L'école : conquête républicaine ou œuvre royale ?

(article publié initialement en septembre 2006)

En cette période de rentrée scolaire, il nous a semblé intéressant de nous pencher sur la question de l’école. C’est un lieu commun de considérer que l’école est une conquête républicaine. La figure de Jules Ferry se détache dans la légende républicaine, il aurait institué l’école pour tous, inaugurant ainsi une ère de la raison populaire contre l’obscurantisme de l’Ancien Régime. Derrière cette légende dorée, quelle est la vérité ?

Nous voudrions montrer ici que l’instruction publique a été un souci de nos rois et que l’action de la République en ce domaine, continuée aujourd’hui, n’a comme finalité que l’endoctrinement, pas l’autonomie de la pensée, contrairement à la vulgate répandue.

Il est vrai que l’Ancien Régime ne connaissait pas de ministre de l’Éducation. Pour autant, celle-ci était-elle délaissée ? Nullement. Le principe, non écrit, était celui de la liberté. Et si l’Église n’intervenait pas directement, il existait une institution publique qui y intervenait : l’Église.

Dans l’instruction primaire existaient deux types d’écoles : les écoles religieuses, tenues par des clercs réguliers ou séculiers, et les écoles communales, créées et financées par les parents.

Le Roi se soucie tant de l’instruction de ses sujets que le 13 décembre 1698, Louis XIV ordonne d’établir des instituteurs dans toutes les paroisses et institue l’obligation scolaire jusqu’à 14 ans. Ce n’est donc pas Jules Ferry qui crée cette obligation, mais Louis XIV.

Ce système primaire ne manquait pas d’efficacité. En 1686, 21 % des Français savent signer leur acte de mariage. En 1787, ils sont 37 %. Soit une progression de 76 % en un siècle. Selon François Furet et Mona Ozouf, l’alphabétisation des Français ne doit rien à la Révolution. Au XVIIIe siècle, les frères des écoles chrétiennes se développent, en améliorant sensiblement la qualité de l’enseignement.

Pour ce qui est de l’enseignement supérieur, l’ancienne France n’était pas en reste. L’Université de Paris, qui s’appellera la Sorbonne, est la plus ancienne d’Europe, elle date du XIIe siècle. Organisée sur le modèle de la corporation, elle est soutenue par Philippe Auguste. C’est au XIIIe siècle que sont créés le baccalauréat et le doctoral en sus de la licence.

Robert de Sorbon, sur ordre du roi Louis IX, fonde en 1253 le premier collège, destiné à accueillir les étudiants pauvres. Cela favorisera l’essor des collèges qui constitueront, sous l’impulsion des jésuites, le second degré de l’enseignement.

Si la Sorbonne perd son autonomie juridique en 1446 en se voyant soumise à la juridiction du Parlement de Paris, c’est à cause du rôle politique qu’elle joua lors de la guerre de Cent Ans en soutenant les Anglais et en condamnant Jeanne d’Arc. Pour autant, la monarchie continue à favoriser la recherche et les études. En 1470, à l’initiative de Louis XI, la première imprimerie de France est installée à la Sorbonne. Constatant le conservatisme de l’université, François Ier fonde les lecteurs royaux, payés par lui, pour enseigner les disciplines humanistes. Ils deviendront le Collège de France. Le duc d’Orléans, Régent, accorde la gratuité aux étudiants de la faculté des arts en 1719. En 1746 est créé le concours général des collèges (aujourd’hui des lycées). Enfin, l’expulsion des jésuites en 1762 privant les collèges de leurs professeurs, Louis XV crée l’agrégation pour en recruter d’un bon niveau.

Tout cela montre le souci de la royauté d’un enseignement de qualité. Sa méthode, en ce domaine comme en d’autres, étant de laisser la libre initiative se développer en la soutenant et en la suppléant au besoin.

Quelle fut l’action de la Révolution pour l’enseignement ?

Une action de destruction. Si dans les discours, les révolutionnaires semblent se soucier de ce domaine, c’est moins par souci de développer l’instruction que de forger un homme nouveau, acquis aux idées révolutionnaires.

Bref, un souci d’endoctrinement. Dans les faits, rien de positif mais la destruction des institutions existantes. Traits que l’on retrouvera jusqu’à nos jours.

Le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier supprimant les corporations suppriment du même coup la Sorbonne et toutes les universités du pays. Sans rien  leur substituer que quelques grandes écoles spécialisées. De même pour les collèges, qui étaient plus de 560 à la veille de la Révolution. Les écoles subissent le même sort. Les écoles centrales remplacent les collèges en 1795, mais ils ne scolarisent que le quart de ce que scolarisaient les collèges.

L’agrégation est également supprimée. Napoléon la restaurera mais comme simple titre. Elle ne sera pleinement rétablie que par Louis XVIII. L’Empereur crée une nouvelle université, mais elle est étroitement soumise au pouvoir politique. Les diverses écoles créées ou recréées par Bonaparte ne visent qu’à lui fournir des cadres, ingénieurs ou officiers pour ses armées. La liberté proclamée a disparu en fait. Quant à l’enseignement primaire, rien n’est fait.

C’est Guisot, ministre de Louis-Philippe qui restaurera une école primaire digne de ce nom.

La Charte rétablit dans les institutions le principe de la liberté de l’enseignement. Soucieux de la qualité de l’enseignement, Guisot met en place une inspection primaire d’État. L’organisation matérielle de ces écoles est confiée aux communes. Des manuels sont élaborés et des Écoles normales sont mises en place pour la formation des instituteurs. Ces dispositions seront développées et étendues par la suite.

Lorsque Jules Ferry devient ministre de l’Instruction publique (en 1879), qu’apporte-t-il à l’école ? Il établit certes l’obligation scolaire et la rend gratuite. Mais le souci premier du gouvernement républicain est de soustraire les enfants aux congrégations religieuses et de former de bons républicains. Si la laïcité promet la neutralité religieuse pour amadouer les parents – promesse qui ne sera pas tenue, les persécutions contre l’Église seront nombreuses – elle ne promet pas la neutralité politique, bien au contraire. Jules Ferry lui-même dit : Nous avons promis la neutralité religieuse, mais nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, pas plus que politique. Vous (les instituteurs) avez le devoir de faire aimer la République et la première Révolution. C’est donc une entreprise assumée d’endoctrinement des enfants qu’il met en place, reprenant ainsi le projet des révolutionnaires. La violence physique de la Terreur ayant échoué, c’est une violence psychique qui se met en place.

Aujourd’hui encore, si une certaine liberté d’enseignement a été rétablie grâce aux combats de l’Église et des parents, l’Éducation nationale reste une entreprise d’endoctrinement républicain. Même dans les écoles libres, le programme officiel s’impose et ce programme est clairement républicain. Nous nous heurtons quotidiennement aux légendes historiques que la République a inculquées aux Français quant à la monarchie.

S’il est légitime que l’État se soucie de l’instruction de ses citoyens, dès lors qu’il veut leur inculquer une idéologie officielle, la liberté ne peut que disparaître et le totalitarisme poindre à l’horizon.

Une des premières tâches de l’État royal sera de libérer l’enseignement.

Pierre Van Ommeslaeghe
professeur de philosophie

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