrangé nos politiques. Ce n’est pas non plus un skinhead, mais seulement un homme condamné en 1998 dans l'affaire Rey-Maupin. Et pour déplaire encore plus à certains, ce natif de Moselle est d’origine algérienne.

Autrement dit, c’est un récidiviste. Voilà qui ne va plaire non plus à Christiane Taubira. Il s’en est pris à la presse (de gauche !), voilà qui méritait une vraie chasse à l’homme.  Le tireur de BFM TV dans le sud-ouest de Paris, de la Libération et de la Défense était connu des services de la police pour une affaire datant de 1998, mais pas suffisamment pour que l’on remonte à lui à l’époque où le fichier ADN n’existait pas encore. Pour mémoire,  entre 1970 et 1985, on ne parle pas d'analyse ADN mais d'analyse de marqueurs génétiques. C’est pourquoi, la police n’a pu l’identifier plus rapidement.

En tout cas, cet homme de 48 ans, condamné à quatre ans de prison en 1998 dans l'affaire Rey-Maupin, soupçonné d’en être le troisième homme, avait été condamné pour "association de malfaiteurs". Cinq personnes dont trois policiers furent tuées en 1994. Où a-t-il passé sa vie jusqu’à maintenant ?

Il vient d’être interpellé alors qu’il se trouvait dans une voiture garée dans un parking souterrain près de Paris. Motifs : « enlèvement et séquestration ». Cette opération a pu se réaliser grâce à une reconnaissance de son portrait très largement diffusé, qui a permis à son hébergeur de l’identifier et de prévenir la police. Son fusil à pompe et ses vêtements n’ont pas encore été retrouvés. Deux lettres permettent de comprendre – au point partiellement – la portée de ses actes. Dans l’une d’elles, le suspect évoque un "complot fasciste", condamne la "gestion des banlieues", le "capitalisme" mais également le rôle des médias dans la "manipulation des masses". Il évoque aussi les conflits du monde arabe. Retrouvé dans un "état semi-conscient", suite à une prise de médicaments qui laisse à penser qu’il voulait en finir avec la vie,  Abdelhakim Dekhar a subi un lavage d’estomac et peut répondre aux enquêteurs de la brigade criminelle.

Plus qu’un tueur fou, il s’agirait plutôt d’un loup solitaire, antisocial, intransigeant, intelligent, mais désireux d’en finir avec la vie. Le simple fait d’agir à visage découvert traduit son besoin d’être retrouvé. Ce personnage complexe venu de l'ultragauche française des années 90 a certainement beaucoup à dire sur ce qui l’a poussé à commettre ces actes tragiques. Sa dérive individuelle dans le contexte d’un malaise général et ses déclarations suffira-t-elle pour les justifier ? Que saurons-nous vraiment de ses déclarations ? Pourquoi terminer l’une de ses lettres avec une référence sur le chant des partisans ? Voici une affaire presque réglée et la justice soulagée, même si l’homme ne correspond pas du tout à ce qui était annoncé. Cette affaire alimentera encore quelque temps les médias, au moins jusqu’à ce qu’une autre ne prenne le relais.

Ainsi va la vie…

Solange Strimon

La une de Libération : le suspect "de type européen"


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