Henriette Marie de France, Reine d’Angleterre

Ce lundi 13 avril, la conférence mensuelle proposée par l’Institut de la Maison de Bourbon au 8 bis rue Vavin, Paris VIème, nous donnait à entendre le récit de la vie d’ « Henriette Marie de Bourbon, fille d’Henri IV, Reine d’Angleterre, 1609-1669 », par Madame Marie-Henriette MARRET, historienne, guide-conférencière, angliciste.

J’avais déjà évoqué cette princesse de France, devenue Reine d’Angleterre, mais à titre anecdotique, comme étant la grand-mère de Jacques Fitz-James Stuart, Ier duc de Berwick, qui combattit aux côtés de Louis XIV pour asseoir Philippe V, aïeul de notre Roi Louis XX, sur le Trône d’Espagne.

Henriette Marie de France naît le 25 novembre 1609 à Paris, au Louvre. Elle est la sixième et dernière enfant d’Henri IV et de Marie de Médicis et vient après le Dauphin Louis de France (1601, futur Louis XIII), la Princesse Elisabeth de France (1602, future Reine d’Espagne), la Princesse Christine de France (1606, future Duchesse de Savoie), Monsieur d’Orléans (1607, mort à quatre ans) et le Prince Gaston de France (1608, duc d’Orléans).

Mais, dans quel contexte le cardinal de Richelieu et Louis XIII, le Roi Très Chrétien, en lutte permanente avec les protestants, en viennent, en 1625, à accorder la main d’une Princesse de France catholique à un futur souverain anglais protestant ? Le renversement commence le 24 avril 1617 : Louis XIII fait assassiner le favori de la Régente, Concino Concini, par Nicolas de l’Hospital, duc de Vitry, son capitaine des gardes et exile sa mère à Blois le 3 mai. Ville qu’elle fuit en février 1619 pour rejoindre Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d’Epernon (ancien mignon d’Henri III que l’on nommait le demi-roi), qui mène la révolte des Grands, à Angoulême. Ce qui provoque la première guerre de la mère et du fils où Louis XIII défait les partisans de sa mère, fin mars.

Louis XIII pardonne à sa mère qui reçoit la charge du gouvernement de l’Anjou. Mais rien n’apaise Marie de Médicis qui déclenche une deuxième guerre de la mère et du fils en juillet 1620. A nouveau, Louis XIII remporte la victoire à la bataille des Ponts-de-Cé (faubourg sud d’Angers).

Marie de Médicis, une nouvelle fois pardonnée grâce à l’intercession de Richelieu, rentre à Paris en novembre. C’est le début de l’ascension de Richelieu qui devient cardinal en 1622, entre au Conseil d’en haut (conseil du Roi) en 1624 et entreprend de trouver des contre-pouvoirs à l’influence de la politique espagnole à la Cour. En effet, l’épouse de Louis XIII, la Reine Anne d’Autriche est la sœur du roi d’Espagne Philippe IV dont l’épouse est la Princesse Elisabeth de France, sœur de Louis XIII (double mariage de 1615). Et Christine de France, deuxième sœur de Louis XIII, est l’épouse de Victor-Amédée Ier, duc de Savoie, qui combat, tantôt pour l’Espagne, tantôt pour la France. C’est dans ce contexte très « pro-espagnol », que Richelieu, qui veut briser la toute-puissance Habsbourg en Europe, envisage de marier la troisième et dernière sœur du Roi à l’héritier du Trône d’Angleterre, Charles Stuart, Prince de Galles, alors qu’il est protestant !

Du côté anglais, quelles sont les raisons qui les portent à accepter ce mariage avec une princesse française catholique ? Les Stuart, descendants d’Henri VII Tudor par Marguerite Tudor (sœur aînée d’Henri VIII) qui avait épousé Jacques IV d’Ecosse en 1503,  mais aussi de Marie Stuart, éphémère Reine de France entre 1559 et 1560 (règne de François II), qui sera exécutée par sa cousine, Elisabeth Ière, en 1587, règnent sur l’Angleterre depuis la mort de cette dernière, en 1603. C’est Jacques Ier, le fils de Marie Stuart, qui inaugure l’accession des Stuart à la Couronne anglaise. Les Stuart sont protestants et Jacques Ier marie sa fille aînée, Elisabeth Stuart, à Frédéric V du Palatinat, en 1613. Or, en 1619, Frédéric V du Palatinat, chef de l’Union protestante, devient Roi de Bohème au détriment du très catholique Ferdinand II de Habsbourg, d’abord élu en 1617, mais renversé par ses sujets protestants. Jacques Ier soutient son gendre, mais, dans l’esprit de maintenir un certain équilibre au milieu de ces tensions entre catholiques et protestants qui secouent toute l’Europe, et aussi à la recherche d’une belle-fille considérablement dotée qui le sortirait de difficultés financières croissantes, il désire demander la main de l’Infante Marie-Anne d’Espagne pour son fils-héritier, Charles, Prince de Galles. Et ceci alors que le Parlement est ouvertement hostile à Philippe III d’Espagne et espère que Jacques Ier mènera une croisade pour soutenir les protestants sur le continent contre la domination des Habsbourg…

