14 juillet 1789, journal de Louis XVI : Rien !

Il est un fait certain que l’histoire de la république française repose essentiellement sur des mythes fondateurs. Depuis qu'elle a institué comme fête nationale en 1880, le 14 juillet, cette date n'a cessé de susciter que des contestations. Si le citoyen d’aujourd’hui ne sait plus très bien si on célèbre ce jour-là, la prise de la Bastille de 1789 ou la fête de la Fédération de 1790, les monarchistes ont-ils, quant à eux, des raisons légitimes de participer à cette festivité ou d’en réclamer son abolition ?

La  IIIème république anticléricale, comme ses futures consœurs tout aussi illégitimes, a tenté à travers les diverses décennies qui se sont succédées, d’ancrer dans le présent de notre inconscient collectif  tout l’héritage d’un pseudo passé révolutionnaire que l’on aura voulu plus glorieux pour les générations futures. Tout en essayant d’occulter les horreurs perpétrées durant la révolution française comme le génocide vendéen ou encore toutes les victimes malheureuses du hachoir national de l’époque. Une guillotine qui d’ailleurs ne fit rapidement plus la différence entre républicains et royalistes, paysans et bourgeois et dont on signait les actes d’exécutions avec une facilité déconcertante. 

Le temps de quelques lignes, remontons rapidement la machine du temps de ces événements tragiques qui provoqueront à court terme la chute de la monarchie d’Ancien régime. Convoqués, les Etats généraux échappent rapidement à Louis XVI qui décide de faire fermer la salle où les députés se réunissaient. Devant ce véritable coup de force auxquels ils ne s’attendaient pas de la part du souverain, les députés des trois ordres décident de se regrouper le 22 juin en assemblée nationale constituante (serment du jeu de Paume). Après avoir capitulé devant ce coup d’état des députés et en désaccord avec le populaire contrôleur général des Finances, Jacques Necker,Louis XVI décide de renvoyer ce dernier, le 12 juillet. Le lendemain, c’est un jeune Camille Desmoulins, pistolet à la main, qui affirme que les troupes royales vont entrer dans la capitale et orchestrer une « Saint- Barthélemy des Patriotes ».  Il en faut peu pour qu’un comité permanent ne se constitue en municipalité insurrectionnelle et au matin du 14 juillet, d’ordonner le pillage des invalides. Tout va vite alors basculer. Faute de poudre, la rumeur populaire (encore elle) affirma que celle-ci était stockée à la Bastille, demeurée un symbole de cet arbitraire royal dont une minorité ne cessait de dénoncer les exactions. Si le gouverneur de Launay fait preuve de diplomatie avec les assiégeants, c’est une mystérieuse explosion qui va provoquer la chute de la Bastille. La confusion va régner de part et d’autres des camps en présence et va se terminer tragiquement par la décapitation du marquis dont la tête sera promenée en triomphe au bout d’une pique puis du lynchage des survivants, ces fameux « invalides » qui ont tiré sur la foule en colère. Ce rituel plus que macabre annonce déjà les futurs épisodes de violences qui vont consteller toute la période de la révolution française.

Mais si la prise de la Bastille, reste un des moments fort de cette période tumultueuse, c’est loin d’être autant ce jour de gloire que l’histoire officielle nous enseigne dans les collèges et lycées de France et de Navarre. Faut-il rappeler que cette forteresse, à laquelle les sans-culottes s’attaqueront, avait fait l’objet d’un décret de destruction signé de la main même du roi de France et que ses geôles décrépies ne comptaient que quatre faussaires, un aristocrate libertin et 2 fous ? Bien loin donc de ces fameux milliers de prisonniers que l’on croyait reclus dans les geôles de l’absolutisme monarchique que des estampes dénonçaient, et que les révolutionnaires distribuèrent allégrement lors de ces journées fatidiques. D’ailleurs, c’est le prince de Condé qui, bien au fait de ce qui se passait dans cette prison, écrivait abasourdi et résigné dans son journal : « nous apprîmes le mardi 14 juillet au soir, à Chantilly, que les révoltés s’étaient emparés de la Bastille ; nous eûmes de la peine à le comprendre, mais enfin cela était…». Quant au roi, réveillé le lendemain matin par un duc de la Rochefoucauld- Liancourt, visage marqué par l’affolement,  venait-il de prendre conscience qu’il n’avait pas devant lui une simple jacquerie mais le début d’une révolution qui devait abolir un jour d’aout 1792, une monarchie capétienne presque millénaire ?

