« La richesse des pauvres » aux Philippines : un livre surprenant

Il s’agit d’un livre inattendu (éditions rue de l’échiquier) qui ouvre une porte sur l’espérance d’une vie meilleure là où tout semble perdu et qui a été présenté récemment à Lyon avec le plus grand succès.  "En tagalog, dialecte philippin, " Gawad Kalinga " signifie " prendre soin ". Fondée en 2003 par Tony Meloto (1), l'ONG Gawad Kalinga (GK) s'est fixé pour objectif de sortir de la pauvreté 5 millions de foyers philippins d'ici 2024. Sa stratégie : construire des logements, allouer des terres cultivables aux plus démunis, donner à manger à ceux qui ont faim. Nulle question de charité ici : il s'agit de bâtir sur le long terme une relation partenariale avec chaque personne, qui retrouve ainsi dignité et estime de soi. Le leitmotiv de GK est " walang iwanan ", n'abandonner personne. C'est ce que l'organisation enseigne à ses bénéficiaires : s'entraider dans les moments difficiles, pour s'épanouir en tant que communauté résiliente et unie grâce à des valeurs partagées.

De nombreuses multinationales sont partenaires de l'ONG : Shell, Unilever, Accenture, Air France-KLM, HSBC, Microsoft, P&G, Nestlé, Hyundai. Ces entreprises financent les villages et apportent les fonds pour amorcer diverses activités, selon une stratégie de croissance inclusive qui concilie rentabilité et progrès social. 2 400 villages autosuffisants ont été créés, où vivent près d'un million de personnes. En parallèle, une quinzaine d'entreprises sociales ont été lancées dans toutes sortes de secteurs, des jouets au fromage en passant par les cosmétiques ou le chocolat, permettant à d'anciens habitants de bidonvilles de trouver un emploi."

Croire en ses propres richesses requiert d’un changement de mentalité : Tony Meloto, qui était récemment à Lyon pour défendre ses projets, en est convaincu : les Philippines sont un pays qui n’a aucune excuse pour rester pauvre. C’est un territoire riche en ressources. « Nous avons 12 millions d’hectares fertiles prêtes à être cultivées et néanmoins 18 millions de philippins ont des problèmes d’alimentation. 99% des nos produits laitiers sont importés et 85% de nos chocolats proviennent de pays qui n’ont pas un seul cacaotier sur leur territoire alors que le climat des Philippines est idéal pour la production des meilleures fèves de cacao ! Clairement, nous n’avons pas su jusqu’à présent administrer correctement cette terre fertile pour permettre à tous de bien y vivre et éviter par là-même l’exil à l’étranger de plus 12 millions de personnes, qui enrichissent par leur travail des pays qui le sont déjà ! »

« Pour profiter de ces atouts et ressources naturelles, il faut redonner une dignité et une fierté à ce peuple qui s’est laissé enfermer dans une mentalité d’esclave pendant des siècles ! » : c’est le principal enseignement d’un homme qui s’est laissé « se réinventer lui-même » au contact des plus pauvres. Gawad Kalinga : construire des communautés pour éradiquer la pauvreté
En 2003, fort de cette expérience avec les pauvres, l’ancien businessman fonde l’ONG Gawad Kalinga où il applique les principes de l’entreprise. « Giving the best to the least  », ce qu’il y a de meilleur pour les plus petits, signe un style de travail alliant professionnalisme et générosité. En moins de dix ans, l’organisation est devenue le plus grand mouvement par et pour les philippins avec 1 million de bénéficiaires dans 2.000 villages. 25.000 bénévoles réguliers participent aux différentes actions qui mobilisent ponctuellement jusqu’à 1 million de volontaires chaque année !

Le défi à relever est ambitieux : débarrasser le pays de la pauvreté d’ici 2024 en aidant 5 millions de foyers à retrouver leur dignité. Un sacré challenge, mais des partenaires plus que motivés pour parvenir aux résultats. Un livre intéressant à découvrir pour être convaincu que tout est possible. Bravo Tony Meloto !

Solange Strimon

(1) Fils d’enseignant, Tony Meloto  eu une brillante carrière professionnelle dans son pays : cadre dirigeant chez Procter & Gamble puis créateur d’entreprises. Crise de sens et fort questionnement sur les inégalités dans son pays, l’amènent à s’engager dans l’association Couples for Christ (CFC). Il cherche les conditions d’une croissance pour tous. C’est avec cet organisme qu’il part à la rencontre des jeunes délinquants de Bagong Silang, le plus grand bidonville de Manille au nord de cette mégalopole de 12 millions d’habitants.

Commentaires  

#3 Stanislas Desrues 12-07-2015 16:32
Rien ne va plus : il n'y a jamais eu autant de pauvres et de pauvreté et pourtant la planète est quarante fois plus riche aujourd'hui qu'en 1900. Mais les inégalités se creusent. Et l'aggravation des pauvretés relatives se double d'un nouveau processus: l'émergence de la pauvreté absolue. C’est le constat donné par Michel BEAUD, Économiste, auteur de Le basculement du monde, éd. La découverte. Le produit mondial a connu au cours de ce siècle une croissance exceptionnelle: en dollars de 1975, il est passé de 580 milliards en 1900 (360 dollars par tête) à 6000 milliards en 1975 (environ 1500 dollars par tête); au milieu des années 90, il dépasse 25000 milliards de dollars courants (environ 4500 dollars par tête).
Les actifs financiers mondiaux ont plus que quadruplé depuis le début des années 80.
Jamais autant d'argent n'a circulé, jamais autant de richesses n'ont été produites dans le monde. Mais ce que l’on voit en Afrique et ailleurs ne donne pas envie d’être optimiste sur le partage des richesses et surtout – comme c’est écrit dans ce très beau livre – la prise en charge de sa misère, grâce aussi à des mécènes. Ils sont où ? Sans eux, rien n’est possible. Ce livre devrait circuler partout…
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#2 christine Bisch 10-07-2015 19:33
Bravo pour cet article et la mise en lumiere de cette initiative exemplaire !
A noter que les Lyonnais ont entrepris de financer un village Gawad Kalinga Lyon a Sagay, iles Visayas, devastees par le typhon Yolanda en 2013. Voir la petition http://agircreatif.wesign.it/fr et la page Facebook Gawad Kalinga Lyon.
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#1 PELLIER Dominique 10-07-2015 08:00
Ce que nous devons apporter partout où ce genre de situation existe, est notre AIDE, mais surtout pas le travail accompli. Il faut que les populations aidées participent en plein à leur redressement, au moins pour leur fierté personnelle, pour se dire : "nous l'avons fait, aidés, mais nous l'avons fait". Il ne s'agit pas de faire le travail à leur place, mais de leur montrer la marche à suivre, tout en considérant, et cela est primordial, les particularités de chaque population soutenue, ne rien faire à la française en je ne sais quel autre pays du monde, d'Asie, D'Afrique...
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