Superbe! Un nouveau Louis XV réhabilité par Jean-Christian Petitfils

On le disait secret, timide, et surtout incapable de gouverner. Et pourtant Louis XV était tout autre. Avec l'excellente biographie de ce monarque hors du commun, parue début novembre aux Editions Perrin, c'est 900 pages de bonheur royal. L'auteur commence à mieux comprendre ce souverain timide, secret, ayant sans doute du mal à assumer son métier de Roi. Cette biographie fera date, c'est la réhabilitation d'un souverain mal connu qui fait face avec intelligence à l'opposition d'une société bloquée.

Une approche profondément renouvelée du monarque qui fait face avec génie à l'opposition d'une société animée par les parlements, les jansénistes et sa propre noblesse. Une vaste fresque du Royaume de France qui, malgré les lourdes défaites de la guerre de Sept ans, connaît un prodigieux développement économique et s'accrut de trois belles provinces, les Duchés de Lorraine et de Bar, et la Corse.

Un règne immense et contrasté, une personnalité secrète, réévalués par l'un des meilleurs biographes des Rois de France des XVII et XVIIIe siècles.

Jean-Christian Petitfils a publié une trentaine d'essais et biographies. Notamment un Louis XIII, un Louis XIV et un Louis XVI. Mais par cette nouvelle biographie, il nous démontre encore un vrai talent d'écrivain, soutenu par un vaste travail de recherche et de réflexion. Sûrement l'ouvrage de référence sur ce Roi si attachant.

Louis XV, dans Versailles rayonnant d'un éclat incomparable, demeure le monarque le plus prestigieux d'Europe jusqu'à sa mort en 1774. Après 59 ans de règne, la monarchie semble solide, en dépit des lourds nuages qui s’amoncellent à l'horizon.

Son règne, charnière entre le Roi Soleil et la Révolution, a commencé en 1715, il avait 5 ans, et s'est achevé en 1774. Louis XV a été à la hauteur de son siècle et a influencé pendant son demi-siècle de règne, les multiples aspects d'une société en mouvement. Sa mort empêcha son œuvre de régénération de la monarchie de s'enraciner et de porter les fruits qui eussent sans doute épargné le sang et les larmes de la Révolution.

Eric Muth

Commentaires  

#7 Gabriel Privat 26-11-2014 06:47
Concernant les jésuites, j'ignore ce qu'en dit M. Petitfils, mais les pages que Michel Antoine y consacre dans sa très brillante biographie de Louis XV aux éditions Fayard montre bien que ce sont les différents parlements, à commencer par celui de Paris, qui ont voulu chasser les jésuites pour deux raisons principalement :
- Leur ultramontanisme qui dérangeait le gallicanisme ambiant du clergé français d'alors.
- Leur opposition au jansénisme qui était le courant spirituel dominant dans les parlements à ce moment.

Le pouvoir royal a accepté cette expulsion à la demande du duc de Choiseul qui, en effet, pensait obtenir ainsi en contre-partie les crédits militaires dont il avait besoin pour réarmer la France contre l'Angleterre.

Enfin, le prétexte choisi pour cette expulsion est bassement matériel, puisqu'il s'agit de la faillite d'une entreprise de biens coloniaux dans laquelle la Compagnie de Jésus avait des intérêts. Refusant de payer les pots cassés de la faillite elle a eu le tort de porter l'affaire au Parlement de Paris. Mal lui en a pris...

Enfin, sur l'esprit des Lumières, hélas ! Il n'avait pas besoin de l'absence des jésuites pour se répandre, était déjà bien répandu à ce moment là dans l'élite française malgré eux et a continué de s'installer, malgré les jansénistes pourtant hostiles à ces idées et malgré un clergé catholique pléthorique et une pratique sacramentelle intense dans la majorité du peuple. Les idées mauvaises et fausses peuvent, malheureusement , se répandre partout, même dans les peuples en apparence les mieux armés contre elles.
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#6 Cheuzeville 15-11-2014 11:13
Madame Sophie Drouin: à ma connaissance, Louis XV était déjà mort lors de la naissance du futur Louis XVII. Donc je ne pense pas qu'il ait pu émettre le moindre doute quant à la légitimité du malheureux Dauphin. Celui qui aurait émis des doute, ce serait Louis XVIII, pour des raisons évidentes. C'était sa propre légitimité en tant que souverain qui était en question.
En ce qui concerne les Jésuites, je vais encore rajouter une touche corse: lors de l'invasion de l'île en 1768-69, une des premières mesures prises par les nouvelles autorités fut d'expulser les Jésuites! Ces derniers étaient très présents en Corse, en particulier dans sa plus grande ville et capitale administrative, Bastia, où l'on peut encore voir de nombreux exemple d'architecture jésuite.
Enfin, je note qu'aucun commentateur n'a évoqué le Canada, qui fut le grand échec de Louis XV. Je doute fort que les Canadiens français et leurs descendants aient jamais pardonné à Louis XV l'abandon dont ils furent les victimes!
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#5 Sophie Drouin 14-11-2014 07:40
A-t-il assuré que le Dauphin était un bâtard né de la reine Marie Leszczynska et d'un noble savoyardcorsepo lonais ???

Car l'on m'a assuré que c'était là l'avis de ce grand homme sur notre pauvre roi Louis XVII. Un bâtard adopté par le roi cocu. Ça évacue quand même "bien" la question de la survivance. Certaines personnes me l'ont assuré avec la plus grande conviction, alors non, je ne lirais pas son livre sur Louis XV, de peur d'avaler un poisson, à moins que d'autres royalistes sincères me détrompent. Je suis méfiante et n'ait été que trop blessée par de mauvaises biographies sur les rois de France.

