Le retour d'une maison royale oubliée, celle des Obrénovitch.

Rivale des Karagerogevitch qui vont finalement s’imposer sur le trône et diriger la future Yougoslavie, la famille royale des Obrénovitch (Обреновићи)) sera renversée lors d’un coup d’état sanglant en 1903. Un siècle plus tard, leurs descendants réclament que le dernier des Obrénovitch soit légitimement réhabilité alors que l’idée de restauration de la monarchie fait de plus en plus en son chemin en Serbie.

Jeune marchand de porcs de 24 ans, c’est tout naturellement que Miloš Teodorović s’engage aux côtés de Georges Petrović (1752 ?-1817) dit le noir (origine du nom de la dynastie des Kara-Georgevitch) dans sa lutte contre l’occupant ottoman. Des turques qui ont annexé l’ancien empire des Nemanjić au XIVème siècle. Et si la première révolte échoue, la deuxième qui éclate en 1815 permet à la Serbie d’obtenir un semblant d’indépendance. Hier alliés, les deux hommes deviennent rapidement des rivaux et face à un Georges Petrović qui tente de s’arroger les pleins pouvoirs, Miloš Teodorović (devenu désormais Obrénovitch) le fait assassiner durant son sommeil en juillet 1817.

Dès lors, l’histoire des deux familles va se caractériser par de nombreuses vendettas et lutte pour l’‘établissement d’une monarchie sous leurs noms respectifs. Proclamé prince régnant par la Skoupchtina (l'Assemblée serbe), Miloš  Obrénovitch ne sera reconnu par la Sublime porte qu’en 1830. Cette dernière, très autocratique, critique la mise en place d’une constitution libérale et finit par imposer au prince régnant, une limitation de ses pouvoirs avec la création d’un sénat dans lequel seront placés différents princes serbes qui ne cachaient pas leur animosité envers le prince héréditaire.  Les tensions qui vont naître seront telles que le premier des Obrénovitch doit abdiquer en 1839 en faveur de son fils aîné, Milan dont le règne n’excédera pas 25 jours. Le temps de mourir d’une tuberculose. La principauté tombe dans l’anarchie avec à la fois des turques qui tentent de reprendre le pouvoir et des Karagerogevitch qui cherchent à prendre leur revanche. Michel III (né en 1823), frère du précédent et monté sur le trône, est totalement inexpérimenté. Renversé en 1842 par une rébellion pro-Karageogevitch, le prince se réfugie à Vienne, capitale impériale de l’Autriche des Habsbourg, désormais nouvel état qui entend dominer la Serbie par son influence et placer ses pions à la cour royale. La France ne tardera d’ailleurs pas à entrer dans cette joute diplomatique non sans conséquences néfastes pour le futur de l’Europe.

Dans ce «games of thrones » des Balkans, on se renverse et on s’assassine. Le prince Alexandre (1806-1885), fils de Karageorges, sera la victime collatérale de la guerre de Crimée. Celui qui dessinait déjà les contours de l’idée d’une Yougoslavie, que fera naitre le traité de Versailles en 1929, est expulsé de son trône en 1858 par les puissances victorieuses. Restauré, Michel sera poignardé en juin 1868 par Kosta Radovanović qui voulait venger la mort de son frère, embastillé pour son opposition à la montée de l’absolutisme dans le pays. Le règne de son cousin Milan, IVème du nom, va considérablement marquer le pays mas aussi signé les prémices de la chute de cette maison qui accède à la royauté en 1882.  Débuté sous la régence du général Milivoje Petrović Blaznavac (1824-1873), que la rumeur publique accusait d’être un fils du fondateur d’une dynastie à qui il était dévoué, son règne s’associe étroitement à Vienne, devenu cet allié incontournable et dont l’empire le protégeait des tentatives de soulèvements des Karageorgevitch. Le pays se modernise rapidement bien que le système reste féodal en soi. Et si Milan est populaire parmi les serbes, au palais, derrière les portes de sa chambre se joue un drame avec son épouse la russe Natalie Kesckho (1859-1941), mère du jeune Alexandre et dont le parrain est le tsar Alexandre II. D’un tempérament fougueux, elle est irritée des nombreuses liaisons de son mari. La femme de l’ambassadeur de Grèce en fera les frais avec une magistrale gifle reçue lors d’un bal à Belgrade en 1876. Puis de s’enfuir avec l’héritier au trône. La séparation, inévitable, se produit en 1886 mais le couple se déchire devant les tribunaux et fait pression, autant l’un que l’autre, sur le métropolite de la capitale pour qu’il signe puis annule l’acte de divorce.

