Philippe Lauria. La Religion sans épines

Jean Robin, fondateur des éditions Tatamis, a récemment fait parler de lui en annonçant son départ de la métropole pour la Polynésie française, ou certaines lois républicaines ne sont heureusement pas en vigueur[1]. Profitons de cette occasion pour présenter un livre que sa maison d’édition a fait publier l’année dernière, et qui se veut un « coup de gueule » contre une certaine frange de l’Église visible, contre certaines déviances ; et un bilan acerbe des débuts du pontificat de François. L’auteur en est Philippe Lauria, docteur en philosophie, écrivain et auditeur de l’Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN)[2].

Ne cherchons pas dans La Religion sans épines une thèse de doctorat en théologie, ni un essai charpenté autour d’une problématique, avec trente-six mille références notes de bas de page. Il s’agit d’une lecture rafraîchissante et revigorante, ou désespérante et accablante, selon l’état d’esprit – ou d’âme – du lecteur. Les pages se parcourent rapidement, le verbe est fluide, la lecture est agréable.

Philippe Lauria commence par un appel filial à Benoît XVI, et explique ses doutes – en guise de « préface post-scriptum » – quant à la validité de sa renonciation, arguant d’une faute de latin extrêmement handicapante dans la formule d’abdication prononcée par le souverain pontife, ce qui est un marqueur canonique convenu d’invalidation d’un acte[3]. Nous laissons les internautes de Vexilla Galliae faire leur propre miel, et nous ne remonterons point jusqu’à la théologie de Suarez.

Le reste de l’ouvrage s’attaque à des points précis de la foi catholique et de la piété religieuse qui sont constamment bafoués en de nombreux lieux, parmi lesquels nous trouvons l’usage calviniste de la communion sur la main, la tyrannie de certains laïcs qui font pire que certains empereurs des siècles passés, une partie du clergé qui préfère ignorer l’existence du diable, l’échec de la nouvelle « messe », le ridicule de quelques « kermesses[4] », les causes de la raréfaction des vocations[5], l’inanité des catéchismes contemporains (quand on parle encore de « catéchisme »…), la perversion des écoles dites « catholiques » (devenues plus républicaines et laïques que l’enseignement mutuel du xixe siècle, pour ne pas les comparer aux anciennes écoles de l’Instruction publique républicaine…), la simonie pratiquée à l’égard des mariages à l’église, les féministes « chrétiennes », la nouvelle pastorale à la Kasper (à l’égard des pratiquants du vice italien ou des couples concubins ou adultères), le démocratisme républicain et bourgeois de nombreux « chrétiens culturels », l’erreur du Ralliement, le concile Vatican II, le problème des traductions, les excès de l’œcuménisme iréniste, le relativisme, une (anti-)morale (anti-)sexuelle largement répandue, l’avortement et la collaboration qu’il suppose, etc. L’ensemble, avant deux annexes (respectivement consacrées aux « canonisations » de papes récents, et sur Teilhard de Chardin et sa déplorable théologie), se termine par une lettre ouverte au pape François. Philippe Lauria a pour précepte, évangélique, de juger l’arbre à ses fruits.

C’est donc un ouvrage très engagé : les lecteurs acquis d’avance aux thèses de l’auteur n’en seront que davantage confortés et y trouveront de rapides délices ; les chrétiens plus modernes y seront probablement hostiles, et n’y trouveront que de la matière à user leurs nerfs. Je crois que nous ne pourrions être plus clairs !

Jean de Fréville


[1]D’après une vidéo de Jean Robin pour Enquête & Débat, republiée par nos confrères de Nouvelles de France le 14 mai 2015 : http://www.ndf.fr/nos-breves/14-05-2015/jean-robin-part-vivre-en-polynesie-la-france-sans-le-fiscalisme-le-mariage-pour-tous-ou-lislam#.VVtYFbntlHw .

[2]LAURIA (Philippe), La Religion sans épines. Le baiser de Judas, Blois, Tatamis, 2014, 240 p., 18 €.

[3]Le « commisso renuntiare » attendu (« je déclare renoncer ») a été remplacé par un « commissum renuntiare » – qui pourrait au mieux être traduit par « on me déclare renoncer » ?