Charles et son favori, George Villiers, duc de Buckingham, se rendent incognito en Espagne, en 1623, pour avancer cette démarche. L’échec est total, les Espagnols exigeant la conversion de Charles, futur roi d’Angleterre, à la religion catholique et lui demandant de rester en Espagne un an entier après le mariage, afin de s’assurer que l’Angleterre respecterait tous les termes du Traité, en otage en quelque sorte. Charles et Buckingham reviennent à Londres outrés du comportement espagnol et demandent à Jacques Ier de déclarer la guerre à l’Espagne ! Celui-ci y est porté d’autant plus que la situation a évolué en Bohême depuis 1619 : Ferdinand II a battu Frédéric V en 1620 et a envahi le Palatinat, malgré l’aide de volontaires anglais…

Or, sur le voyage d’aller vers Madrid, Charles avait rencontré la princesse Henriette Marie de France au Louvre, à Paris. Il dut s’en souvenir et en parler à son père qui demanda au Parlement, outre des crédits pour la guerre, l’approbation de ce mariage. Décidé à la guerre contre l’Espagne, cette union était intéressante puisqu’Henriette Marie était la sœur du Roi de France Louis XIII, qui s’opposait aux Habsbourg. Le Parlement accepta ce mariage à contrecœur et avec la promesse de Jacques Ier et de Charles que l’union n’entrainerait pas l’octroi de la liberté de religion aux catholiques en dehors de la résidence de la princesse.

Jacques Ier meurt le 27 mars 1625, le Prince de Galles devient Charles Ier d’Angleterre et c’est au Roi d’Angleterre qu’Henriette Marie de France est mariée par procuration le 11 mai suivant, devant les portes de Notre-Dame de Paris, l’époux n’étant pas catholique et en personne, en la cathédrale de Cantorbéry, le 13 juin.

Le 2 février 1626, Charles Ier est couronné en l’abbaye de Westminster, mais Henriette Marie est obligée de rester à l’extérieur et ne sera jamais couronnée, tant la polémique de cette union fait rage au Parlement et dans le pays (l’anticatholicisme anglais vaut l’anti-protestantisme français...)

Au début de leur mariage, le duc de Buckingham fait obstacle à leur rapprochement, agacé que la Reine ait refusé les suivantes qu’il avait prévu pour elle (sa tante et ses sœurs) et ait désiré conserver sa suite catholique française. Son assassinat à Portsmouth par le fanatique John Felton, le 23 août 1628, et la naissance de leurs enfants à partir de 1629, rapprochent les deux époux. La Reine, douée du caractère volontaire et entreprenant de son père, Henri IV, acquiert beaucoup d’influence sur le Roi.

Or, le Roi doit faire face à une double opposition de plus en plus sévère des puritains anglais qui lui reprochent sa volonté d’éloigner l’Eglise d’Angleterre du calvinisme vers une direction plus traditionnelle qu’ils craignent être le retour au catholicisme et du Parlement qui revendique des droits empiétant de plus en plus sur les prérogatives royales, qu’il refuse de lui reconnaître. Il est vrai qu’Henriette Marie, princesse française, le pousse vers une politique autoritaire et centralisatrice, ainsi que vers une plus grande tolérance envers les catholiques. Entourée de sa suite française et catholique, elle pratique ouvertement sa religion, ce qui exaspère les puritains anglais.

Fin 1641, la nouvelle de l’insurrection de l’armée catholique irlandaise, déclarant son allégeance à Charles Ier, finit de convaincre le Parlement que le Roi n’est plus sûr. Charles Ier apprend alors que le Parlement a l’intention de destituer la Reine, catholique. Il prend des mesures énergiques et exige l’arrestation de cinq parlementaires meneurs, ce qui provoque la première révolution anglaise (1642-1645).

En 1642, Henriette Marie profite de son voyage dans les Provinces-Unies, où elle  accompagne sa fille Marie Henriette qui épouse le Stathouder Guillaume II d’Orange-Nassau, pour gager ses bijoux afin de réunir des fonds pour lever une petite armée !  En février 1643, elle revient à Newcastle, après avoir traversé une tempête épouvantable et débarque avec son armée. Cinq vaisseaux de Cromwell arrivent le lendemain et bombardent la ville. La Reine ne doit son salut qu’à la fuite de l’auberge dans laquelle elle logeait et qui est complètement détruite et qu’au refuge qu’elle trouve dans un fossé boueux au-dessus duquel volent les boulets ennemis qui, en s’abattant près d’elle, la couvrent de terre ! De Newcastle, à la tête de son armée, elle parvient à rejoindre le Roi à Oxford. Mais une nouvelle grossesse la contraint à s’éloigner des combats et elle donne le jour, à Exeter, dans l’Ouest du Royaume, fidèle au Roi comme ce sera le cas en France un siècle et demi plus tard, à sa dernière fille Henriette Anne, le 16 juin 1644. A peine remise de ses couches, elle quitte l’Angleterre, qui a mis sa tête à prix pour 50.000 écus, depuis Plymouth pour la France. Les navires de Cromwell sillonnent les mers pour l’empêcher de s’enfuir, elle part sous les boulets ennemis qui déchirent les voiles de son bateau. Un boulet fracasse le mât, ses suivantes hurlent et la Reine, impassible, ordonne au capitaine : « Quand vous ne pourrez plus me défendre, tuez-moi ! ».

