1793-2013: un cycle de 220 ans

Après Google qui, il y a quelques mois, niait toute collusion avec la NSA, voilà maintenant le tour d'Apple qui récuse avoir créé dans ses logiciels des « portes » pour permettre d'espionner les utilisateurs d'Iphones.

Sommes-nous en droit d'être rassurés ?

Tout d'abord, comprenons que la NSA est à la recherche de terroristes islamiques. Si vous ne fréquentez pas la mosquée Salafiste de votre quartier, si vous n'échangez pas de messages avec un imam de Beyrouth, de Téhéran ou de Kaboul-les-bains, il y a peu de risques pour que vos communications intéressent la NSA. Même si elle y a accès, il faudra alors considérer que votre vie numérique est un peu à l'image d'une bibliothèque universitaire : les ouvrages usuels y sont souvent consultés, les mémoires de recherche d'obscures étudiants sur des sujets tout aussi obscurs ne sont ouverts qu'une fois. Par hasard ou par erreur.

Rassurés ?

Vous ne devriez pas. Car si, en tant que citoyen Français, nous pouvons n'avoir rien à faire des agissements de la NSA, il vaut mieux nous méfier de nos propres services de renseignements.

En effet, jusqu’alors en France, les lois dites « informatique et Liberté » permettaient à chacun de conserver un contrôle sur les données concernant sa vie privée. Les services de renseignement de notre pays ne pouvaient collecter sur nous que des données techniques très limitées. Seules des autorisations émises par les procureurs permettaient, en théorie, de collecter des données personnelles et autres, sauf dans le cas de menaces terroristes où l'arsenal numérique pouvait se déployer sans restriction.

Suite à l’adoption de la loi de programmation militaire en décembre 2013, le pouvoir des services de renseignement français (dont la DGSE mais aussi la DCRI) sur les données numériques s’est considérablement accru.

En effet ce texte prévoit une multiplication des raisons qui permettent la collecte de données au sujet d’un individu sans l’autorisation d'un magistrat. Ainsi, les services des ministères de la défense, de l'intérieur de l'économie et du budget seront habilités à demander des collectes de données. En théorie pour lutter contre la criminalité financière et fiscale, ainsi que contre le crime et la délinquance organisés.

De plus, tout type de contenu est susceptible d'être touché par ces collectes : les métadonnées (horodatages et destinataires des communications) comme les données stockées dans les services d'hébergeurs en ligne (emails, documents personnels, articles de blog encore en brouillon, etc.).

Si on en croit les journalistes de 01.net1 la rédaction du texte est suffisamment floue pour que des systèmes d'écoute soient déployés directement sur les infrastructures télécoms de vos opérateurs et fournisseurs d'accès (écoutes téléphoniques, conversations Skype etc.)

Il est clair que nous sommes nombreux à vouloir nous préserver des attaques terroristes, mais on peut s'interroger sur le manque de contrôle (la légitimité de la collecte d'information étant faite a posteriori, vos données sensibles pourraient être dupliquées et stockées.), et tous les moyens ne sont pas bons pour arriver à une fin.

De plus, dans un pays où des spectacles d'humoristes sont qualifiés de réunions « troublant l'ordre public »2, où des manifestants sont qualifiés de « factieux »3 on peut aussi redouter que la dérive sémantique qui semble avoir cours dans les cercles autorisés n'en vienne à toucher tout un chacun. Si chaque manifestation est, au préalable qualifiée de trouble à l'ordre public et de délinquance en bande organisée par l'appareil politique, qui pourra empêcher l’État de collecter tout ou partie de nos données personnelles ? Si notre gazette en vient à être qualifiée de « factieuse » car opposée à la République, qui protégera nos Droits ?

Ce n'est sûrement pas la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, approuvée par notre bon Roi Louis XVI, qui dispose que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » 

Le Roi, incarnation de la constitution, ayant été odieusement assassiné et ses descendants voués aux gémonies, qui pourrait être surpris que la constitution dont ils sont les garants soit bafouée par les descendants mêmes de ceux qui les ont persécutés ?

La Révolution, au sens astronomique du mot, achève son cycle : nous en revenons à la Loi des suspects de 1793 !

Roman Ungern

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Commentaires  

#2 AudeLys 08-01-2014 17:18
Tout cela est fort juste. Mais là aussi, ce qui m'inquiète le plus, c'est que les Français ne bougent pas d'un poil. Eux qui autrefois étaient prêts à se jetter dans la rue à la création du moindre fichier de police, et ben NON ! Ils ne bougent pas. Anesthésiés ...
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#1 Pellier Dominique 08-01-2014 09:12
Suspicion= dictature. Reviendrait-on au triste moment de la terreur ? Qu'attend M. Valls pour ressortir la guillotine ? Et çà, c'est la république ? Respectueuse des Droits de l'homme qu'elle a elle-même écrits, voulus ?
Je suis comme beaucoup qui se metent sur ce site, royaliste et peu me chaut si je suis espionné, M. Valls, je serais peut-être plus libre de mes pensées et de mes actes sous la coupe de Louis XX; Je le suis de toute façon grâce à mon Dieu
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