[4]Page 43 : « Messe à Rive-de-Gier (Loire) : se termine en embrassades sur la chanson de Polnareff On ira tous au paradis. »

[5]« Si nous prenions le Novus Ordo Missæ, nous n’aurions plus de vocations : l’arbre se dessécherait comme si on avait mis la hache à la racine ». Propos de monseigneur Marcel Lefebvre rapportés par Philippe Lauria à la page 45 de La Religion sans épines.

Commentaires  

#7 Labrot 10-05-2016 05:10
A Dominique :

Je partage tout à fait votre analyse sur le "Ne nous soumet pas à la tentation". Toutefois, j'observe que c'est une traduction assez fidèle (ce me semble) du "Et ne nos inducas in tentationem". J'aimerais qu'un érudit me prouve le contraire.

Vive le Roi
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#6 Benoît Legendre 28-05-2015 18:43
Autant je peux comprendre la dénonciation de certaines "dérives" dans l'Eglise actuelle, et dans le comportement de bien de religieux, autant je trouve la charge contre toute l'Eglise sonne comme une trompette de mauvais augure. Que l'on me comprenne bien : je n'apprécie que très modérément les "nouveautés" imposées depuis Vatican II par les ayatollahs progressistes, mais je crois surtout qu'il faut vivre avec son temps. Je crois qu'il faut vivre "dans le monde" sans "être du monde", ce qui ne veut pas dire qu'il faille accepter toutes les inepties sociétales actuelles, bien sûr ! Si l'Eglise et nous les croyants avons une mission à mener à bien, c'est d'annoncer la bonne nouvelle (en supposant qu'on puisse le faire !) en s'inspirant des paroles mêmes du Christ : "je ne te condamne pas, va, et ne pèche plus".
Nous vivons une époque certes difficile, mais les formes et les rites anciens ne signifient plus rien dans la France d'aujourd'hui ; j'ai assisté plusieurs fois à des messes en latin, c'était très bien, ça avait de la gueule, c'était carré, mais une pénible sensation de rites désuets où la forme prenait le pas sur le fonds. Ma préférence va à la messe conciliaire bien ordonnée, avec un ou deux chants latins (pour une belle messe chantée en grégorien, je vais dans une abbaye) ; il y faut du sérieux mais pas du crispé, du joyeux mais pas du cirque !
Pour tâcher de résumer : le juste milieu...
Vive le roi !
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#5 Henri Ph 27-05-2015 10:11
Ceux qui trouvent dommage de faire de la publicité pour ce livre devraient le lire car il ne crache pas sur l'Eglise qu'il cherche à défendre à tout prix, mais il dénonce ceux qui de l'intérieur la détruise et qui sont infiltrés.
Malheureusement le Pape François ne voit pas ou fait comme si... illusionné par la fausse bonté des droits de l'homme, hameçon et piège.
Et contrairement à ce qui est dit, il est aussi très sévère sur certains traditionaliste s, voir le chapitre "Attention un tradi peut en cracher un autre"....
Prions pour l'Eglise. In Xto
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#4 PELLIER Dominique 26-05-2015 08:23
MAIS OUI, ce n'est pas à Dieu de changer mais Son eglise et son peuple, afin de s'aligner à la volonté de Dieu-même et uniquement. Ces appels à la réforme entendus alors que le pape n'était pas encore élu me font dresser mes poils de terreur, me scandalisent. Qui est -ce qui commande, nom d'un chien, les hommes ou Dieu. Moi, j'obéis, du mieux que je peux, à DIEU; eT PUIS ZUT!!!!
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#3 Dominique 25-05-2015 12:38
Il fallait qu’un tel livre soit écrit, car il est parfaitement inacceptable que l’Église, dépositaire des commandements de Dieu, et ayant pour loi divine qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, se soumette aux hérésies protestantes et à la franc-maçonneri e qui voudrait faire croire que l’enfer, ça n’existe pas. La principale ruse de Satan, c’est faire croire qu’il n’existe pas. La « religion sans épines », disciple de Michel Polnareff « On ira tous aux paradis », plus que du Christ. Je ne pense pas seulement à la communion dans la main, hérésie protestante, mais à une autre, toute aussi scandaleuse : la récitation du Notre Père protestant depuis Vatican II. Ayant lu « Le nouveau Notre Père », acheté à Saint-Nicolas du Chardonnet, j’ai découvert avec horreur toutes les hérésies du Notre Père protestant que l’Église impose à ses ouilles depuis Vatican II, la plus grande étant de demander à Dieu : « Ne nous soumets pas à la tentation » au lieu de « Ne nous laissez pas succomber à la tentation », alors que c’est Satan seul qui soumet à la tentation. Cette assimilation du caractère divin à Satan est blasphématoire ! C’est la raison pour laquelle depuis que j’ai ouvert les yeux sur ces multiples hérésies du nouveau Notre Père, je suis revenue au Notre Père catholique. Écoutez l’apôtre Saint Jacques parler de la tentation : « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne. » (Jacques I,13) L’Église conciliaire pratique aussi l’omerta sur l’interdiction pour un chrétien de pratiquer la fornication (rapports hors mariage, péché mortel), interdiction citée par l’apôtre Paul I Corinthiens VI,12) ce qui fait que les baptisés sont majoritaires à vivre en concubinage, en république française, concubinage légalisé par le PACS. Seuls les catholiques à avoir lu la Bible le savent, ceux qui vont à la Messe sans avoir lu la Bible l’ignorent. Omerta aussi sur les faux prophètes au nom de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux, et l’on s’étonne que nos enfants s’invertissent à l’islam et partent faire le djihad ! Ce livre, la « religion sans épines », est un livre salutaire, car il dénonce la démagogie de l’Église qui fait fuir de nombreux catholiques vers des religions beaucoup plus exigeantes. Je me souviens d’un prêtre qui reprochait à Luther de ne pas avoir dit à l’Église les choses et de ne pas l’avoir réformée de l’intérieur. Quand une Église s’amollit, il faut dire les choses pour la réformer de l’intérieur, et c’est ce que fait Philippe Lauria. Encore faut-il que l’Église écoute ceux qui lui veulent du bien et impose aux catholiques (corrompus par le slogan soixante-huitar d « Il est interdit d’interdire ») d’obéir aux commandements de Dieu.
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#2 Solange 24-05-2015 14:52
Tout comme Florent, je ne comprends pas très bien le but de cet article : l'Eglise, menée par des hommes, ne peut que prendre conscience de ce qui est à parfaire dans sa communication, mais elle est là depuis 2 000 ans et les papes qui se sont succédé ont adapté - autant que cela leur était possible - une démarche d'ouverture dans la fraternité envers leurs fidèles. La société dans laquelle nous vivons demande toujours de l'immédiateté à toutes ses réponses, ce qui pose des questions de recul face aux situations. Notre cher pape François, venu d'Argentine, a bousculé les codes en offrant son sourire et sa proximité. Il apporte un réel changement dans l'amour et dans la communication.
Benoit XVI fait partie des très grands théologiens, qui ne peut qu'être respecté et admiré. Je ne félicite pas l'auteur de cet article, pour lequel je vais prier l'esprit-saint afin qu'il mette de la lumière dans les ténèbres de son coeur !
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#1 Florent 23-05-2015 22:40
Je trouve dommage de faire de la publicité pour ce genre de livre... L'auteur ne fait que prêcher pour sa paroisse... Et ce n'est pas en crachant sur l'Église que ses problèmes se règleront... Le baiser de Judas c'est l'auteur qui le donne à l'Église en la mettant au pilori de cette manière... On est à la limite de la calomnie ! Benoît XVI est un grand théologien, si sa renonciation n'avait pas été valide, il l'aurait su... Je suis plus que favorable au biritualisme au sein de l'Église ! J'ai horreur des « modernistes » qui crachent sur les traditionaliste s comme des traditionaliste s qui crachent sur les « modernistes » ! Il n'y a qu'une Église et à sa tête se trouve le pape François, que vous le vouliez ou non... A d'autres époques on aurait appelé cela de l'hérésie...
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