Le film "Royal Affair"

De la (triste et bien décevante) vraisemblance historique au glamour dégoulinant.

Grand évènement (s’il en est !) du petit-monde germanopratin (si l’on admet que ce dernier est encore vivant !), le prix Saint-Germain du meilleur film étranger était décerné à mi-janvier dernier au film danois « Royal Affair » (En Kongelig Affære),sur les écrans depuis septembre dernier.

La qualité technique de l’œuvre, qui, au demeurant, bénéficie depuis sa sortie d’une diffusion fort honorable, n’est pas ici en cause, du moins à l’aune des nos critères habituels de jugement - à l’exception de la présence de quelques scènes guignolesques, voire grand-guignolesques - pour l’agrément d’une soirée ou d’une après-midi dans un fauteuil.

« Nominé » aux Golden Globes et aux Oscars, doté de deux prix décernés à la biennale de Berlin (dont l’Ours d’argent du meilleur acteur en récompense de l’intéressante prestation « de genre » accomplie par Mikkel Boe Følsgaard), bénéficiant de l’apport dans un rôle majeur du photogénique acteur Mads Mikkelsen, le film profite d’une réalisation intelligente et constamment soignée, signée du Danois Nicolaj Arcel dans une production à la fois danoise, suédoise, allemande et tchèque.

Respectant apparemment avec soin la chronologie certaine d’une succession d’événements parfaitement connue, « Royal Affair » pourra même procurer au spectateur innocent l’impression agréable d’être désormais au fait d’une page de l’histoire du Royaume de Danemark, en réalité fort courte dans le temps et, quant à ses résultats, bien peu significative, si l’on excepte l’habillage imaginaire invraisemblable qui a pu en résulter.

L’intrigue est,  en effet, d’une simplicité désarmante.  Au cours de l’année 1768, fils de pasteur, mais libertin effréné, un médecin allemand, Johann Friedrich Struensee, est introduit par intrigue auprès du roi Christian VII pour remédier à l’état mental déficient de ce dernier.

Nommé médecin personnel en janvier 1769, indulgent à l’égard de la vie de débauche secrète de son patient, sauf à en être directement le complice, Struensee tisse ses fils et réussit à prendre sur le Roi un ascendant tel que, dans une « montée irrésistible » (conseiller d’État dès mai 1769, secrétaire du cabinet de la Reine, puis lecteur du Roi au début de l’année 1770, anobli et créé comte la même année), il parvient, en fin d’année 1770, à réunir pratiquement entre ses mains, en qualité de « maître de requêtes », puis, à l’été 1771, en qualité de « ministre du cabinet privé », la totalité de l’exercice du pouvoir royal, éliminant les hommes en place et s’attirant, de ce fait, l’hostilité de nombreux ennemis.

Car Struensee, dans le même temps qu’il manifeste un souci certain de ses avantages personnels et de ceux de son entourage proche, est, en plus, un « homme des Lumières » ; en suivant les préceptes du « despotisme éclairé », il tient donc pour nécessaire d’engager sans désemparer, dès la fin de l’année 1770, une succession de réformes dans l’administration du pays, réformes dont certaines furent assurément d’inspiration louable, mais dont l’effet sera d’assécher très rapidement les finances du pays.

Un front des mécontentements, auquel s’adjoint une intrigue de cour visant à compromettre la Reine et à opposer, en sous-main, à l’héritier naturel, futur Frédéric VI, un demi-frère du Roi, qualifié « prince héréditaire » et proposé comme « régent », conduit en janvier 1772 à la condamnation, puis l’exécution de Struensee pour complot contre l’autorité royale et crime de lèse-majesté, ainsi qu’à l’emprisonnement de la Reine, dont, au-delà d’« aveux » aussitôt rétractés et en dépit de la diffusion complaisante de libelles orduriers, rien n’a jamais indiqué de manière absolument formelle, en réalité, la compromission amoureuse avec le tyran si rapidement déchu.

Mais, après une courte période durant laquelle la noirceur de ce dernier est jugée évidente, le « Vent de l’Histoire » et la légende s’emparent bien vite d’un si beau sujet.

En effet, sur le ton de la romance, le thème n’est-il pas sublime pour le XIX° siècle naissant ?

Dans son prologue  à un drame du désormais bien oublié Michel Beer (musique de Meyerbeer), Théophile Gautier fera même de Struensee, qualifié :

un penseur, grand cœur et nom obscur,

un nouveau Ruy Blas ayant :

…………………fait le rêve suprême
De sauver tout un peuple en sauvant ce qu’il aime,
Et sans calcul donné, plein d’amour et de foi,
À la reine son âme et sa pensée au roi.

Accordons donc des circonstances atténuantes à un film dont, sur de telles bases, la projection ne s’inscrit que trop bien dans l’esprit (s’il en est !) de notre temps.

Après tout, la blonde Caroline Mathilde, réputée avoir été sans grande beauté, mais vive et charmante, prend pour nous les traits délicieux de la brune Alicia Vikander et la physionomie peu attirante de Struensee, fort emperruquée et poudrée, telle que retracée, peut-être sans complaisance particulière, par les quelques portraits datant de son époque, s’efface devant la mâle assurance du beau Mads Mikkelsen.

En nous efforçant certes de garder les yeux bien ouverts, ne boudons donc pas finalement notre plaisir.

Mais sans oublier toutefois que le septième Art demeure fondamentalement (plus que toute autre forme de spectacle et aux mains réelles de qui ?)

…l’Usine à rêves.

Alain Frauger

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