L’histoire de la Légitimité

Cette période de l’année est propice au souvenir mais surtout à l’action pour nous, légitimistes ! La fin de janvier marquant la mort de Louis XVI et celle de son successeur, le charismatique Alphonse, je profite donc de ce premier article de 2017 pour vous entretenir de l’histoire de la Légitimité !

Le légitimisme est essentiellement dynastique, c’est-à-dire que nous mettons en avant l’indisponibilité du trône qui n’est jamais vacant. Peu importe l’homme, le roi est roi qu’il nous plaise ou non. Si cela peut agacer lorsque l’héritier se trouve être décalé ou original, cela permet néanmoins d’éviter les querelles inutiles sur la question de la succession lorsque la royauté est aux affaires.

C’est en 1830 que naît le légitimisme originel car le duc d’Orléans ayant pris le pouvoir, le trône est usurpé par un cadet. Charles X a abdiqué ainsi que son fils pour résoudre une crispation politique, tout en sachant que la couronne des lys considère cet acte comme nul et non avenu. Louis-Philippe sur le trône vit 53 députés démissionner pour ne pas avoir à lui prêter serment, lesquels furent imités par les pairs du royaume qui furent ensuite déchus par la Monarchie de Juillet. Seuls 3 préfets sur plus de 85 restèrent à leur poste. Les « cadres » légitimistes furent donc écartés du pouvoir. Le sentiment d’être persécuté par le régime usurpateur s’accentua lorsque l’archevêque de Paris fut inquiété par la police. Les légitimistes fondèrent de nombreux journaux, comme la Mode, mais le mouvement prôna le refus de participer à la vaste fumisterie qu’était le régime nouveau. Enfin, la duchesse de Berry vint ! Qui n’a pas vibré à l’écoute de l’épopée tragique de la belle-fille de Charles X ? Revenue en France secrètement en 1832, cette dernière tenta de soulever la Vendée contre Louis-Philippe pour mettre son fils Henri sur le trône. Cela dit, le roi de droit en 1832 était toujours Charles X. Trahie par l’un des siens, la duchesse ne put soulever localement pour ensuite inquiéter Paris. Elle fut arrêtée le 8 novembre 1832 par la gendarmerie dirigée depuis 4 semaines par un certain Adolphe Thiers.

Le mouvement légitimiste eut malgré cet échec amer l’espoir de reprendre le pouvoir lors des législatives de 1834, ses partisans remportant de nombreux collèges locaux notamment dans le Sud, le Nord et le Massif Central. A l’époque de la Monarchie de Juillet, l’on pouvait distinguer ainsi les légitimistes :

-         Traditionalisme paysan, caractérisé par son abstentionnisme aux élections et présent surtout dans l’Ouest, ce courant n’a pas de chef de file particulier mais préfère une insurrection populaire permettant le retour du Roi.

-         Absolutisme modéré, mené par le duc de Blacas, le mouvement défend la royauté d’avant 1789 et privilégie l’action militaire à l’action politique 

-         Conservatisme parlementaire, sans chef de file, le mouvement est assez proche des thèses des orléanistes les plus conservateurs. 

-         Libéralisme conservateur, les tenants de ce légitimisme sont dirigés par Berryer et contestent plutôt mollement le régime Louis-Philippard.

-         Scepticisme gallican, sous l’action de l’abbé de Genoude, cette branche du mouvement légitimiste est nationaliste, gallicane et hostile à l’insurrection armée mais n’est pas insensible au principe démocratique.

 

Ces cinq courants empêchèrent la Légitimité de reprendre le pouvoir et la crise fut profonde en 1842 lorsque Noailles et ses partisans conservateurs démissionnèrent du Comité légitimiste suivi par Villèle et les libéraux.

A la chute de Louis-Philippe, Thiers et certains royalistes imaginèrent de créer un parti royaliste uni en pariant sur le ralliement des d’Orléans à Henri V, devenu le roi de droit après la mort de son père, Louis XIX, en 1844. En effet, certains légitimistes estimaient valables les renonciations de Charles X et de son de fils en 1830, ce qui avait créé une autre fracture au sein du mouvement. Henri V fait un pas en 1850 à l’occasion de la mort de l’ancien usurpateur : il fait dire une messe. Les émissaires de chaque clan se réunissent mais l’union ne se fera pas.

En 1873, la chute du Second empire fait espérer une restauration et même les orléanistes sont prêts à accepter comme souverains Henri V car Thiers n’est pas président de la République mais simple « chef du pouvoir exécutif de la République française » ce qui laisse une marge à une probable restauration. L’affaire du drapeau blanc sera à l’origine du refus puisque Henri V ne peut revenir à Paris que comme roi par la grâce de Dieu et non par roi voulu par le peuple et les députés, devant se plier aux valeurs qu’implique le drapeau tricolore. Ce refus est donc profond et beaucoup plus raisonnable qu’il n’y paraît aujourd’hui.