Inspirée des fêtes civiques dans les départements de France, et dont Lyon donna le « La » d’une mauvaise farce républicaine, la fête de la fédération allait préfigurer ce que serait plus tard celles de la Raison sous le régime robespierriste de la Terreur. Sous des chants révolutionnaires, c’est un vaste cirque qui est organisé sur le champ de Mars avec, en son centre, son  « autel de la patrie », nouveau « veau d’or » des révolutionnaires. On y célèbre cette réconciliation et cette unité qui animent la prestation de serment civique ; on exacerbe le patriotisme de cette plèbe qui a fait plier la monarchie ; on applaudit un louis XVI et une Marie -Antoinette  contraints de prêter serment de fidélité aux lois nouvelles… La monarchie ainsi décrédibilisée devenait doucement prisonnière de la frange la plus extrême des  révolutionnaires face à une bourgeoisie politicienne émergente et revancharde,  avide de pouvoir. Ces mêmes extrêmes qui en juillet 1791 s’affronteront sur le champ de mars. L’esprit de la fête de la fédération avait alors définitivement vécu.

Au républicanisme et la laïcité : opposer le patriotisme et le sens du devoir

Quatre-vingt-huit ans après la chute de l’Ancien régime, c’est au député Benjamin Raspail que l’on devra l’adoption du 14 juillet, fête de la fédération, comme fête nationale officielle. Un député d’extrême-gauche qui n’hésitera pas en 1882 à faire voter une loi (dite d’aliénation) de dispersion des diamants de la couronne de France afin de faire financer une caisse des invalides du travail. Mais à peine le vote clôturé, cette fête est rapidement contestée dans tout le pays. Le général Boulanger projette même de faire son coup d’état ce jour-ci avec l’aide des monarchistes et des bonapartistes qui, pour une fois, rejetaient unanimement cette symbolique trop révolutionnaire à leurs goûts. A Nantes, on arrache toutes les cocardes tricolores que l’on remplace par des statues en plâtre de la vierge. Les rapports de police (1888)  font état de boycotts organisés à grande échelle dans l’Ouest du pays, regrettant que les messes de requiem attirent plus de monde que les festivités du 14 juillet, réduites à de simples cérémonies de façade. Les nombreux scandales de corruption qui entachent cette république moribonde et le centenaire de la révolution, menacent de dégénérer en conflit ouvert avec l’extrême-gauche républicaine et anarchiste qui n’y voit dans ces célébrations qu’une « révolution bourgeoise, mettant en contradiction sa devise, Liberté, égalité, travail, face aux réalités des conditions de vie des ouvriers de l’époque... ». Même Jean Jaurès ira de son laïus sur cette question, n’y voyant à travers son socialisme naïf, que « le sang des ouvriers qui avait coulé pour la liberté ».  La fraternité tant voulue par la république se veut inexistante à l’aube du siècle dernier. Au républicanisme et à la laïcité affichés lors du 14 juillet, les royalistes opposent leur sens du patriotisme et celui de la résistance catholique en fêtant Sainte-Jeanne d’Arc. Comme un avertissement à la république à la veille des célébrations, un défilé monarchiste est même organisé, le 8 mai 1894 à Montpellier, avec une retraite aux flambeaux mettant en alerte le ministre de la défense qui apprend que, dans l’enthousiasme général, l’exilé comte de Paris, lui-même, était allé jusqu’à proposer de commémorer le centenaire de l’exécution de Madame Elizabeth (sœur de Louis XVI). Chez les légitimistes, le général de Charette veut, dans un élan de passion traditionaliste, amener « Jeanne au pied du roi ». Les monarchistes complotent. Tout pourvu que la fête soit gâchée et de leur rappeler volontiers, en dépit de l’absence de débat sur le sujet, que le premier parlement de la IIIème république, certes à majorité royaliste, avait voulu faire du 21 janvier, la fête nationale en France. Un pays qui avait alors manqué de se réconcilier avec son histoire.

