Art contemporain ou art comptant pour rien ? (1/3)

L’art contemporain est source de passion : vénéré par les uns, méprisé par les autres, il ne laisse personne indifférent.

Tout d’abord, l’expérience montre que tout jugement instantané et excessif doit être un signal d’alarme :

  • Coup de cœur ? Et si c’était juste parce que l’œuvre ne nous confortait que dans nos certitudes du moment, choisies ou imposées par l’air du temps ?
  • Rejet ? Et si c’était parce que l’œuvre nous montrait tout ce que l’on refuse de voir des réalités de notre monde ?

 Comment y voir clair en matière d’art et d’esthétique ?

Le chemin qui mène à l’art contemporain est-il « darwinien » ?

Quelles signes l’art contemporain nous envoie-t-il ?

En réponse à la première question, revenons aux fondamentaux. Au hasard, Kant :

Art, esthétique, goût : Kant plus normand que germain !

Dans « La critique de la faculté de juger », la position de Kant se situe sur une double réfutation :

  • Réfutation de l’imitation dans les arts,
  • Réfutation d’une attitude visant à rejeter toute règle.

Kant, bien qu’affirmant une origine innée à l’inspiration, ne prône pas pour autant un rejet total des règles. Il opte donc pour une position intermédiaire entre le respect inconditionnel des règles et la liberté totale de création, il met l’accent sur la subjectivité de l’expérience esthétique, mais il n’en récuse pas pour autant l’objectivité formelle du beau.

Il est contre la théorie du « Sturm und Drang »[1] (tempête et élan ou passion) qui consiste à donner libre cours, lors de la création, à son instinct inspirateur (voire même au hasard) sans le contraindre ni le dominer. Mais il ne se montre pas davantage le partisan d’une théorie classique et sèche, qui consisterait à imiter en tout point les modèles comme au Moyen Âge.

Un « p’têt’ ben qu’oui, p’têt’ ben qu’non » plein de sagesse…

Et qu’en est-il de la notion d’esthétique et de goût ?

Il y a le goût dicté par une époque précise, la mode en somme (le correct du moment), et un goût, sans référence particulière, qui est une préférence naturelle et spontanée, sans lien avec une époque donnée.

L’esthétique, lorsqu’elle est tributaire de certaines règles, impose aux artistes un modèle défini, un style d’art. Ce modèle est forcément arbitraire. Il est également sélectif et partisan : toutes les œuvres qui n’entrent pas dans le cadre de cette « mode » sont considérées comme ringardes et peu dignes d’attention.

Cependant, selon Kant, la notion d’esthétique bien qu’étant subjective, est à prendre en compte. Sans elle, tout jugement de goût ainsi que toute valeur plastique seraient annihilés. Le goût peut, doit, clarifier l’œuvre, retrancher les éléments excessifs, apaiser ce qu’elle peut avoir de trop violent et ordonner les idées principales. Le goût permet à l’œuvre de s’épurer et de ne garder que ses meilleurs éléments. Elle pourra ainsi durer plus longtemps face à la postérité et être reconnue plus aisément.

En conclusion pour Kant, un artiste doit posséder :

  • l’imagination afin de présenter dans ses œuvres des idées novatrices et originales ;
  • l’entendement afin d’être capable de réfléchir à son œuvre et de canaliser son énergie, l’âme pour animer sa création ;
  • le goût pour épurer celle-ci.

Le « génie » est un combiné d’inné et d’acquis, un composé de nature et de culture. Les dons apportés par la nature ne suffisent pas, tout créateur doit maîtriser son domaine en se servant notamment de sa raison.

Rendez-vous la semaine prochaine pour la réponse à la deuxième question : Quel chemin parcouru pour aboutir à l’art contemporain ?

Arnaud de Lamberticourt


[1]  « Sturm und Drang » (tempête et élan) : titre d’une pièce écrite vers 1770 de Klinger et mouvement littéraire en opposition à la philosophie des Lumières, qui prône une réaction envers les règles classiques pour être libre dans sa création.

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