Le Roi est une nouvelle fois battu et fait prisonnier à Newmarket, puis au château de Carisbrooke, sur l’île de Wight. Depuis sa cellule, Charles Ier engage les Ecossais à envahir l’Angleterre, ce qui conduit à la deuxième révolution anglaise et à la défaite des partisans du Roi à la bataille de Preston. Le Roi est jugé pour haute trahison et décapité au palais de Whitehall le 30 janvier 1649. Le Parlement d’Ecosse proclame alors à Edimbourg, le Prince de Galles comme Charles II d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, mais le Parlement d’Angleterre vote une loi interdisant cette succession et la sanglante république de Cromwell commence…

Mais revenons à notre princesse-Reine d’Angleterre : Henriette Marie arrive en France en septembre 1644 et est fêtée avec tant d’enthousiasme par la population qui reconnaît en elle la fille du bon Roi Henri, qu’elle met trois mois pour arriver à Paris où la Régente Anne d’Autriche l’accueille à bras ouverts (son frère, Louis XIII, étant mort quelques mois plus tôt).

En 1649, quand elle apprend la nouvelle de l’exécution de son mari, le choc est si fort, qu’elle reste tétanisée pendant plusieurs heures, avant de s’effondrer de chagrin. En 1651, elle fonde, pour les Visitandines, un couvent sur la colline de Chaillot dans lequel elle se retire.

Des six enfants encore vivants lorsqu’éclata la révolution, elle a le bonheur d’en voir cinq lui revenir en France : Charles (futur Charles II), Marie Henriette (princesse d’Orange depuis 1641), Jacques (futur Jacques II), Henri, duc de Gloucester (prisonnier à la Tour de Londres avec sa sœur Elisabeth, Cromwell le libère en 1652, mais il mourra de la variole en 1660) et Henriette Anne (qui épousera Philippe d’Orléans, le frère de Louis XIV et mourra en 1670). Une seule ne reviendra pas, Elisabeth, prisonnière avec son petit frère Henri à la Tour de Londres, aux mains des puritains, où elle meurt à quinze ans, en 1650.

A Paris, le cardinal de Mazarin poursuit la politique de son mentor, Richelieu et recherche toujours l’alliance avec l’Angleterre contre l’Espagne de Philippe IV, dû-t-il l’obtenir de la république sanglante de Cromwell. Il demandera, poliment mais fermement, aux princes Charles et Jacques d’Angleterre, cousins germains du Roi Louis XIV, de quitter le Royaume… La politique ignore les liens du sang…

Peu à peu, l’argent vient à manquer et Henriette Marie se retire au château de Colombes dans une certaine gêne. En 1657, elle en arrive à mettre en vente le joyau de ses bijoux : le Grand Sancy, diamant blanc de 55 carats, qu’elle vend à Mazarin, qui le lèguera à Louis XIV et qui est au Louvre, dans la Galerie d’Apollon, aujourd’hui.

Le comble sera atteint quand Mazarin lui fera subir un ultime affront, demandant à la Cour de France de porter le deuil, à la mort de Cromwell en 1658 !

Elle s’éteint le 10 septembre 1669 à Colombes, mais aura vécu assez longtemps pour voir son fils, Charles, restauré comme Charles II sur le Trône d’Angleterre, d’Ecosse et  d’Irlande et assister à son mariage avec la richissime princesse de Portugal, Catherine de Bragance, en 1662.

Cette conférence fut passionnante, d’autant plus que Madame Marret vivait littéralement le sujet dont elle nous entretenait, enrichissant de sa passion de l’Histoire le récit de cette vie.

Et quelle ne fut pas notre surprise quand un homme se leva au moment des questions, se présentant comme le Président du Cercle britannique des Stuart, venu tout exprès de Londres le matin même pour venir écouter cette brillante conférence. Il traduisit dans un Français parfait marqué d’un accent britannique certain, le sentiment général, c’est-à-dire les chaleureux remerciements que méritait cette vivante relation de la vie royale, aventureuse et tragique d’une princesse de France devenue Reine d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande.

    Franz de Burgos    

Commentaires  

#1 Benoît Legendre 23-04-2015 22:53
C'est, je crois bien, la dernière princesse de France qui a épousé un prince anglais et devenir reine d'Angleterre ?
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