Les indulgences du Ministre de l'Intérieur

Quand on est un possible ministrable, il ne suffit pas de se promener sur le marché de sa ville, accompagné de son chef de cabinet, de laisser filer une soi-disant confidence ("ça manque de blancos, de white") alors que les caméras sont deux mètres derrière, pour devenir le chouchou des électeurs de droite. Ce genre de pratique ne trompe personne, la ficelle est par trop usée. De même, intervenir sur les plateaux des journaux télévisés, l’air grave, le verbe fort, n’a rien à voir avec l’autorité. Le précédent occupant de Beauvau puis de l’Élysée était coutumier du fait. Les africains ont d’ailleurs une fort jolie expression pour désigner ce genre de personnage. Ils les appellent des « crocodiles », grande gueule et petits bras, variante de notre provincial « grand causeux, petit faiseux ».

Ainsi donc, la France manifestait hier dans les rues de la capitale. Le ministre de l’Intérieur avait payé de sa personne, la semaine durant, pour avertir les familles de ne pas faire le déplacement. Ce coup-ci, c’était écrit, les nervis des milices de l’ordre noir allaient frapper, et fort.

Nous étions venus en nombre, nous avons défilé, nous nous sommes rassemblés sur l’esplanade des Invalides, sur la place Vauban et dans les avenues qui y mènent. Nous n’avons pas vu le moindre néo-nazi la bave aux lèvres, prêt à en découdre avec les forces de l’ordre. En revanche, ce qui a pu être observé, c’est qu’après la dispersion, ce sont des éléments extérieurs qui sont venus chercher noises aux robocops casqués, bottés, munis de leurs boucliers et de leurs tonfas. Ceux-là étaient aisément identifiables. Pourquoi n’ont-ils pas été interceptés avant que cela ne dégénère ? Pourquoi de paisibles veilleurs pacifiques ont-ils eu à subir les rigueurs de l’interpellation, du local de garde à vue ? Car il faut être clair, sur les quelques 300 interpellations de cette nuit du 26 mai, nombreux sont ceux qui n’ont rien à voir avec les quelques énervés d’extrême droite.

Il y a des mauvaises langues qui affirment avoir vu, dans le lot des émeutiers de cette fameuse nuit, quelques individus portant oreillette. Serait-ce le retour des appariteurs ? Si j’avais vraiment mauvais esprit, je dirais que c’est tout à fait envisageable, les socialistes étant maîtres dans l’art de la duplicité. Certains, mais là ce sont des complotistes, vont même jusqu'à penser que la discrétion du dispositif policier sur certains parcours n'était pas innocente.

Quoi qu'il en soit, le bilan de cette soirée un peu chaude est éloquent. Un peu plus de 300 interpellations, qui débouchent sur à peu près 290 placements en garde à vue. Montant des dégâts ? A priori, mis à part quelques véhicules et matériels des forces de l’ordre, cela va se résumer à pas grand-chose. Quelques jours auparavant, les émeutes urbaines du Trocadéro avaient débouché sur 39 interpellations. Visiblement, pour le ministre de l’Intérieur, il est plus grave de faire le coup de poing sans rien détériorer, sans rien voler, que de se livrer au pillage général d’un quartier parisien avec le cortège de dégradations et d'agressions gratuites qui vont de pair. Qualifier indifféremment tous les interpellés comme étant "dangereux" au prétexte qu'ils seraient d'extrême droite, c'est de toute évidence un abus de langage, un raccourci facile destiné à justifier ces nombreuses et ridicules mises en garde.

Il ne s'agit pas de dédouaner les "excités" de leurs responsabilités, mais bel et bien de montrer le deux poids, deux mesures, qui semble être devenu le mode de fonctionnement normal de Manuel Valls. Il ne faut pas être grand clerc pour s'apercevoir que si les blancs manquent parfois dans son paysage de socialiste en campagne, dès qu'ils osent se faire entendre, les rigueurs policières devienent vite leur lot quotidien. Les Veilleurs en savent quelque chose. A l'inverse, lorsque le moindre rassemblement promet d'attirer la faune cosmopolite et interlope des banlieues, le dispositif policier est non seulement plus léger mais surtout nettement moins offensif.

A chacun d'en tirer les conclusions.

Pierre Guillemot

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