Non, il ne faut pas interdire le cumul des mandats

L’Assemblée nationale s’apprête à adopter, le 22 janvier prochain, le projet de loi interdisant le cumul d’un mandat parlementaire et d’une fonction exécutive locale. Le Sénat, plus soucieux des intérêts de ses membres que de l’intérêt général, a, non sans cynisme, décidé de s’exempter d’une règle qui   s’appliquerait donc aux seuls députés. Voilà pour l’apparence des choses. 

En réalité, la suppression du cumul des mandats, vieille lune sans cesse remise, et cette fois reportée à 2017, présente beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Elle illustre cette manie de la république de modifier sans cesse le paysage institutionnel sans bénéfice pour personne mais toujours de façon coûteuse pour le contribuable.

Aujourd’hui, députés et sénateurs, au nombre total de 925, viennent à Paris deux  jours ou deux jours et demi par semaine et signent des centaines de rapports rédigés par des fonctionnaires, lisent les discours préparés par leurs assistants, présentent des milliers d’amendements soufflés par les cabinets ministériels ou téléguidés par les groupes de pression et font du tourisme international sous prétexte de missions d‘information.  À quoi les occupera-t-on demain s’ils deviennent parlementaires à temps plein ?

Les conséquences d’une telle réforme sont aisément prévisibles : on assistera à une multiplication des rapports que personne ne lit et  des missions tous azimuts dont les conclusions ne sont jamais suivies d’effets. Il faudra, pour cela, augmenter le nombre de fonctionnaires et de collaborateurs personnels, prévoir davantage d’espaces de bureau et de réunion, mieux loger des élus qui ne supporteront plus les chiches cabines à la japonaise dont ils bénéficient aujourd’hui au Palais-Bourbon, accroître considérablement les budgets voyages et parc automobile, ainsi de suite. Enfin nos députés continueront-ils de se satisfaire d’une indemnité parlementaire et d’avantages de fonction relativement modérés qu’ils complètent aujourd’hui largement par celle et ceux fournis par les collectivités locales ? La limitation du cumul des mandats s’avère ainsi une redoutable machine à augmenter substantiellement ce que coûtent au contribuables deux Chambres déjà dispendieuses. 

Et pourquoi ? Officiellement pour  améliorer la représentativité et renouveler la classe politique française, la limitation du cumul des mandats augmentant, automatiquement, le nombre d’élus. Or la France compte déjà, pour 65 millions d’habitants, presque deux fois plus d’élus que les Etats-Unis, pour 320 millions !

Outre cela, et comme l’a très bien vu le Sénat, la réforme transformera les députés en super technocrates, désormais coupés de l’exercice quotidien de responsabilités locales, les seules qui permettent de mesurer l’écart entre la théorie des lois et les réalités de la vie quotidienne des Français.

Il existe pourtant une hypothèse dans laquelle la limitation du cumul des mandats aurait constitué un progrès, mais à la condition de réaliser une réforme à laquelle la république répugne et dont nous parlerons demain ...

Henri de Villehardin

Commentaires  

#7 Charles 23-01-2014 00:08
"À quoi les occupera-t-on demain s’ils deviennent parlementaires à temps plein ?"
C'est la phrase centrale, la plus réaliste et la plus drôle.

Charles.
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#6 Chantal de Thoury 22-01-2014 19:45
Ce problème de la République ne peut nous interpeller nous royalistes qui sommes attaches a une autre forme de démocratie, celle qui s'appuie sur les corps sociaux que ce soit les corporations comme le voudraient certains ou les grands corps sociaux famille,entrepr eneurs économiques,sal ariés,acteurs des collectivités locales.
A partir du moment où dans notre schéma, le député n'est plus un député "de la nation" mais un représentant de son corps social départemental et régional , le cumul des mandats coule de source car son mandat change de statut.il représente un corps social et non plus un parti politique au niveau régional comme national et son travail s en trouve simplifie.
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#5 TRACY 22-01-2014 18:58
Je partage totalement l'avis de Villehardin. Nous avons trop d'élus et la quantité nuit à la qualité. Et ce dont nous avons besoin en ce moment, ce sont des élus de qualité au service du bien commun. On en est très loin avec nos institutions républicaines.
Concernant nos députés, n'oublions pas qu'ils sont députés de la nation et non d'une circonscription ; circonscription qui n'est seulement qu'un corps électoral constitué chargé d'élire les députés. Et le cumul mandat local et national se marie assez bien.
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#4 Montplaisir 22-01-2014 16:30
Excellent article : Villehardin semble très bien connaître nos insitutions politiques de l'intérieur !
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#3 AudeLys 22-01-2014 12:44
Vivement demain alors !...
Blague mise à part, je pense que le non cumul est indispensable. Mais il est incomplet. Tout d'abord il aurait dû concerner d'office les sénateurs également. Cette auto-exemption est inacceptable. Ceci dit, je ne vois pas pourquoi une présence et un "travail" "accru" des parlementaires devraient s'accompagner d'un coût supplémentaire. Ce qu'ils touchent tous les mois, est largement suffisant. Je suis sûr que des volontaires en quantité sont prêts à les remplacer. Enfin, s'occuper à plein temps de son mandat, me semble tout ce qu'il y a de plus normal. Que font ils en province à part inaugurer les nouveaux WC public de telle commune ou assister aux vins d'honneur des camarades zélus locaux ?
Mais il aurait fallu compléter cette "réforme" par la suppression du Sénat, qui ne sert strictement à rien mais aussi par la limitation du nombre de mandats de députés à 2 mandats qui plus est non consécutifs. Evitant ainsi la professionalisa tion du métier de zélite politique et surtout les dérives qui vont avec. Cela présenterait un autre avantage : celui pour qui veut faire 2 mandats non pas d'être meilleur que son prédécesseur, mais meilleur que son successeur. La donne est différente. Une limitage d'âge serait aussi la bienvenue. Cela permettrait également de renouveler et rajeunir "le cheptel....
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#2 Pellier Dominique 22-01-2014 12:25
Ah, la république !!! Ce qu'on constate pourtant et qui est scandaleux, ce que parfois, peu de députés, élus par leurs concitoyens ne sont présents à l'Assemblée où ils devraient être pour voter, débattre or, les médias nous montrent souvent un hémycycle peu habité.
Vivent les différentes chambres que le Roi ou les siens dirigent !!!
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#1 lauranceau 22-01-2014 10:12
Le cumul des mandats doit cesser impérativement; il doit s'accompagner de la réduction drastique de tous ces pseudo représentants des citoyens.
On pourrait , par exemple , décider de n'envoyer que 2 députés par département et un seul sénateur par région, si tant est que la notion de région est une signification Ces mandats ne seraient renouvelable qu'une fois .
Le non-cumul des mandats doit donc être compris comme le prélude à la radicale simplification de la représentation " populaire ".
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