La famille impériale Choseon, une solution pour l'unité de la Corée ?

Constamment sous pression depuis la fin de la guerre de Corée en juillet 1953,  qui après 3 ans de guerre avait jeté tout un peuple contre lui-même dans une époque de guerre froide où s’affrontaient deux idéologies (un régime marxiste dictatorial au Nord et une république démocratique au Sud), l’ancienne dynastie royale a fait un retour inattendu sur la scène politique de Corée. Entre ying et yang, la restauration  de la monarchie est désormais une solution qui pourrait être envisagée afin de réaliser de nouveau le rêve improbable de l’unité perdue.

Marquée par le règne de la dynastie Joseon (ou Choseon) qui va diriger le pays du matin de calme de 1387 à 1910, c’est un autre empire, celui du Soleil levant, qui va mettre fin à sa monarchie séculaire. Le Kwangmu (empereur) Sunjong est contraint à l’abdication par les japonais qui occupent la péninsule coréenne depuis la fin du XIXème siècle. Confiné au  palais Deoksugung (ou de la longévité vertueuse)  jusqu’à sa mort, le livre de la vie du dernier souverain coréen aura été écrit en lettres sang. Il perd sa mère dans de violentes circonstances, en 1895, sauvagement assassinée par les japonais au sein même du château qui abrite la dynastie royale qui doit  s’enfuir et se réfugier quelques mois plus tard au sein de la légation russe. Alors jeune héritier de 22 ans, il sera marqué par ces événements qui allaient bientôt cacher une autre triste réalité. La colonisation de son pays jusqu’en 1945 par les soldats du Mikado qui mettent en place une véritable «politique de la canonnière » : interdiction de la langue coréenne, institution des femmes de réconforts, pillage du pays, la Corée est à bout de souffle quand la seconde guerre mondiale prend fin. Mais à cette occupation va se substituer une autre tout aussi insidieuse avec d’un côté l’Union soviétique au Nord, les Etats-Unis au Sud, prélude à la guerre civile qui va achever de diviser le pays au 38ème parallèle nord.

La mort en juin 1926 de Sunjong est le prétexte d’un sursaut national en faveur de la famille royale mais qui sera vite réprimé par les japonais. Son successeur et frère, le prince Euimin (1897-1970) est l’otage des japonais qui l’envoient de force dans une école militaire de Tokyo avant de le marier avec une distante cousine de l’impératrice du Japon. Privé de leur prince à qui on a interdit de revenir en Corée mais dont on le gratifie de titres similaires à ceux de la haute aristocratie nippone, le mouvement de résistance royaliste montre rapidement des signes d’épuisements avant d'ouvrir un second front au Mandchoukouo, cet empire fantoche créé par les japonais pour le dernier empereur de Chine, Aisin Gioro Pu Yi. En vain. L’occupation du pays par les américains rimera aussi avec la fin des privilèges de la noblesse coréenne qui sont abolis et avec l’arrestation des leaders monarchistes. Et lors de  la partition du pays en deux républiques distinctes, le prince Euimin fait encore figure de consensus. Ce symbole d’unité demeure populaire et fait peur au nouveau régime sud-Coréen de Séoul. Lorsqu’il demande à pouvoir revenir dans son pays, le président Syngman Rhee refuse purement de délivrer un passeport à l’héritier de la dynastie royale et nationalise tout aussi rapidement les biens de la famille royale. Un second exil au Japon commence pour l’empereur titulaire du Taegeukgi, architecte de profession.

Ce n’est qu’en novembre 1963, qu’il est enfin autorisé à revenir et s’installer dans le palais de Changdeok non sans être interdit d’activités politiques.

