Jean Raspail, celui par qui le Roi arrive !

Tout le monde connaît Jean Raspail ! Tout le monde ? Non, car il faut passer outre la nullité de beaucoup de « librairies », j’entends par là les grands réseaux dits culturels… Lorsque l’on a entendu parler de Jean Raspail, il faut passer au mieux pour un doux dingue et au pire pour un raciste fascisant et aigri lisant ce vieux monsieur digne de Drumont. Mais je vous rassure, beaucoup de libraires ne savent tout simplement pas qui sont les écrivains et vous n’aurez aucun mal à passer en caisse ! C’est un univers génial, une œuvre orchestrée par un homme qui aime le beau et le vrai.

Jean Raspail a bien failli ne jamais écrire : un ami académicien de son père lui a fortement déconseillé… Sans doute cet académicien était-il un grand homme de lettres, autant je dois dire qu’il s’est égaré sur le devenir littéraire de Jean Raspail. Né il y a 91 ans, en juillet 1925, ce dernier est le fils du directeur des moulins de Corbeil. Comme de nombreux grands auteurs, il n’est pas vraiment bon à l’école, pour tout dire il s’y embête franchement, même s’il a Marcel Jouhandeau comme professeur. Cette critique négative par l’ami de son père l’empêche de continuer un temps dans cette voie.

Jean Raspail pratique assidûment le scoutisme et cette vie au grand air lui plaît. De là va naître une passion pour les peuples menacés par la modernité (en un mot la nature envahie par le béton et la médiocrité). En 1949, avec trois amis scouts, il part en canoë du Saint-Laurent jusqu’à la Nouvelle Orléans. Les deux canoës sont suivis par les médias locaux et cette exploration sur les traces des premiers découvreurs de la Nouvelle France est une réussite. Jean Raspail en tire des années plus tard un récit, après avoir retrouvé le carnet de voyage qu’il croyait perdu. En 1951, c’est toute l’Amérique qu’il traverse en voiture : des Andes jusqu’à l’Alaska. En 1954, Jean Raspail dirige une expédition sur les traces du peuple Inca.

Ses premiers romans ne connaissent pas le succès. Il faut attendre 1974 et un roman complètement à part dans son œuvre : Le Camp des Saints, qui imagine ce qu’il se passerait si des millions de pauvres débarquaient sur les plages du Sud. Plus que les pauvres, c’est la faiblesse morale et physique de nos vieux pays et de nos gouvernements qui sont visés. Le livre est un véritable succès ! Mais Jean Raspail devra désormais se défendre d’un racisme. Jean Raspail défend l'idée que les peuples traditionnels, encore ancrés dans leurs coutumes, meurent de cette modernité qu’apporte le blanc, au nom du progrès. L’autre est différent et cette différence est à la fois richesse et distance. En effet, le français de 1950 peut-il comprendre la culture d’un peuple avec son raisonnement déjà fabriqué et son appétence pour les mines, les essences de bois ? Pour Jean Raspail, les peuples traditionnels étouffent sous la pression de la modernité, dans l’acception la plus mercantile et utilitariste du mot. C’est donc bien loin du racisme que se situe la pensée de Jean Raspail ! Cette prise de position amène l’auteur à s'intéresser à la Patagonie, dont les peuples sont en danger depuis longtemps, quand ils ne sont pas déjà éteints. Ce Sud profond est partagé dans de nombreux ouvrages, notamment à travers la figure d’Orélie-Antoine, Périgourdin devenu roi de Patagonie. La biographie semi-fictive qu’il écrit se conclut par « Jean Raspail, Consul général de Patagonie ». La blague lancée va être un véritable jeu et aujourd’hui l’on peut devenir patagon si on le veut vraiment. Ce qui peut sembler être une blague d’enfant assure pourtant vraiment une protection au peuple patagon. Cet Antoine de Tounens a rêvé un projet fou : protéger la Patagonie des griffes argentines et chiliennes dans les années 1870, le « jeu du Roi » a rendu vie à cette folle aventure, un siècle après. Postulant à l’Académie Française en 2000, il échoue de peu. Explorateur et aventurier, Jean Raspail est un auteur inclassable : sereinement royaliste, profondément catholique, il est témoin du temps qui passe et des peuples traditionnels. Si son œuvre a déjà été portée à l’écran et en BD, c’est l’adaptation de Jacques Terpant qui reçoit l’approbation de l’auteur. Illustrateur de talent, Jacques Terpant a rendu parfaitement l’atmosphère de deux romans de Jean Raspail, Sept cavaliers et Les Royaumes de Borée. L’imagination de Jean Raspail n’a pas de limite : d’une ville aux confins d'une Europe rêvée au jeune roi allant se faire sacrer la nuit à Reims, en passant par le pape d’Avignon en 1993 et le récit de ses voyages, tout est sujet à l’aventure. Récemment, la collection Bouquins a publié une reprise des grands livres de Jean Raspail qui traitent du voyage, la préface est signée par un autre explorateur, Sylvain Tesson.

Quand vous aurez lu tout Raspail, lisez donc Sylvain Tesson et Bernard Olivier. Il est des écrivains qui nous mènent aux rois : celui sur terre, maillon d’une chaîne, et Celui du ciel. Jean Raspail est l’un d’eux.

Charles d’Antioche

Bibliographie sélective de Jean Raspail

Le Camp des Saints, Sire, L’anneau du pécheur, Les Royaumes de Borée, Qui se souvient des hommes ?, Sept cavaliers, Hurrah Zarah !, Secouons le cocotier, Adios Tierra del Fuego, En canot sur les chemins d’eau du Roi, Le Roi au-delà de la mer, Le jeu du Roi, Le président, Moi Antoine de Tounens roi de Patagonie, etc.

Commentaires  

#1 Tite 25-08-2016 11:07
Bel article. Merci.
Oui, tout le monde devrait lire Raspail... sa prose élève l'âme et réjouit le cœur.
C'est un très grand écrivain malheureusement , certains de ses livres ne se trouvent plus. Il m'a fallu 20 ans pour trouver "Journal Peau-Rouge"... un exemplaire oublié miraculeusement au fin fond de la réserve d'un distributeur. L'atelier Fol'Fer en réédite certains (dont le fameux Journal... jusque là introuvable) :
https://www.atelier-folfer.com/

Et très bonne initiative de la collection Bouquins. La préface de Sylvain Tesson est aussi un régal.

Si tout le monde lisait Raspail, tout le monde deviendrait royaliste... on peut toujours rêver !
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