Branle-bas de combat, aux armes citoyens, la patrie est en danger, etc.

- Mais dites-moi, cher ami de gauche, qu'est-ce qui vous met dans un tel état ?

- Vous ne voyez donc pas ce qui arrive ?

- Ma foi, non.

- Le FN est entré au Sénat, vous ne comprenez pas ?

- Honnêtement, non.

- Seriez-vous un de ces crypto-fascistes qui hantent la toile ?

- Même pas, je me contente d'être royaliste et catholique traditionaliste.

- Ouais, c'est du pareil au même tout ça.

- Pas vraiment, mais je veux bien mettre cela sur le compte de votre inculture historique et politique.

- Mais le FN, c'est l'extrême droite, les valeurs de la république sont bafouées par l'entrée de ces deux sénateurs dans l'hémicycle.

- Si je comprends bien, vous sous-entendez que les 346 autres sénateurs pourraient fort bien ne pas faire le poids face à ces deux-là ? La république serait-elle à ce point fragile qu'elle ne puisse s'opposer à un parti qui ne compte que deux députés et deux sénateurs ?

- Mais le FN, c'est la négation des valeurs de la république, c'est un parti haineux, fasciste. Qu'il puisse figurer parmi les élus qui composent la représentation nationale, c'est une honte.

- Tout doux, je vois bien votre émoi, mais je ne le comprends pas.

- Ça vous amuse n'est-ce pas !

- Pas du tout, il y a que je ne saisis pas toute l’agitation autour de ce parti. Si comme vous le dites, le FN n’est pas un parti républicain, pourquoi n’est-il pas interdit ? Si j’en crois les grands cris poussés depuis 30 ans, vous disposez de suffisamment de matière pour le dissoudre. Alors, je ne vois que deux possibilités : soit c’est bien un parti républicain, soit il sert les intérêts de quelques partis installés.

- Ça y est, vous ressortez cette vieille rengaine.

- Je n’y peux rien, vos institutions semblent accorder crédit à la « républicanité » du FN, il ne reste donc que la seconde hypothèse. Et puis, mon jeune ami, si vous êtes aussi démocrate que vous le prétendez, le verdict des urnes étant votre alpha et votre oméga, je ne vois pas les raisons qui vous poussent à vous lamenter.

- C’est toujours pareil avec vous, vous ne prenez rien au sérieux.

- Ah pardon ! Mais je ne suis pas d’accord avec vous, je prends au sérieux ce qui doit l’être, pas vos pitreries républicaines. La république, se fiche bien de la recherche du Bien Commun, pour elle, la seule loi qui vaille, c’est celle du nombre. Le peuple s’est exprimé en élisant deux députés FN, les grands électeurs (rires sous cape) ont fait de même pour le Sénat. Tous ceux qui ont voté pour ces représentants font bien partie du peuple, non ? Si la réponse est oui, alors ils ont été correctement élus, vous devez faire avec et vous incliner. Ce qui est amusant avec votre conception de la démocratie, c’est qu’elle permet de porter au pouvoir ceux qui entendent bien y mettre un terme. Si ces derniers font partie de votre camp, ça ne vous dérange pas.

- Comment ça ?

- Dois-je vous rappeler le franc soutien de la gauche française à tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un despote communiste ? Dois-je vous rappeler les contorsions des journalistes et intellectuels de gauche lorsque les horreurs furent connues du grand public ? Et je ne parle pas des années 60, mais des années 80 et 90, où ils étaient encore nombreux à trouver des excuses à ce qui avait été commis.

- Mais ils ne sont pas moi ou mes camarades, nous ne pensons pas ainsi.

- Je veux bien vous croire, mais j'attends encore les protestations des militants de gauche. Ces gens parlent en votre nom et vous ne faites rien pour les déconsidérer. Qui ne dit mot consent. Mais revenons à notre discussion, j'allais dire qu'en revanche, si ce sont des liberticides du camp d’en face qui bénéficient du suffrage universel, subitement vous ne voulez plus jouer. À un moment donné, il faut être cohérent mon vieux.

- En clair, vous défendez les fascistes.

- Pas du tout, je me contente de vous mettre face à vos contradictions. Vous défendez un système imbécile, à vous de vous en débrouiller.

Pierre Guillemot

 

Plan du site

 

Civilisation

|- Histoire
|- Littérature / cinéma
|- Société

 

Tribunes & éditos

|- Editoriaux
|- Tribunes

 

Qui sommes-nous ?

 

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Abonnez-vous à notre newsletter

Caricature du 28 mars 2018
« Blocage de Montpellier »

Aucun événement