Quand Raymond Radiguet juge Voltaire et les modernes

Pourfendeuse du "décalé" avant la lettre, ce sinistre épithète fourre-tout (mais surtout impuissant fourre-rien) dont on affuble chaque médiocre animateur télé, écrivaillon autocentré, faiseur de niaiserie cinématographique (prudemment testée - faut pas déconner avec l'industrie - en pastille sur canaille+ avant de lâcher les chiennes, ou plutôt les Connasses sur grand écran), théâtreux rostandophile, traducto-plagiaire des one-man-stand-up-show étasuniens bas de gamme (bad game en bon français?), cette étoile qui a filé trop vite proposait aux lecteurs du Coq cet édifiant texte paru il y a tout juste quatre-vingt-quinze ans.

 Pas une ride à déclarer. Pas une goutte de botox à seringuer. Non, c'est le docteur Radiguet qui scalpe gratis.                                                                                             

Alphée Prisme

 

Depuis 1789, on me force à penser.

J'en ai mal à la tête.

  Je ne suis pas de ceux qui surnomment la France patrie de Voltaire. Persuadé qu'il faut, le plus souvent possible, penser comme tout le monde, je m'excuse, ironie mise à part, de ne pas faire preuve d' "esprit concierge", car, ici, ma concierge intervient :

 -  Vous vous croyez nationaliste et vous blâmez Voltaire, le plus français de nos auteurs.

 Il suffit de savoir de quel côté sont les véritables.

 A force de philosopher dans les journaux du matin et du soir, combien de chroniqueurs se croient devenus des penseurs. La gloire de Voltaire les y autorise.

 Ronsard, Racine, qu'on accusera d'hellénisme tant qu'ils vivront, sont purement français.

 De nouveau, après un long interrègne, nous possédons quelques artistes "français". Peintres, ils peignent des objets familiers. Musiciens, ils se promènent à la fête de Montmartre. Poètes (j'en connais deux ou trois), ils ne découvrent plus l'Amérique, et les lieux communs ne leur font pas peur. Une machine chasse l'autre. D'ici peu, les locomotives sortiront de la vie. Le dimanche on mènera les enfants au musée voir ces machines remplacées par de plus rapides. Ce que pouvait signifier "gothique" au temps du romantisme, "moderne" le signifie de nos jours. Et comme le dit judicieusement M. Henry Bidou, "le bar américain, le tango et les tatouages maoris sont à notre temps ce que le clair de lune, les tours en ruine et la viole des troubadours furent au romantisme : on n'en voit presque aucun souvenir dans les grandes œuvres romantiques".

 Musset fit son œuvre sans se préoccuper du romantisme. De même Jean Cocteau écrit sans viser au modernisme. Il y a en lui assez de nouveauté pour qu'il puisse se permettre de respirer une rose. On en pourrait dire autant du peintre Roger de La Fresnaye. Les images qui paraîtront avec Tambour de Jean Cocteau, sont un chef d'œuvre de clarté, de grâce et d'équilibre. Elles ont des équivalents en musique : les chansons parisiennes de Francis Poulenc, Cocardes, et le Fox-Trot de Georges Auric, intentionnellement intitulé : Adieu New York!.

Raymond Radiguet (Le Coq n°1, mai 1920)                                                                             

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