Omar Sy et James Thierrée triomphent dans « Chocolat »

Si la reconstitution historique du clown Footit (James Thierrée) au début du XXème siècle est particulièrement juste, l’introduction d’un clown noir, nommé Chocolat (Omar Sy) est  bouleversante. À cette époque, les noirs descendant d’esclaves ne disposaient pas de grandes libertés aux States, sauf ce clown Chocolat qui déclenchaient le rire avec ce blanc Footit dont la cote de popularité avait tellement baissé qu’il lui avait fallu un partenaire de choc. Tous les deux se sont  entraînés avec une grande rigueur sur les conseils du réalisateur français Roschdy Zem, qui de « Mauvaise foi » à « Bodybuilder » et «  Omar m’a tuer », continue de progresser par sa grande exigence scénaristique et un public qui le suit fidèlement.

Après le film « Les Intouchables »qui lui a valu la reconnaissance du public,  Omar Sy reste égal à lui-même dans la démesure de ses talents, encaissant les coups de pied aux fesses avec le sourire comme les gifles avec l’honnêteté du clown qui ne fait rire qu’en étant le souffre-douleur du blanc. Tellement de situations sont analysées avec une immense justesse et sans trop en faire. Quelques scènes rappellent brutalement qu’être noir à l’époque, c’était pratiquement la peine de mort indirecte pour peu que l’on soit non seulement égal, mais supérieur au blanc. Invraisemblable au début du 20ème siècle. La scène du fouet est insupportable.

Tant qu’il restait dans sa condition de clown noir, Chocolat faisait rire et le succès était tel qu’il pouvait dépenser sans compter au jeu, à l’alcool, aux voitures et autres dérives du genre. Quoi de plus grisant que l’argent, quand on est né pauvre !  Mais cet argent non seulement lui monte à la tête, mais lui donne l’irrésistible envie de devenir comédien en France et de braver tous les interdits. Un comédien jouant du Shakespeare à Paris au Théâtre Antoine, dans un rôle qui n’avait jamais été joué par un noir (Othello), c’est de la provocation pure et simple, et cette prestation lui vaut des réactions d’une sauvagerie sans nom. Chocolat va connaître l’amour, mais sa compagne subira la haine et le méprise. C’est comme ça !

Si Omar Sy nous a franchement sidérés par ses prouesses, il est à égalité avec James Thierrée dont la mère, Victoria Chaplin, est la fille de Charlie Chaplin et son père, Jean-Baptiste Thierrée, propriétaire d'un cirque. Acrobate, trapéziste, clown, magicien et mime, James apprend aussi la danse et le violon, et participe dès son plus jeune âge aux spectacles de ses parents.

Alors qu’Abdellatif Kechiche n’avait pas convaincu avec sa « Vénus noire », un film à la thématique proche de celle de « Chocolat », Roschdy Zem, lui, parvient à maîtriser son biopic grâce à une narration tendue, et à ces deux acteurs exceptionnels, entourés d’excellents comédiens. Beaucoup d’enseignements à prendre de ce film, que chaque spectateur enregistrera selon sa sensibilité et sa culture.

Si nous vous conseillons ce film pour un ensemble d’éléments, il ne s’adresse pas aux enfants, et aux âmes trop sensibles, pas de « y a bon Banania » dans cette magnifique histoire, traitée avec émotions et justesse.

Solange Strimon

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