Arabe à l'école : Blanquer, le ministre des quartiers

source image : Pixabayb

 

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer cultivait jusqu’ici une image politique ambivalente. Caution de droite du gouvernement Philippe (avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin), il rassurait les électeurs conservateurs. Même la préférence immigrée qu’il met en œuvre en dédoublant les classes de CP et maintenant de CE1 en Réseau d’éducation prioritaire (REP) ne lui attirait pas de problème. Il a en revanche lourdement gaffé mardi 10 septembre en proposant sur BFM (à la suite de l’Institut Montaigne) de développer les cours d’arabe à l’école, et de « donner du prestige à ce[tte] langue ».

Une aberration administrative

Au sein d’un gouvernement qui s’engage pourtant à réduire le nombre de fonctionnaires, le Ministre pave la voie d’un recrutement massif d’étrangers précaires dans la fonction publique d’État. On ne peut ouvrir brusquement les vannes des concours (les CAPES et agrégation d’arabe, en l’espèce) sans en dégrader fortement le niveau d’exigence. Une erreur que paie par exemple le corps des magistrats judiciaires actuellement. Or ces dernières années, déjà, tous les postes offerts à ces concours ne pouvaient être pourvus. Et les postes de contractuels pourraient donc être attribués à des licenciés, de simples locuteurs, voire à des islamistes formés à l’étranger.

Une méconnaissance académique

Il faut dire que les départements universitaires d’arabe se portent mal. Soit que la décolonisation, l’immigration ou le djihadisme cause une désaffection pour la langue, soit que la défrancisation de notre politique étrangère et l’unipolarisation du monde aient accru notre distance avec l’Afrique (et l’Asie) blanche(s), la tradition arabisante de la pensée française est en déclin. Les postes universitaires reviennent de plus en plus à des allogènes et une part croissante des étudiants est immigrée : en voie de dés-acculturation, en recherche d’une carte de séjour et d’une couverture-santé, plus rarement désireuse d’apprendre à réfléchir.

Une incongruité culturelle

Les « Arabes » présents sur le sol national sont le plus souvent des Kabyles, des Chaouis, des Rifains, etc. Or l’arabisation des Berbères (demain des Turcs) est une faute politique qui avait déjà cours dans l’Algérie coloniale, au nom du classicisme de l’arabe littéraire. Elle est condescendante et contraire aux intérêts français (cf. le « Nous sommes arabes, arabes, arabes ! » d’Ahmed Ben Bella en 1962), face auxquels ces « profs de rabza » créeraient demain une oumma qui ne peut exister que des mains des États. Va-t-on d’ailleurs enseigner aussi le turc, langue impériale ? Ou le persan, qui fut langue administrative jusqu’aux confins chinois, et dont le rayonnement culturel était bien supérieur ?

Une ignorance de la civilisation arabe

Républicain et pluraliste, Blanquer pèche par méconnaissance de la civilisation arabe, étouffée par la constitution de l’islam. Il n’y a pas d’humanités dans les pays arabes, pas même au Maroc, pas plus qu’il n’y en a dans les autres pays musulmans : Iran, Pakistan et sans doute Indonésie. Les humanités sont occidentales : seuls les chrétiens ont pu assumer et transmettre un patrimoine païen qu’ils ont maintenu au fondement de leur civilisation et porté au pinacle de leur culture sans ressentir de contradiction avec la foi monothéiste révélée. Les enseignements dans le monde arabe sont commerciaux et techniques, et les beaux-arts et belles-lettres n’y reçoivent de reconnaissance officielle que quand ils servent le raïs. Comment pourrait-on édifier par l’étude une conscience individuelle dont l’islam condamne l’existence ?

 

Jean-Michel Blanquer a tort et la colère qu’il a montrée devant les réactions de la droite décomplexée procède d’une rage d’idéologue démenti par les faits. Peuple aristocratique, les Français mesurent l’enjeu de la promotion d’une discipline par l’État. Ils ne veulent pas en ce moment accorder cette reconnaissance à la langue du Coran. Comment les en blâmer ?

On peut certes enseigner un arabe allégé ou orienté, comme on enseigne depuis trente ans dans le secondaire l’anglais du multiculturalisme, l’allemand de l’écologie et l’espagnol des chanteuses latinas ; sans aucun classique. Une langue, un thème ; à ce régime, l’enseignement secondaire de l’arabe est effectivement moderne. Et islamique.

 

Luc Le Garsmeur

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