Louis XIV : Hommage soit rendu à ce très grand roi

 

 

 

 

 

 

 

Ce quatorzième inédit clôt l'hommage que Vexilla Galliae a souhaité rendre "à ce grand, à ce très grand roi". Il est signé Marion Sigaut, historienne, dialoguiste, et notre invitée.

 

Alphée Prisme

 

 

 

 

 

 

Certainement Louis XIV est celui des rois de France dont l’école de la République m’a dit le plus grand mal. Orgueilleux et dépensier, Louis XIV fut le roi de l’impitoyable répression contre les protestants, de la destruction de Port-Royal, de l’horreur des galères. Au luxe insensé de son palais on opposait les images de ces paysans nus dans la neige et de ces pauvres filles envoyées aux Amériques enchaînées deux à deux.

Louis XIV fut bien l’ennemi du peuple, n’en doutons pas.

Il n’est pourtant que d’amorcer une étude vraiment historique de son siècle pour comprendre combien cette image est controuvée. Deux exemples, seulement au milieu de tant d’autres possibles, peuvent démontrer que le roi Soleil était le père du peuple.

C’est en 1665, au début de son règne personnel, que le jeune roi envoya en Auvergne un tribunal d’exception pour aller, en son nom, rendre justice aux faibles. Les Grands Jours d’Auvergne siégèrent à Clermont entre septembre 1665 et janvier suivant, et les juges instruisirent des milliers de cas d’injustices flagrantes commises par des notables juges et parties contre des populations terrorisées.

Les Grands Jours d’Auvergne firent rendre gorge aux voleurs, raser quelques châteaux, rembourser des sommes indument payées à des notables véreux, réformer les prisons, élargir les malheureux qui y croupissaient et couper quelques têtes qui s’étaient crues à l’abri de la justice des hommes.

« Les Auvergnats n'ont jamais si bien connu qu'ils ont un roi comme ils font à présent » écrivit le président Novion à Colbert « Un gentilhomme me vient de faire plainte qu'un paysan lui ayant dit des insolences, il lui a jeté son chapeau par terre sans le frapper, et que le paysan lui a répondu hardiment qu'il eût à lui relever son chapeau, ou qu'il le mènerait incontinent devant des gens qui lui en feraient nettoyer l'ordure. Jamais il n'y eut tant de consternation de la part des grands, et tant de joie entre les faibles ».

La justice rendue par les Grands Jours d’Auvergne montra, et c’était le but de ce déplacement, que les plus faibles avaient, en la personne de leur roi, un protecteur auquel ils pouvaient faire appel sans crainte.

Cinq ans plus tard, Colbert reçut de Rouen une lettre de magistrats suppliant que le roi les laisse poursuivre le procès d’une quarantaine de malheureux accusés de sorcellerie. Cela faisait près d’un siècle que des tribunaux poursuivaient impitoyablement des sorciers et sorcières qu’on arrêtait le matin et qu’on brûlait le soir. Devant la monstruosité de ces procédures expéditives, l’appel au Parlement de Paris avait été rendu automatique et signifiait, dans le cas où l’appel était effectif, la relaxe des accusés.

 Désireux que leurs sorciers ne leur échappent pas, les juges normands écrivirent à Colbert un courrier qui pourrait servir de modèle d’obscurantisme : « Les maléfices de ces sortes de gens sur les morts et les maladies inconnues, précédées de leurs menaces sur la perte des biens de vos sujets, sur l’expérience et l’insensibilité des marques, sur les transports de corps, sur les sacrifices et les assemblées nocturnes, etc. ».

La réponse fut non. Non le roi ne voulait plus que la vie de ses sujets soit ainsi mise à la merci de juges sadiques et laïques se piquant de théologie douteuse. Et le 25 avril 1672, le roi rendit un arrêt visant à empêcher que l’innocence soit plus longtemps exposée à la calomnie et à l’avarice.

 Les procès en sorcellerie se sont arrêtés en France parce qu’un jour Louis XIV, dûment informés par ses fonctionnaires des abus abominables perpétrés dans le royaume, fit le choix d’interdire les procès en sorcellerie.

 Parce que tel était son bon plaisir.

Hommage soit rendu à ce grand, à ce très grand roi.

Marion Sigaut

Les ouvrages de Marion Sigaut.

 Précédents témoignages publiés par Vexilla Galliae :

 - Louis XIV par Emmanuel de Waresquiel, Philippe Lauvaux, Philip Mansel et Josselin Marie, le 1er septembre.

 - Louis XIV par Hervé Pinoteau, Franck Bouscau, Daniel de Montplaisir et Jean-Fred Warlin, le 1er septembre.

 - Louis XIV par Philippe Pichot Bravard, Reynald Secher, Jean-Paul Clément et Jacques Charles-Gaffiot, le 1er septembre.

 - Louis XIV, Serviteur de la France par Dominique Sabourdin-Perrin, le 27 août.

Commentaires  

#2 GERARD 08-06-2016 13:59
Louis XIV enfant, comme chacun sait, a grandement souffert de la Fronde. Au début de son règne il a encore cette sensibilité qui le rend enclin à défendre les opprimés contre la morgue des nobles. Par la suite les contraintes du pouvoir l'endurcissent. Il réprime, il guerroie,il augmente les impôts. A la fin de sa vie il dira "j'ai trop aimé la guerre..." le pays est exsangue (voir les archives des mairies) les famines ont décimé la population. Quant à ses mesures contre les procès en sorcellerie, il voyait sa mère Anne d'Autriche se laisser influencer par des charlatans (cf les possédées de Loudun) d'où son aversion personnelle.
Par ses excès Louis XIV a contribué a nous amener le désastre de la Révolution française. Le nationalisme catholique de Marion Sigaut l'aveugle. "Ce roi, ce très grand roi" porte une lourde responsabilité. ..
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#1 PELLIER Dominique 08-09-2015 08:03
Comme en chacun, il y a du bon et du mauvais. Preuve est encore faite par ces exemples que le Roy, tout éloigné de ses sujets, physiquement, en avait toutefois grand souci. Et.... nos présidents ??????
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