A la mort de Henri V le 24 août 1883, les légitimistes vont se diviser. Si l’immense majorité rejoint la branche Orléans, quelques uns se rappellent que la renonciation de Philippe V d’Espagne au trône de France est nulle car l’on ne renonce pas à un droit que l’on n’a pas, et l’on y renonce encore moins pour sa descendance ! Les légitimistes du journal L’Univers tentent de faire éclore une ligne traditionaliste dans le discours de Philippe d’Orléans mais ce dernier reste flou. Pendant ce temps, les rois de droit sont plus proches de la Couronne d’Espagne que celle de France qui ne rencontre pas un grand intérêt de leur part.

Joseph du Bourg et Maurice d’Andigné sont les chefs de file des légitimistes favorables aux Bourbons d’Espagne… d’où le surnom de blancs d’Espagne ! Un comité de propagande légitimiste voit le jour et des personnalités rejoignent le groupe cependant minoritaire. La naissance de la Troisième République affaiblit l’élan. En 1914, le mouvement s’effondre malgré le bimensuel La Monarchie Française qui tente de lutter contre le royalisme positiviste de l’Action Française. Pendant puis après la guerre, des revues et des thèses historiques traitent du sujet. Il faut pourtant attendre 1957, alors que le royalisme n’existe politiquement plus et que l’Action Française détient le quasi-monopole du royalisme, pour qu’apparaisse l’association générale légitimiste de France qui relaie sa pensée dans la Gazette de France.

Il faut avouer que la surdité du Roi de droit Henri VI n’a pas facilité le renouveau légitimiste en France. Il a cependant rappelé qu’il était l’héritier des rois en 1946. Cela peut s’expliquer par le travail de fond fourni par Hervé Pinoteau, nommé par Henri VI Chancelier de France, Stéphane Rials, ou encore par d’autres universitaires rappelant le droit royal. En 1987, le Millénaire Capétien fut l’occasion pour Alphonse II de se faire connaître. Auparavant l’avènement de Juan Carlos en Espagne avait permis à l’héritier français d’être « débarrassé » de la question espagnole et il pouvait se consacrer à son pays.

Comment s’organise la Légitimité aujourd’hui ? Si Louis XX a son secrétariat propre, l’Institut de la Maison de Bourbon a été créé en 1973 par Henri VI. Cet IMB a fusionné avec l’Institut Duc d’Anjou qui avait été lancé en 2010. Il existe aussi l’Union des Cercles Légitimistes de France fondée en 1979 qui regroupe des cercles légitimistes et organise des formations.

Hier comme aujourd’hui, la Légitimité n’est pas uniforme ni unie. Les aristocrates de province n’avaient pas le même légitimisme que celui de l’ouvrier de Paris ou que celui du bourgeois bordelais. Du point de vue religieux, la catholicité du Roi ne fait pas débat, mais Veuillot fut un ultramontain alors que Falloux fut un libéral convaincu. Aujourd’hui quelques légitimistes sont orthodoxes ou protestants même si une grande partie est plutôt de sensibilité catholique traditionnelle. La méthode pour organiser la restauration fait débat : abstentionnisme, coup de force militaire, coup de force populaire... Enfin, l’on trouve des légitimistes partisans d’un régime parlementaire et ceux d’une royauté traditionnelle. Ces questions divisent encore notre famille.

Il ne faut enfin pas croire que seule la noblesse fut légitimiste car la bourgeoisie du Nord fut importante dans les rangs du mouvement, tout comme le peuple modeste qui voyait dans le Roi un moyen de se protéger contre la prédation de l’industrie ; les paysans pouvaient espérer dans le retour des lys.

De nos jours, les grands principes légitimistes sont toujours vivants. On peut ainsi les résumer :

Part de divin dans l’homme :  la raison et le rationnel humain ne sont pas les seuls vecteurs de la vie. Cela implique la transcendance et la victoire naturelle du mal mais celle surnaturelle du Bien. Le Roi apporte aussi la part d’héritage et de divin dans le royaume.

Politique traditionnelle : dès 1832, un essai légitimiste parle de la décentralisation que produit la royauté contre la centralisation née de la révolution (mais aussi de la monarchie absolue). L’importance est donnée à la communauté locale, aux coopératives et aux corporations. Cette politique est plus proche de la doctrine sociale de l’Eglise que de l’industrialisation et le scientisme du siècle de la révolution industrielle. En un mot, c’est une société juste, stable et hiérarchisée que défendent les légitimistes. Cela repose autant sur les familles que sur l’existence d’une démocratie locale.

Je termine en formulant le vœu le plus incarné, le plus charnel aussi, pour notre Roi : qu’il vive !

Charles d’Antioche

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Caricature du 4 novembre 2017
« La république des privilégiés »

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