Le 6 mars 1889, sans explications Milan se retire du pouvoir, renonce à sa nationalité et part s’exiler à Paris non sans avoir octroyé une seconde constitution plus libérale que la première. De Vienne à Saint-Pétersbourg, il n’y’a qu’un pas que l’influence de cette dernière avait franchi. Jugée trop proche des Romanov, la reine Natalie est expulsée, avec une forte somme, de la capitale du royaume serbe. Alexandre Ier va se révéler plus machiavélique que son visage ne le laisse le présager. A 17 ans, il organise son premier coup d’état en avril 1893, à la surprise générale et rappelle son père. Mais lorsque le roi décide d’épouser la dame de compagnie de sa mère, Draga Mašin, le 5 août 1900, les relations avec son père s’enveniment et ce dernier repart en exil. Les serbes manifestent eux-mêmes leur désapprobation face à une telle alliance peu conforme à leurs aspirations. Des tensions éclatent entre les deux chambres et le roi décide de suspendre la constitution en avril 1903 lors d’un second coup d’état qui ne dure qu’une demi-heure…Le temps à Alexandre Ier de promulguer ses décrets et ses sujets de crier haro à cet arbitraire royal. Sans le savoir, le roi venait de sceller son propre destin.

L’assujettissement de la Serbie à l’Autriche-Hongrie est un sujet permanent de mécontentement chez les nationalistes comme l’absence d’héritiers au trône. La reine ne peut enfanter, les rumeurs affirment même que son frère va être nommé dans l’ordre de succession. Dans la nuit du 11 juin 1903, c’est un véritable massacre qui va secouer la capitale. Le premier ministre, le ministre des armées, des ministres, les frères de la reine sont assassinés. A l’origine de ce coup d’état qui va permettre aux Karageorgevitch de recouvrer un trône qu’ils garderont jalousement jusqu’en 1945, l’organisation de la Main noire. Elle sera ce bras armé qui laissera son triste nom dans l’histoire lors de l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914, prélude au déclenchement de la première guerre mondiale. Trouvés et sortis de leur cachette, le couple royal, maladroitement poignardé, sera violemment défenestré non sans que le roi, accroché à la balustrade, n’en ait eu les doigts tranchés par un coup de sabre.  

Avec ce meurtre qui laissera toutefois les serbes sous le choc, prend fin le règne des Obrénovitch. Mais pas de la famille royale qui quitte précipitamment le pays. Bien que des mutineries légitimistes éclatent jusqu’en 1904 dans le pays, les Obrénovicth ne peuvent récupérer leur trône désormais sous l’influence de la France. C’est  à un demi-frère adultérin qu’échoient les prétentions au trône de Serbie. Milan (1890-1925) est reconnu par l’Autriche-Hongrie mais il n’est pas le seul à recueillir les faveurs des partisans de la maison royale. Certains oscillent en faveur du prince Mirko Dimitri Petrović-Njegoš (1879-1918) qui par un curieux hasard généalogique favorisé grâce à des mariages entre la maison de Serbie et du Montnégro en fait un autre potentiel candidat au trône. Une position que ne pouvait ignorer les Karageorgevitch lorsqu’ils annexeront une des futures composantes de la Yougoslavie à naître. L’actuel héritier au trône du Monténégro, le prince Nicolas II (né en 1944) descend d’ailleurs en ligne droite (par les femmes) des Obrénovitch.  Le destin de Milan sera moins reluisant. Entre deux tentatives mystérieuses d’assassinat (entre 1906 et 190)7, il survit financièrement grâce à des petits « boulots » qui le mèneront comme portier dans le fameux Orient-Express. Sa mort dans le dénuement total relègue la famille royale dans les pages jaunies de l’histoire.

Panta Obrénovitch (décédé en 2002), petit-fils de Milan, avait créé à Paris le fond qui porte toujours le nom de la famille royale. Les descendants ne revendiquent pas le trône de Serbie mais s’il n’a pas été clairement désigné de chef de la maison royale, le prince Pedrag Jakovljević revendique ce titre, contesté durant une décennie et devant les tribunaux par d’autres membres de sa famille. Des actions en justice vaines qui alimenteront les colonnes des journaux de Belgrade. Après un siècle de rivalités, le prince héritier de Serbie, Alexandre II Karageorgevitch a mis fin à cet antagonisme historique qui régnait entre ces deux maisons. En juin 2013, il s’est recueilli sur les tombes de son homonyme Obrénovitch, 3 ans avant que le fils du prince Tomislav de Serbie, Đorđe Karađorđević (né en 1984)  ne rencontre officiellement le prince Predrag Jakovljević. Une réconciliation hautement médiatisée.

Entre réseaux sociaux et site officiel de la maison royale*, le quinquagénaire prince Predrag Jakovljević est sur tous les fronts pour réhabiliter l’action du dernier représentant régnant de sa famille. Vivant entre Paris et Belgrade, les membres de la première maison royale de Serbie se battent désormais pour que le nom des Obrénovitch retrouve toute sa place au sein du panthéon de la grande histoire tumultueuse de la Serbie.

Frederic de Natal

* :http://www.royalhouseofobrenovic.org/

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Caricature du 4 novembre 2017
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