Tant qu'aux Jésuites, je suis triste de vous le dire Mme de Thoury, mais beaucoup sont restés en France après avoir changé d'ordre. Je soupçonne également quelques pourparlers avec les parlements, concessions pour concessions sur fond de guerre. Je crains que Louis XV ait sacrifié les Jésuites à essayer de sauver ses soldats...Et non, je pense que Mme de Pompadour contrôlait moins l'agenda gouvernemental et royal que non zélites ripoublicaines et mysogynes ne l'aient laissés pensé, en puisant références sur références dans le journal d'Argenson, ministre amer, mysogyne et franchement paranoiaque à la fin, qui voyait des complots jésuites partout...Miche let partageant les mêmes travers, il reprit l'analyse d'Argenson sans critique aucune et donna ses heures de gloire à l'ouvrage d'un malade.

L'analyse de Bernard Hours sur Louis XV et sa cour, à quelques défauts près, est éclairante à ce sujet.
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#4 Benoît Legendre 13-11-2014 23:33
J'ai moi aussi une "mauvaise" opinion de Louis XV, dont le règne s'était pourtant terminé avec une saine réaction de l'autorité royale qui exila les parlementaires. .. Je compte bien moi aussi lire l'ouvrage de M. Petitfils (j'ai lu ses Louis XIII et Louis XVI, je conseille la lecture de ces ouvrages à tous !), peut-être mon opinion évoluera t-elle aussi ?
Vive le roi !
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#3 Cheuzeville 13-11-2014 11:10
Je lirai certainement cette nouvelle biographie de Louis XV avec intérêt. Cependant, s'il y a une tâche, dans son règne, qui ne saurait être effacée, c'est bien la sanglante annexion de la Corse, l'une des "trois belles provinces" que vous évoquez. La force brutale qui fut utilisée succédait à une diplomatie malhonnête: d'un côté, M. de Choiseul correspondait avec Pasquale Paoli, Général de la Nation Corse, de l'autre il menait des négociations secrètes avec la République de Gênes. A l'époque, Paoli construisait en Corse un Etat démocratique, ouvert au monde et respectueux de la religion. Il n'excluait pas la "protection" d'une grande puissance, conscient que la Corse seule serait toujours l'objet d'appétits extérieurs. Ce que Louis XV a obtenu dans le sang, il aurait pu l'obtenir par la douceur et le respect. 30000 hommes ont été nécessaires pour venir à bout de la petite armée populaire de Paoli. Des milliers de morts, des centaines de pendaisons, des dizaines de villages brûlés, des milliers de Corses envoyés au bagne de Toulon et qui n'en sont jamais revenus, voilà le bilan de l'action de Louis XV, en Corse. Un dernier point: cette invasion ne régla pas la question corse, puisque cette île n'est pas devenue une "province" française sous le règne de ce roi. Elle n'était qu'un territoire occupé au nom de la République de Gênes (selon les termes du traîté de Versailles de 1768, la France s'engageait à rendre l'île à Gênes une fois l'"ordre" rétabli, et lorsque Gênes aurait payé à la France les frais de l'expédition et de l'occupation, ce qu'elle ne fit jamais). C'est sous le règne de Louis XVI que la question fut réglée, lorsque l'assemblée constituante vota que les Corses étaient des Français à part entière, en octobre 1789. Les autorités génoises protestèrent d'ailleurs vigoureusement! Louis XVI, contrairement à son prédécesseur, montra toujours beaucoup de bienveillance à l'égard de la Corse, s'intéressant à son développement, rachetant des "esclaves" corses capturés par les barbaresques et accueillant Pasquale Paoli à son retour d'exil en 1790. Je ne doute pas que Louis XV ait accompli nombre de choses positives pour son royaume. Mais en ce qui concerne la Corse, il a laissé un très mauvais souvenir!
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#2 Chantal de Thoury 13-11-2014 09:48
Certes, Louis XV fut un grand Roi à l'intelligence pointue mais....mais... il se laissa dominer par "la Poisson" , et livra à cause d'elle manipulée par Voltaire, l'élite de la jeunesse de France aux lumières en chassant les Jesuites de France, leur contre pouvoir éducatif aux "lumieres" ayant disparu, cette jeunesse devint la majeure partie de l'élite pre-revolutiona ire celle qui avec la haute bourgeoisie financière déclencha la Revolution.
Si les Jesuites etaient restés,ô la France aurait pu sous le sage gouvernement de Louis XVI mettre en place toutes les mesures sociales que le Roi voulait instaurer, Les Jesuites par leur expérience des réductions en Amérique auraient formé la jeune future elite pour accompagner et soutenir le Roi Louis XVI dans toutes ses réformes.
Louis XV malgré la majeure partie de son règne réussi surtout en ses débuts adultes aidé et conseille par son épouse Marie Leksinska à par la suite une grande responsabilité dans toute la préparation intellectuelle de la Revolution.
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#1 PELLIER Dominique 13-11-2014 09:35
Je serais prêt à changer mon avis sur ce roi, mais j'en attends des preuves tangibles. Autant son arrière grand père remonte dans mon estime, à part la révocation de l'Edit de Nantes, autant, je considère Louis XV très faiblement.
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