A la veille de la seconde guerre mondiale,  l’historien et essayiste Daniel Halévy se lance dans une violente critique à l’égard cette fête Nationale qualifiée de « psychose de 1848 dont le millénarisme de « Liberté- Égalité- Fraternité » était prétexte à cet « l’illuminisme révolutionnaire »  devenu « conformisme ». Lors de la capitulation de la France devant les allemands en 1940, Charles Maurras écrit à propos du 14 juillet : « Un gouvernement national et social, – aussi clairement national que social, – devait juger difficile et pénible de priver le monde ouvrier de la journée de repos dont l’habitude avait été prise au 14 juillet : c’est ainsi, selon moi, que doit être compris et expliqué le maintien de cette ‘fête légale’ , bien qu’il n’y eut rien à fêter dans l’anniversaire sanglant qui ouvre une longue série de guerres civiles et étrangères, dont la France a tiré toute la chaîne de ses malheurs. ». Et par une ironie de l’histoire et alors qu’ils l’avaient longuement combattu, la république devait donc aux monarchistes d’avoir fait de la fête de la fédération, un important symbole de résistance au nom de ce patriotisme qui avait fait tant défaut à la classe politique de l’époque. De la Libération à la Vème République, le 14 juillet va prendre tout son sens. Vilipendée hier par les bonapartistes, la fête est reconnue comme un vrai symbole national, oubliant au passage que le neveu (Napoléon III) comme l’oncle (Napoléon Ier) avaient refusé toutes reconnaissances officielles à cette fête de la réconciliation. Chez les monarchistes, nul ne songe alors plus  à réclamer son abolition. Le sujet n’est même pas débattu au sein des diverses tendances qui préfèrent polémiquer sur les couleurs du drapeau à adopter en cas de restauration de la monarchie.   

Et aujourd’hui, qu’en est-il ? Quelle attitude adopter face au 14 juillet ? En juillet 2013, un sondage affirmait que 53% des français étaient opposés à sa suppression. Les monarchistes, au nom de leur patriotisme, doivent-ils adhérer pour autant au caractère révolutionnaire affirmé de cette fête et faire fi au nom de la réconciliation nationale, des atrocités commises durant la révolution ?

Le 14 juillet, « festivité militante : républicaine, anticléricale ».

Et si jamais, amis lecteurs,  vous aviez  encore des doutes sur la réelle portée de cette fête ou la réponse à avoir à cette question, rien n’est plus éloquent que le site officiel du palais de l’Elysée qui se charge de vous rappeler que ce fut la symbolique de la prise de la Bastille : « Forteresse, prison symbole de l'arbitraire royal en matière de justice, forteresse militarisée tournée vers la capitale, lieu de révolte potentiel, notamment le faubourg Saint Antoine, lieu des supplices les moins avouables dont auraient été victimes des condamnés non identifiables tant en nombre qu'en nom, mouroir sans retour possible vers la société des hommes, symbole de la tyrannie (…) !  ». Puis de vous expliquer, sans complexe et sans ambages, que le but avoué de l’adoption de ce jour comme fête nationale, ne fut ni plus moins que d’en faire une « festivité militante : républicaine, anticléricale ».

Ce 14 juillet 1789, revenant de chasse, Louis XVI avait marqué sur son journal personnel : « Rien ». Voilà qui résume assez bien finalement  toute la symbolique de cette fête nationale. Rien … car en 2016, l’union supposée entre les Français et leurs représentants n’est plus qu’un doux fantasme au sein d’une république qui n’a cessé depuis le début de son existence de diviser tout un pays en lieu et place de le rassembler ! Voilà comment les français d’hier comme d’aujourd’hui sont devenus les acteurs involontaires d’une des plus belles duperies de l’histoire de France, sous l’œil toujours approbateur de nos élus actuels, héritiers d’un système qui inscrivit ses premières lettres illégitimes dans le sang des français.

