La bonne conscience du mal

La manipulation de la pensée et de l’opinion est le fait marquant de notre début de siècle, particulièrement en France. Lorsqu’un régime rappelle chaque jour qu’il est démocratique, libre, ouvert, accueillant, c’est par besoin de justification.

Ne constatez-vous pas jusqu’à quel degré les politiques, les décideurs et les médias s’adressent à vous par un mode de communication qualifiant : le bien ou le mal, le bon ou le mauvais ? L’objectif est de développer chez vous un sentiment permanent, savamment entretenu, de culpabilisation.

Savamment, car il est parfois difficile de discerner la frontière entre le bien et le mal, pour citer Lao-Tseu : « Entre oui et non, la frontière est bien mince. Le bien et le mal sont essentiels ». La libre-pensée n’est plus de mise. Dans les messages qui vous sont délivrés, on distingue nettement l’interprétation que vous devez en faire, pour la partager à votre tour, pour « faire bien ». Mais faire bien ne signifie pas faire le bien, bien au contraire.

Tout cela commence dès le plus jeune âge, sur les bancs de l’école. Puis, cela s’aggrave en grandissant, au fil des années. Dans un manuel scolaire d’économie pour lycéens, on écrit que le renforcement et le regroupement (sans nom et sans raison) de nos provinces en supra-régions permet de décentraliser le pouvoir politique parisien, pour un meilleur service aux citoyens.

C’est le bien à retenir. Il n’existerait donc pas de mal à supprimer la proximité institutionnelle, le lien direct entre les français et le service public. Mais cela n’atteint pas les élus régionaux. Combien de citoyens connaissent d’ailleurs précisément leurs prérogatives ? Sans parler du nombre réel de décideurs au sein de ces palais spatio-temporels, parmi des élus potiches. Cette paraphrase de Dany Boon est excellente, pour qualifier désormais le Nord-Pas de Calais-Picardie de « Hautains de France ». Quel manque d’âme, de liant, de cohésion : c’est regrouper pour mieux régner, sous prétexte de décentralisation. On invoque le bien pour faire le mal.

Second exemple : notre positionnement en politique étrangère. Vous avez les gentils ukrainiens et les méchants russes, les bons rebelles et les assassins fidèles au régime. Il ne reste plus qu’à rédiger les articles et faire les reportages en ce sens pour les médias, pour vous imposer cette version. Penser autrement fait de vous un paria.

Ce mode fonctionne du reste encore assez bien, même par les jeunes étudiants de haut niveau. Ils ont été tellement formatés pour leur empêcher de penser par eux-mêmes. Mais cela se complique. On avait les bons américains et les mauvais russes. A présent, avec Trump, ils deviennent mauvais tous les deux. Plus les britanniques, les italiens qui commencent à lâcher. Reste la Merkel. Décidément les allemands ne changent pas, les décennies ne leur ayant toujours pas donné la lucidité sur leurs dirigeants. Cela devient difficile de trouver des bons. Il y avait les cubains pour Ségolène, même eux sont castrés désormais.

En parlant de Royal, non pas des 132 millions d’euros de dettes contractées de sa région, mais de la pollution dont vous êtes coupable… Bientôt peut-être, vous culpabiliserez de gaspiller l’oxygène en respirant. Il n’est pas question de remettre en cause le combat et l’impérieuse nécessité de protéger la planète. C’est notre devoir.

Les véhicules particuliers représentent environ un cinquième de la pollution. Mais que fait-on concrètement pour lutter contre les quatre cinquième de pollution qui nous empoisonnent ? Là, c’est différent, car il s’agit d’intérêts dépassant largement le peuple des sans-dents. Quelles actions ont été menées en France, pour développer le transport ferroviaire et fluvial de marchandises et de passagers ?

Ne cherchez pas. Prenons un seul exemple : des plateformes de grande distribution étaient autrefois approvisionnées par trains avec accès direct. Désormais, ce sont plus de sept cent camions qui les livrent quotidiennement. Le réseau ferré a estimé que le service n’était pas rentable, pour son bien.Le nombre de bus explose, suite au dispositif Macron. Les camions semblent reliés les uns aux autres, sur l’axe autoroutier nord-sud. Le réseau secondaire ferroviaire n’est plus sur les rails, le transport fluvial a coulé. Bientôt les centrales nucléaires dégradées fuiront-elles ? La radioactivité ne nuit pas à l’environnement, fort heureusement… Non, c’est votre pastille rouge sur le front de votre Clio diésel et votre plaque minéralogique ancienne et impair qui prouvent que vous êtes un mauvais citoyen.

Passons à un exemple plus délicat encore. Celui du méchant français, qui pense mal. Il habite en banlieue, il est blanc, chrétien, c’est mal parti… et père d’une jeune fille libérée, aïe… Il est la caricature, le contre-exemple du bien-pensant. Pourquoi ? Parce qu’il est tout simplement exaspéré de subir ce que de plus en plus de français subissent. Comme disait une amie de trente ans : « ces gens-là sont insupportables, on peut parfaitement vivre ensemble ». Elle n’a aucun problème à titre personnel. Elle habite à Paris, soutient Hidalgo, depuis son appartement du huitième arrondissement. Elle a de très bonnes relations avec ses voisins musulmans. Ils ont un chauffeur « …qui ne l’est même pas… ».

Remarquez, la France n’est pas un exemple limité. Tout change, tout évolue, tout est bien qui va mal finir. Chez nous, la monarchie n’a jamais fait la grandeur de la France, ni le bonheur de vivre, tant répété par Talleyrand. Tout le monde était miséreux et exploité, Pourtant, l’imposition était beaucoup moins élevée que de nos jours. Paradoxal, non ?

Ailleurs, le mur des lamentations n’appartient plus à Israël comme voté par l’UNESCO. La prochaine résolution obligera peut-être les derniers lions à devenir végétariens, alors qu’ils sont décimés par les braconniers. Pourtant, ne soyons pas sombres, rien n’est jamais définitif, tout est réversible dans la nature. Aimer nos provinces, les fermes familiales, sa Clio diésel, être nu sur une plage, lire de vrais livres d’histoire, d’économie positive, réussir à prendre un train régional et arriver à l’heure, ne doit pas faire de vous un être malfaisant pour le système.

Approuver un gendarme, parce qu’il vous a sanctionné pour un vrai risque causé, approuver votre fille qui sort en mini-jupe le soir, l’aider à investir dans un nouveau commerce de centre-ville, approuver une immigration choisie et non subie, tout cela fait-il de vous un imbécile, un xénophobe, un individu nuisible ?

Non. Cela fait tout juste de vous l’âne ou le ravi de la crèche, abandonnée dans un placard, pour ne pas avoir de souci si on l’installe dans un lieu public. La planète se réchauffe, pas nous. Positivons.

L’ambition légitime pour les français doit conduire à l’abolition de la philosophie imposée du bon et du mauvais. Il faut reconstruire le BIEN, comme fil conducteur unique de notre société future. Dans le cas contraire, nous serons contraints de soigner les dépressions dès l’enfance. Le BIEN COMMUN est en chacun de nous. C’est l’affaire de tous. C’est un état d’esprit. C’est aussi une valeur fondamentale du légitimisme.

Philippe de la Grange

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