La famille royale reçoit, entourée d’une petite cour de fidèles qui espèrent le retour de la monarchie afin de réaliser l’unité du pays malmenée par la dynastie marxiste des Kim, qui s’est succédée jusqu’à nos jours avec une 3ème génération de dictateurs. Une incongruité communiste qui doit sa survie au seul géant chinois. Prétendant au trône et fils du précédent, le prince Yi Gu connaîtra des fins de mois difficiles et sera la victime d’intrigues de palais,  le forçant à divorcer de son épouse américaine dont la stérilité fut une source de disputes au sein du Conseil royal. Finalement délaissé, ce prince meurt dans un royaume de solitude le 26 juillet 2005, âgé de 74 ans.

Sans enfants, réunis au sein de l’association de la famille impériale de Corée, les membres de la dynastie vont se déchirer sur le nom de son successeur.

En dépit des manifestations de soutiens teintées d’une nostalgie nationaliste avouée notamment, durant cet été qui a rassemblé, par exemple, plus de 200 étudiants venus rendre hommage à l’empereur Sunjong en mai dernier, afin de marquer le 120ème anniversaire de la fondation de l’empire,  c’est un visage divisé qu’offre la famille impériale à ses sujets.

Pas moins de 3 prétendants revendiquent le trône.

La presque centenaire princesse Yi Haewŏn (dont le couronnement public en 2006 avait fortement irrité la république et dirigeant l’Association de la famille impériale du Daehanjeguk), le prince Yi Won (fils adoptif du prince Yi Gu, reconnu par 21 membres de la famille impériale et à la tête de l’association de la Famille royale Yi depuis 2005) et le prince Yi Seok s’affrontent pour une couronne hypothétique. C’est ce dernier qui, cependant,  semble avoir les faveurs des monarchistes coréens. A la tête de l’«Imperial Grandson Association », il est associé à toutes les cérémonies officielles organisées par le gouvernement sud-coréen à grands renforts de spectacles rappelant les grandes heures de la monarchie. Une revanche pour ce prince de 76 ans, qui avait été obligé de fuir, une nouvelle fois, vers les Etats-Unis après l’assassinat du président Park Chung Hee en 1979. Expulsés sous le regard des tanks qui avaient pointé leurs canons en direction du palais de Changdeok, les membres de la dynastie avaient été autorisés à revenir au début des années 1990. Retiré dans un monastère, le prince Yi Seok avait retrouvé subitement un regain de popularité avec la réhabilitation de la famille impériale au début du XXIème siècle naissant. Redécouverte de son histoire à travers une série de documentaires, c’est un véritable engouement en faveur de la monarchie que va connaitre la Corée du Sud sous l’œil menaçant de Pyongyang et ses miradors. Notamment parmi la jeunesse coréenne avide de se ré-approprier son histoire impériale. En Octobre 2004, la ville de Jeonju se couvrira même de drapeaux de l’ancienne monarchie, invitant le prétendant au trône à venir faire une conférence. Quand ce ne sont pas les coréens eux-mêmes qui vont se passionner pour la série « K-drama » intitulée « Goong - l'Amour dans le Palais », qui revisite de manière moderne l’histoire de la monarchie défunte.

A l’heure où les tensions entre « l’Oncle Sam » américain et le « Grand soleil du XXième siècle » selon la terminologie marxiste en vigueur dans le nord de la Corée, se sont accentuées, la crise politique qui a frappé ces derniers mois Séoul avec la destitution de la présidente Park Geun-Hye, un retour de la monarchie Choseon peut-il être envisagé ?

Une question qui n’a pas encore sa réponse tant il est difficile de se prononcer au vu de la complexité de la politique coréenne actuelle et en l’absence de sondages sur le sujet. Réunis le 8 août dernier, les membres de la famille impériale se sont bien gardés de répondre aux questions entourant les perspectives de restauration de la monarchie, préférant rappeler aux journalistes qu’ils étaient surtout ici pour entretenir le devoir de mémoire, ciment indéniable de la nation coréenne, et garantir la préservation du patrimoine historique et impérial du pays.

Frederic de Natal

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