Frederic de Natal

Commentaires  

#9 jacqueline vidal 20-07-2016 19:01
En effet, Louis XVI inscrivait "rien" sur son agenda pour se rappeler que, soit il n'était pas allé à la chasse, soit il n'avait rien pris ! Et des historiens de gauche ont fait de ce "rien" un objet de dérision à l'encontre du Roi ! Quant à l'action du Roi pendant la révolution, il s'est battu seul, trahi de toutes parts pendant 3 ans 1/2 ! Il fut un homme remarquable, un roi remarquable, un géant à tous les sens du terme ! Lisez donc, entre autres, "Louis XVI a la parole" de P. et P. Giraud de Coursac, ainsi que tous leurs ouvrages sur Louis XVI ! Edifiant ! Les immondes vomis par l'Enfer qui ont fomenté la révolution et amené à l'assassinat du Roi sacré à Reims paieront dans l'Au-delà une facture salée ! Quant au 14 juillet, je ne le célèbre jamais, même si je regarde une partie du défilé pour soutenir nos soldats et pour admirer la Garde républicaine à cheval...On n'aura même pas à changer leur logo : RF. Il redeviendra "Royaume de France" ! J'oubliais: j'aime bien voir défiler les chiens qui ne dévient pas d'un poil, pauvres bêtes et surtout...surto ut...entendre les sifflets et les huées à l'encontre du squatter de l'Elysée ! Vivat Rex in aeternum ! Et mort à la gueuse !
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#8 D. Philippe 19-07-2016 23:15
J'ai oublié de préciser, mais est-ce bien nécessaire, que le 11 novembre est le jour de la saint Martin.
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#7 D. Philippe 19-07-2016 18:05
@PELLIER Dominique
Il me semble que la tradition la plus vénérable est de fêter le saint patron de la France... le 11 novembre !
L'histoire fait parfois des clins-d'oeil réjouissants !
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#6 PELLIER Dominique 18-07-2016 08:53
Ce n'est pas tant que l'éducation actuelle soit réduite en peau de chagrin, c'est qu'elle ment à ceux qu'elle veut instruire. Dire au moins la vérité, sans propagande politique que ce soit, la vérité seulement!
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#5 Gwenn Balafenn 17-07-2016 16:33
Eh bien moi, avec une centaine d'autres personnes, à l'appel du "Souvenir Vendéen", je suis allé ce 14 juillet 2016 à St Florent le Vieil, commune d'Anjou où est mort Jacques Cathelineau le 14 juillet 1793, après avoir été blessé lors de la tentative de la prise de Nantes. Au pied de son tombeau, dans la chapelle St Charles, comme depuis plusieurs années maintenant, nous avons prié pour la béatification du "Saint de l'Anjou". Ce fût un beau 14 juillet !
Vive la Vendée et vive le roi !
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#4 PELLIER Dominique 15-07-2016 08:13
Si Sa Majesté Louis XVI avait eu le téléphone, Elle aurait marqué autre chose sur son journal.
Et quelle plaisanterie douteuse d'entendre hier les commentateurs de la revue, souligner : "Ah, aujourd'hui, nous commémorons la fête de la fédération !". A quoi cela ressemble-t-il, en quoi cela consiste-t-il, peut-être, ne le savent-ils pas eux-mêmes. Vivement notre Roi, pour faire du 15 août, notre fête nationale, en mémoire de son aïeul Louis XIII, dévoué à la Vierge, ou bien le jour anniversaire de Sa Majesté !!!!
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#3 Benoît Legendre 14-07-2016 23:54
@ Sophie Drouin :
Vous avez bien fait d'apporter ces précisions ; mais il existe une autre version concernant ce fameux "rien" dans le journal de chasse du Roi : Louis XVI n'aurait, ce jour-là, rien tiré comme gibier, ou en tout cas "rien" qui méritait d'y être inscrit...

Notre malheureux souverain n'aurait appris que la navrante nouvelle de la prise de la Bastille (dont il existait paraît-il un projet de démolition !) qu'en fin de journée, après la chasse...
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#2 sophie drouin 14-07-2016 20:49
Le "Rien" est écrit non dans le journal personnel du roi, il n'en a pas ou l'a probablement détruit durant un mois d'août quelques années plus tard, mais dans son Journal de CHASSE, dans lequel le roi met parfois une annotation d'une ligne ou plus (à la naissance de ses enfants) concernant sa vie privée. "Bain médicinale", "Aller chez Mesdames Tantes". Le Rien signifie donc, et rien est la majorité des entrées de ce journal, que le roi n'est pas allé chasser ce jour là. On devine assez pourquoi.
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#1 richard catherine 14-07-2016 19:34
Merci FREDERIC de NATAL pour votre texte,le grand malheur pour notre société actuelle c'est que la plupart des Français ne connaissent pas l'histoire de leur pays et que celà n'ira pas en s'arrangeant étant donné que l'instruction de l'histoire de France commence a être réduite en "peau de chagrin",d'auta nt que pour les parents ce n'est pas a l'école de la république que l'on a enseigné la vérité historique et que 250 ans de république a laissé des traces
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