Catherine Frot dans « Marguerite » : exceptionnelle !

Le film « Marguerite » vient de sortir et pour le metteur en scène Xavier Giannoli, ce sera carton plein. L’histoire se passe dans les années 20, une époque où pour une certaine élite tout brillait d’or et d’argent. Les costumes sont magnifiques, tellement authentiques. Quelle merveilleuse folle époque ! L’actrice principale est émouvante, d’une telle richesse dans l’expression, d’une telle émotion, d’un tel talent, qu’il est difficile de ne pas retenir ses larmes quand elle chante… faux, effroyablement si faux qu’on a envie de se boucher les oreilles tant sa voix est stridente. 

Il s’agit de l’histoire vraie, mais très revue et corrigée, de l’Américaine Florence Foster Jenkins, qui chantait faux, mais à qui on faisait croire qu’elle était une immense cantatrice. Tous les acteurs de ce film sont remarquables. Ne citons que les principaux : André Marcon (le mari), Michel Fau (le professeur de musique), Christa Théret (la jeune chanteuse) et Denis Mpunga (homme de confiance, pianiste, chauffeur, etc.).

Personne n’ayant osé dire à Marguerite Dumont, la richissime épouse d’un baron, qu’elle chantait faux, celle-ci poursuit sa carrière en donnant des récitals privés au profit des orphelins de la Grande Guerre, avec une sincérité qui étouffe presque le spectateur. Elle croit en elle en chantant ses grands airs d’opéra, puisque le Tout-Paris vient à ses très somptueuses réceptions et qu’elle exerce sa voix plusieurs heures par jour. Même un célèbre professeur de musique Pezzini, qui vient lui donner quelques cours,  et qui en découvrant la voix de Marguerite dans le fameux air de Chérubin des Noces de Figaro, résiste au choc comme il peut… en trouvant sa voix « intéressante ». Quant au mari, conscient qu’elle ne vit que pour le chant, qu’elle est d’une grande fragilité, il devient au fil des séquences un personnage touchant.

Xavier Giannoli explique sur ce film en costumes qui dynamite l’académisme : « J’aime les personnages à idée fixe, les obsessionnels, car ils entraînent tout le film dans leur mouvement. Marguerite vit une passion, dans tous les sens du terme. Elle chante divinement faux et on sent qu’elle exprime un besoin rageur de vivre. Elle incarne aussi quelque chose d’unique, de perdu : la passion désintéressée pour l’art. Hélas, la passion ne valide pas le talent, cela n’a rien à voir. »

Catherine Frot évoque ce film et ce rôle, si différents des autres rôles de sa carrière : « Xavier Giannoli sait dépeindre des personnages insaisissables, toujours en quête de leur identité profonde. Des gens qui vivent souvent dans une illusion et, de ce fait, sont en danger. » C’est un mélodrame tellement drôle qu’il en devient tragique. »

J’ai plus qu’aimé ce film somptueux, même si les airs d’opéra chantés si faux peuvent blesser. À voir absolument ! Ce film donne toute la dimension de l’hypocrisie : comment ne pas entrer dans le jeu d’une richissime baronne (titre « donné » par son mari) et ne pas continuer à l’encourager pour obtenir ses grâces et sa protection. Magnifique illustration du pouvoir de l’argent ! Et de la vanité des hommes !

Solange Strimon

Commentaires  

#1 Charles Meret Zolver 22-09-2015 20:01
Cette histoire est d'une brûlante actualité, nos "ténors" de la politique, eux aussi, chantent DIABLEMENT faux; mais, à la différence d'une Mrs.Jenkins dont le répertoire s'inspirait de la musique des Sphères (célestes),leur atonale et dodécaphonique dissonance, à l'instar de la musique dite "contemporaine" procédant d'une "mathématique" luciférienne, n'est qu'un borborygme éructé par l'Abîme. Notre "aristo-ploutoc rate" vivait dans l'illusion (savamment entretenue par toute une cour avide de ses largesses), tout comme notre "sous-préfet de Corrèze" qui se rêvent en Mendes-France ou Mitterrand et distribue savamment prébendes et charges à qui le conforte dans ses illusions. Il se sent bien dans sa folie... Le "roi" est nu, mais, comme le chantait le regretté Guy Béart: "Le premier qui dit la vérité, il doit être executé..."
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