Livret A : Bercy beaucoup !

Qui n’a pas ou n’a pas eu son Livret A ? 60 millions de comptes ouverts ! Peu de français donc…

Le Livret A, et plus largement ce que l’on appelle l’épargne réglementée (LA, LDD[1]…), est une spécificité française. Les épargnants y déposent leurs économies (dans la limite d’un plafond de 22 950 €) et touchent une rémunération nette d'impôts et de prélèvements sociaux.

A ce jour, les dépôts du seul Livret A s’élèvent à environ 262 milliards d’euros (361 milliards en comptant le LDD).

Avant, l’intégralité des dépôts était centralisée et gérée par la Caisse des Dépôts et Consignation. Depuis la grande crise financière des subprimes et sous l’influence du puissant lobby des banques, une partie de l’épargne des français a été récupérée par les banques, leur apportant ainsi un bon bol d’air[2].

Et là, il y a un petit problème : En contrepartie de cette ressource, les banques du secteur concurrentiel étaient sensées prêter à l’économie française (et notamment aux PME) pour relancer l’économie. Au bout du compte, pas grand-chose et en tout cas, aucun reporting, opacité totale… 35 % de l’épargne Livret A des français est donc captée par les banques sans que l’on sache ce qu’elles en font vraiment !

Notons que la CDC, elle, emploie cette ressource pour financer l’intérêt général de la nation, et ce de façon absolument remarquable : Premier financeur du logement social, premier financeur des investissements des collectivités territoriales, gros financeur des infrastructures telles que les autoroutes, les lignes ferroviaires à grande vitesse (LGV),  les réseaux numériques à très haut débit, seul financeur ou presque des hôpitaux, des universités…

En fait le monde entier regarde notre « système » Livret A, même les chinois ! Et pourtant, il est en dehors des clous de l’Europe ultralibérale et en théorie hors sa loi…

Intéressons-nous à présent à l’actualité, puisque le taux du Livret A vient d’être fixé pour les 6 mois à venir à 1.25% (c’est le marronnier, comme on dit en journalisme).

Avant 2006, le taux était purement administré, c'est-à-dire fixé en haut lieu, dans les milieux autorisés (cherchez pas, vous n’en faites pas partie, comme disait Coluche). Depuis 2006, il est censé être le résultat d’une formule basée sur les conditions de marché (taux court terme, inflation hors tabac).

La fixation du taux n’est pas anodine : il faut à la fois flatter l’épargnant en lui garantissant une rémunération attractive et permettre à la Caisse des Dépôts de financer dans des conditions acceptables ces missions d’intérêt général.

  • Si le taux est trop bas, il y a décollecte (l’épargnant va voir ailleurs) et la Caisse des Dépôts se retrouve avec moins de ressource pour financer ses missions d’intérêt général ;
  • Si le taux est trop haut, les épargnants sont contents, mais, par exemple, les organismes de logements sociaux se retrouvent fragilisés, car devant emprunter à taux élevé pour construire et entretenir leur patrimoine…

Ainsi, la formule magique s’avère totalement inopérante. Depuis 2006, la formule a été très peu appliquée voire jamais si on se réfère à la partie principale de la formule ! Aujourd’hui même, le taux a donc été fixé autoritairement par Bercy : Mosco a décidé que le taux resterait inchangé à 1.25%, quand l’application stricte de la formule donnait 0.75% et que la Banque de France recommandait 1%...

En cette période électorale, comment faire autrement ? Cela permet aux gens qui nous gouvernent d’afficher une générosité de circonstance, de pouvoir dire « regardez comme je défends bien le pouvoir d’achat des français ! ». Comme si pour le péquin moyen (montant moyen des dépôts : 3800€), une différence d’1/4 de point allait bouleverser le pouvoir d’achat du foyer !

Tout ça pour dire que l’épargne réglementée est une composante majeure du système français. Une décollecte massive aurait des conséquences cataclysmiques. Si ne serait-ce que la moitié des français décidait, dans un élan révolutionnaire, de retirer leur épargne comme ils en ont évidemment tout à fait le droit…

…ça ne ferait pas pchittt !!

Bercy Beaucoup…

Arnaud de Lamberticourt

[1] Livret du Développement Durable

Commentaires  

#3 Pellier Dominique 20-01-2014 10:42
Nous devrons bientôt recourir au bon bas de laine ou bien cacher nos sous, tant qu'il nous en reste sous nos matelas, eh, messieurs les banquiers, monsieur l'état !!! Dans quel état d'ailleurs!!!!!
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#2 A de L 19-01-2014 23:36
Encore faudrait-il que l'on puisse encore avoir confiance en la monnaie fiduciaire ! Quant aux velléités confiscatoires de la zélite, oui tout est possible !
Je crains que nous ne soyons en phase...
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#1 AudeLys 18-01-2014 12:25
Le Livret A devait et doit encore son succès à la SECURITE qu'il offre aux épargants. Surtout aujourd'hui où les taux de rendement sont très bas. 35% de cette épargne est aux mains des banques dites-vous. Mais au-delà du rôle qu'elles ne jouent pas (prêter à l'économie du pays), je me demande ce qu'il en est de cette traditionnelle sécurité de placement.
En effet, depuis le 11 décembre 2013, et en cas de crise grave, les banques ont la possibilité de "piocher" dans l'épargne de leurs déposants pour tenter de se "refaire". L'Etat intervenant en deuxième rideau. "Y parait" que les fonds des particuliers sont garantis jusqu'à 100 000 eeuros. Mais je n'arrive pas à me sortir de la tête que ce montant peut être révisable (à la baisse) à tous moments et souvenons-nous de la CSG (il me semble qu'avec le temps son taux à bien changé). Il faut ajouter à cela l'idée du FMI de taxer à hauteur de 10% le partrimoine. Qui va payer et combien ?....
Il n'est plus possible de faire confiance tant aux banques qu'à la zélite qui nous gouverne. Comme vous le suggérez, la seule chose à faire est le placement de type "la lessiveuse": on sort tout notre argent des banques et hop dans un coffre à la banque qui le gardera bien au chaud. De toute façon, entre les faibles taux, les taxes et les frais de gestion, plus rien ne rapporte. Un parent l'a fait et il m'a rapporté que le banquier faisait une drôle de tête.
Bref ! Nous sommes des chypriotes en sursis.
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