Nicole Vray, Grandes femmes de l’Ancien Testament

C’est un lieu commun, mais une réalité, que de dire que les Français sont assez ignorants en matière de religion. Récemment encore, nous lisions un récit dans lequel on faisait une allusion à Moïse entrouvrant les eaux de la mer Rouge au peuple hébreu… pour fuir — tenez-vous bien ! – les Romains ! Et la personne en question n’est plus toute jeune, elle est même retraitée et a passé les 60 ans, ayant fait dans sa jeunesse tout le cursus catéchétique et sacramentel exigé par la société française du xxe siècle.

Ne demandons donc pas à un Français lambda de connaître ce que les catholiques eux-mêmes, y compris pratiquants, n’ignorent que trop souvent. Si les maximes élémentaires du catéchisme sont déjà peu connues, s’il n’est pas rare de trouver des catholiques pratiquants instruits dans l’entre-deux-guerres penser que le Christ, après sa mort, est allé en Enfer, et non aux enfers, à la grecque, il est un sujet – mais si vaste ! – qui est particulièrement délaissé, abandonné, boudé, méprisé, etc. C’est l’Ancien Testament.

Il n’a pas bonne presse. Certains le trouvent archaïque ou, par ignorance, le jugent dépositaire d’un Dieu sanguinaire. Ce sont ceux qui voient derrière le « Dieu vengeur » un « Dieu bourreau » au lieu de s’en tenir au sens propre et originel de « Dieu justicier » (qui donne à chacun son dû). Pourtant, Dieu ne peut qu’être immuable. L’Ancien Testament est en réalité un vaste ensemble de livres saints, dans lesquels la miséricorde n’est d’ailleurs pas en reste.

Dans un tel marasme, c’est une tâche ardue que de redonner goût à l’Ancien Testament. Peut-être fallait-il, pour ce faire, comme Nicole Vray l’a fait, choisir un angle d’attaque moderne, et même vendeur, il faut le dire. Eh oui, Nicole Vray a voulu nous parler… des Grandes femmes de l’Ancien Testament[1]. Si l’histoire des femmes ou du genre est à la mode, surtout dans des universités de point telle que l’université du Mirail à Toulouse (récemment renommée « Jean-Jaurès » – le ridicule ne tue heureusement pas[2]), cela suffira-t-il à redorer le blason d’un sujet ô combien peu laïque, l’Ancien Testament ?

Quoi qu’il en soit, l’auteur nous invite à redécouvrir – ou à, tout simplement, découvrir, soyons francs – certaines grandes figures féminines, que nous ne connaissons souvent que de nom. Nous trouvons Ève, Sara et Rachel mêlées à Tamar, Déborah et Judith, ou encore Rebecca, Léa, Ruth, Bethsabée, la reine de Saba, les femmes de l’Exode, Esther ou… Marie.

Un seul bémol, mais d’importance : la méthode historico-critique sur laquelle les travaux sont présentés n’est malheureusement pas encore enterrée[3]. Il serait peut-être temps de passer – ou de retrouver – une méthode plus efficace, plus pertinente, plus précise et plus juste.

Jean de Fréville

[1]VRAY (Nicole), Grandes femmes de l’Ancien Testament, Paris, Desclée de Brouwer, 2015, 200 p., 17,90 €.

[2]Comment des employeurs pourraient-ils prendre au sérieux des étudiants diplômés d’une université portant un tel nom ? Voilà qui ne va pas améliorer nos problèmes de chômage juvénile, de médiocrité universitaire et d’« insertion professionnelle des jeunes »…

[3]Jusqu’à… prétendre que le roi Salomon et la reine de Saba n’auraient pas existé. Une mode qui passera.

Commentaires  

#3 PELLIER Dominique 20-04-2015 08:12
Beaucoup hélas, nous ont fait voir une fausse image de Dieu, ce "dieu vengeur", ce "père fouettard" qu'Il n'est évidemment pas. Et de s'inquiéter que les églises se vident, les vocations disparaissent.. . Lisez la Bible, tout simplement, inclinez-vous devant Dieu et Il vous montrera Sa vraie face. Toute religion est contraire à la foi. L'une et l'autre sont toutes différentes l'une de l'autre.
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#2 TRACY 19-04-2015 09:47
C'est toujours un plaisir de lire les chroniques littéraires de Mr de Fréville. Vivement samedi prochain.
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#1 Dominique 18-04-2015 14:32
Cher M. de Fréville, je vous remercie de votre article dont la lecture m’a enchantée.

Moi aussi, je me lamente de ce que les catholiques ne lisent que peu la Bible, et vous l’avez dénoncé dans l’espoir de générer un sursaut chez eux afin qu’ils lisent dans son entièreté la Bible de Jérusalem (Bible des catholiques), et j’espère que bien des lecteurs de « Vexilla Galliæ » le feront. En ce qui me concerne, j’ai lu la Bible de Jérusalem de la première à la dernière page.

C’est la presse puante qui souille le Dieu justicier de la Bible, ce Dieu ne m’a jamais gênée. Que ce Dieu gardien de la morale se mette en colère devant l’innommable, rien de plus normal ! Un peu d’empathie le fait comprendre.

Mon adolescence a été bercée par la chanson de Michel Polnareff « On ira tous au paradis », et les Français de le croire !!! S’ils avaient lu les Saintes Écritures, ils sauraient que non. J’aimerais en profiter pour dire à ceux qui croient à cette chanson qu’est péché contre l’espérance la « présomption (s’exposer aux occasions du péché, vivre avec cet esprit « Dieu est bon, tout le monde va au ciel, quoiqu’on fasse. » (Petit livre bleu, examen de conscience p. 280).
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