Il y a 230 ans, Louis XVI missionnait La Pérouse

Le 29 juin 1785, Louis XVI missionnait La Pérouse 

   Une jolie légende veut que, quelques instants avant de quitter sa prison pour l’échafaud, Louis XVI ait demandé si l’on avait « des nouvelles de monsieur de La Pérouse. » Rien ne l’atteste avec certitude mais, comme le conseillait John Ford, « quand la légende est plus belle que la vérité, imprimez la légende. »

   Cela faisait en effet plus de sept ans qu’on était sans nouvelles de cette expédition à laquelle le roi avait prêté un intérêt tout particulier.

    Féru de marine, de progrès scientifique et technique, de connaissance de la Terre, Louis XVI se passionnait plus spécialement pour les expéditions navales. Deux d’entre elles avaient déjà, au cours du règne précédent, frappé les esprits : le tour du monde de Bougainville, de 1766 à 1769 et la découverte des terres australes par Kerguelen en 1772. Et, lorsque l’anglais James Cook partit pour son troisième et dernier voyage, en 1776, Louis XVI donna l’ordre à sa marine de le traiter comme «  s’il commandait des bâtiments de puissances neutres ou amies. » En 1778, lors de l’entrée en guerre de la France contre l’Angleterre, aucun contrordre ne serait donné à ce sujet.

           En mars 1784, Pierre Claret de Fleurieu, capitaine de vaisseau et directeur des ports et des arsenaux, caressa l’idée
 d’une nouvelle expédition dans le Pacifique, avec des objectifs très larges, à la fois géographiques, ethnologiques, médicaux, économiques, commerciaux et politiques, et des ambitions considérables : parcourir le Pacifique nord et sud jusqu’en Australie, ouvrir ainsi de nouvelles routes maritimes, ramener des végétaux inconnus, étudier les possibilités de pêche, notamment à la baleine, établir un commerce des fourrures entre les nouveaux États américains et la Chine, ouvrir éventuellement de nouveaux comptoirs, enfin expérimenter de nouveaux modes de traitement contre les maladies liées à la navigation et à la longue présence en mer.

          Encouragé par le roi à développer son projet, Claret de Fleurieu lui soumit, le 15 février 1785, un mémoire détaillé. Comme l’a noté Jean-Christian Petitfils dans sa biographie de Louis XVI, l’expédition projetée présentait, par ses moyens et ses intentions, bien qu’à plus petite échelle, quelque ressemblance avec la future expédition d’Égypte de Bonaparte.

          On décida d’affréter deux frégates, dont une partie des canons serait remplacée par des équipements scientifiques et sur lesquelles embarqueraient des ingénieurs de diverses spécialités, des physiciens, des chimistes, des astronomes, des naturalistes, des entomologistes, des médecins… En tout 227 personnes.

          Qui choisir pour diriger l’expédition ? La Pérouse s’imposait par son expérience et par l’aide qu’il avait déjà apportée aux travaux de Fleurieu.

          Né en 1741 au château de Gô, près d’Albi, bien loin des côtes, Jean-François de Galaup, plus tard comte de la Pérouse, seul enfant mâle de sa famille, était plutôt destiné à une carrière de magistrat ou de soldat que de marin. « Homme libre toujours tu chériras la mer » chanterait Baudelaire quelques soixante-dix ans plus tard dans un de ses plus fameux poèmes. Il  aurait pu l’écrire pour le jeune La Pérouse. Passionné de débats philosophiques et désireux de participer à la réalisation des idées nouvelles, il fut probablement fasciné par les récits de voyage d’un cousin, Clément Taffanel de la Jonquière, qui avait commandé plusieurs frégates. Lequel l’encouragea à choisir la carrière maritime et lui servit de mentor. C’est donc à quinze ans, en 1756, que La Pérouse quitta sa région natale pour Brest, le grand port atlantique de l’époque, afin de s’engager dans le corps des Gardes de la marine.

          Après un parcours relativement classique pour l’époque, c’est-à-dire tourmenté du fait des conflits à répétition impliquant la marine, notamment pendant les guerres de Sept ans puis de l’Indépendance américaine, et un avancement plutôt rapide – capitaine de vaisseau à trente-neuf ans -, La Pérouse était considéré en 1785 non seulement pour sa grande expérience technique mais aussi pour ses qualités humaines qui le rendaient très populaire auprès de ses hommes. C’est donc tout naturellement que son nom s’imposa pour diriger l’expédition dont Fleurieu faisait rêver Louis XVI.

           La réception que ce dernier lui réserva, le 29 juin 1785, à Versailles, a donné lieu à un célèbre tableau de Nicolas-André Monsiau, peint en 1817 sur la commande de Louis XVIII, en pleine Restauration triomphante et première réhabilitation de la mémoire de Louis XVI. La remarquable composition de l’œuvre place en son centre un globe terrestre et une vaste carte du monde que La Pérouse a déployée devant le roi. Derrière lui se tient, attentif mais néanmoins au second plan le maréchal de Castries, ministre de la Marine. Sur la gauche, une console sert de présentoir à un buste d’Henri IV. Un peu à l’écart, dans l’embrasure, deux hommes que l’on mit du temps à identifier : les frères de Laborde, officiers de marine réputés dont l’un est l’ascendant de l’amiral de Laborde qui ordonna le sabordage de la flotte de Toulon en 1942… Le tableau est aujourd’hui exposé au musée de Versailles.

        Selon l’allégorie, Louis XVI donne ses instructions au navigateur. En vérité, l’expédition fut préparée avec un soin extrême, mettant à contribution les plus grands savants de l’époque, dont Buffon et Lavoisier, ainsi qu’un nombre considérable de géographes et de marins. Les deux navires, eux aussi choisis avec soin, changèrent de nom pour l’occasion et furent rebaptisés l’Astrolabe, qui désignait un instrument servant à repérer les astres dans le ciel, et la Boussole. Certains historiens accréditent cependant l’idée que les plans du voyage auraient été conçus par Louis XVI lui-même.

        L’expédition appareilla de Brest le 1er août suivant et les premières informations sur son déroulement ne parvinrent en France que deux ans plus tard, par un courrier qui traversa la Sibérie. Puis ce fut le silence et, de nos jours encore, un mystère qui n’a pas été complètement élucidé.

Daniel de Montplaisir

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