Le Jeunisme au pouvoir

Il y a quelques jours Madame Dominique Bertinotti, ministre de la Famille (si, si, rien ne le laissait penser mais il paraît que nous avons un ministre de la Famille), a proposé d’instituer une « pré-majorité » dès l’âge de 16 ans. Le débat va donc être lancé et le projet pourrait se placer dans la perspective d’une loi sur la famille envisagée pour la fin de l’année.

La ministre a précisé que l’instauration d’une "pré-majorité" n’aurait pas d’impact dans le domaine pénal, mais ne se résumerait pas seulement à l’octroi du droit de vote : "Au fond, la citoyenneté, c’est comme toute chose, ça s’apprend. Renforcer l’apprentissage de la citoyenneté, ça permet d’avoir des citoyens bien éclairés et qui vont être vraiment actifs", a déclaré la ministre. "C’est beaucoup plus le constat qu’aujourd’hui, nous avons des jeunes et des adolescents qui peuvent commencer à travailler à 16 ans, dont la majorité sexuelle est à 15 ans, avec des droits dans certains cas, mais aussi des incapacités dans d’autres".

Il est vrai que lorsque l’on constate l’ampleur de la délinquance chez les très jeunes (il n’est pas rare d’arrêter des voyous de 10 à 15 ans –voire moins-, souvent dans des affaires particulièrement graves et violentes) ou le nombre des avortements itératifs chez des adolescentes de moins de 15 ans, on ne peut que souscrire au vœu de notre ministre de… « renforcer l’apprentissage de la citoyenneté » !

Mais ne lui jetons pas la pierre trop vite puisque le Président de la République lui-même ne cesse sur le sujet, de montrer l’exemple. Souvenez-vous :

« J’ai depuis plusieurs mois mis la jeunesse au cœur de ma campagne présidentielle (…) Je m’adresse à la jeunesse pour m’adresser à toute la société » répétait-il avant d’être élu. Et plus tard, lors d’un déplacement à Strasbourg :

« Je ne viens pas faire un discours sur la jeunesse mais un discours à la jeunesse et donc à la France » pour « bâtir son destin ». Ajoutant, comme si tout cela ne suffisait pas : «En donnant confiance à la jeunesse nous mettrons notre pays en mouvement » alors qu’ « aujourd’hui tout est brouillé, confus, obscur, triste" ». Il n’en rate décidément aucune…

Être jeune et le rester est devenu l’une des obsessions de l’homme des temps modernes qui  n’accepte plus l’idée de vieillir dans une société du paraître où la beauté et la jeunesse  sont en permanence mises en avant. D’ailleurs, les lobbies du commerce et de l’industrie font de la jeunesse, tout comme les politiques, un authentique produit de consommation.

Cela porte un nom : le jeunisme. Cela même dont Philippe Muray nous disait avec autant d’humour que de pertinence : «Et si  le jeunisme, ou la juvénophilie, cette religion du temps, n’étaient que l’autre nom du ressentiment ? » Ou encore : « Le jeunisme est la maladie sénile de l’Histoire. Il y a un chantage lâche à l’âge, une intimidation par le temps. Les publicitaires adorent le jeune, c’est le gibier d’élection de ces gibiers de potence, et une raison supplémentaire de détester dans un même sac la pub et les jeunes. »(1)

Ajoutons-y, sans regret, le gouvernement de François Hollande ! 

                                                                                                                                     Jean-Yves Pons

(1). Philippe Muray, Désaccord parfait, Ed. Gallimard collection tel, Paris, 2000.

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