Taubira a entendu rugir Lyon !

Mercredi 27 mars, Taubira, ministre de la République et Garde des sceaux, pose les pieds à Lyon.

Sa venue était confidentielle, à l'inverse de celle d’Arnaud Montebourg qui, le matin même, avait reçu un accueil de plusieurs dizaines de militants en gare de Perrache qui avait vu la scène surréaliste de voir des forces de l'ordre (pas très motivées) au côté de syndicalistes de la CGT qui, tout à coup, faisaient front contre « l'ennemi commun. »

Christiane, elle, voulait assister à l'opéra dont le livret avait été écrit par son ami et collègue, Robert Badinter. 

L'opéra s'intitule sobrement « Claude », est inspiré de Victor Hugo (berrk !) qui évoque l'univers carcéral et les amours homosexuelles d'un ouvrier canut dans un bagne, lesquelles conduiront ce dernier à la mort.  

Mais de cela, les manifestants n'en avait aucune idée quand ils se sont rassemblés.

Roman Ungern (c'est moi), y était et vous raconte :

Sur le coup de 20h 20, je reçois un texto « Taubira à l'opéra à 21h. Rdv rue de la République pour l'accueillir! »

En quelques minutes, je mets ma veste, j’envoie des sms à mes amis, parents, et me voilà parti, exultant au pas de course, traversant le Rhône et arrivant sur la place de l'Opéra, derrière l'hôtel de ville.
Les gendarmes sont là, plutôt calmes, on dénombre sept camions de gendarmerie, plus un certain nombre de policiers en civil qui quadrillent le quartier. On dénombre aussi un petit groupe, discret, de militants LGBT qui me regardent arriver avec un œil mauvais.

Puis je suis rejoint, nous sommes d'abord une vingtaine à 20h 45, puis une cinquantaine vers 21 h, et enfin près de 250 quand nous commençons à manifester a 21h 26. 

Dans cette foule jeune et enjouée, je ne dirais jamais assez mon émotion de voir de nombreux jeunes issus de l'immigration, dont l'un d'eux portant un drapeau français et un drapeau « La Manif pour Tous » hurlant la Marseillaise en cœur, je crois que ce soir-là, nous nous sentions tous pleinement et entièrement français.

Puis nous nous mettons en mouvement, nous cernons l'opéra, plaçons des guetteurs à toutes les sorties, sous l'œil vigilant des gendarmes en tenue anti-émeute. 

Ne voulant pas rééditer le gazage parisien, nous évitons de trop nous approcher d'eux, et, quand c'est possible, nous montrons cordiaux avec eux et leur disons notre soutien à leur travail.

La sécurité est débordée (les manifestants LGBT ont prudemment fait marche arrière et disparu, certains en chantant « l'Internationale ») et Taubira est retenue dans l'Opéra.

Les slogans sont nombreux « Et elle où, et elle est où, est elle est où la Taubira ? Lalalala » ainsi que cette fabuleuse chanson « Taubira si tu savais, ton projet où on s'le met. Aucu- Aucu- Aucune hésitation »...

Les Marseillaises, chantées en chœur (et juste), ont visiblement un effet sur les forces de l'ordre qui font leur travail avec professionnalisme, sans concession pour les manifestants, mais sans violence inutile.

Certes, quelques gazages sont à déplorer, un de mes parents a pris un coup de matraque en plein visage, mais il faut être bien conscient que les gendarmes étaient submergés par le nombre et devaient à tout prix garder un territoire relativement sûr pour le « ministre. »

Bloquant la voiture et les cars de gendarmerie, les manifestants, en rang épais, parviennent à maintenir le ministre dans l'opéra, alors que les spectateurs lambdas sont parvenus à partir.

C'est l'arrivée, vers 22h 30, de quelques cars de gendarmerie supplémentaires qui permettront à la maréchaussée de dégager un corridor d'évacuation. Les RG, en gabardine de cuir (l'uniforme n'a pas changé depuis les années 1940), disparaissent soudainement et les gendarmes, sous les acclamations de la foule, rangent leur matraque.

L'un d'eux me glisse, avec un sourire : « Finalement vous l'avez eue la Taubira ! » On dit que le ministre a pris un œuf avant de rentrer dans sa voiture, mais l'information est à vérifier !

Bien sûr, la foule était hétéroclite : cathos bon teint, monarchistes convaincus, identitaires vindicatifs, musulmans... le rassemblement était dominé par des jeunes de 15 a 30 ans...

Si nous analysons cette opération, nous en tirons deux conclusions.

La première, c'est que Lyon, ville qu'on appelle depuis 1793 « La Blanche » pour son insoumission à la République, a montré que, selon les mots de Gérard Colomb, elle ne voulait plus accueillir « Un seul putain de ministre de ce gouvernement de merde ! ».

La seconde conclusion, c'est que les forces de l'ordre n'ont pas pris la mesure de ce qu'implique l'expression « Printemps français ».

Il ne s'agit pas d'une expression en l'air, d'un slogan sans suite :

Les manifestants se sont rassemblés en foule compacte en moins d'une heure, par texto, par internet. Ils ont mis en place ce qui naguère demandait plusieurs jours d'organisation.
Motivée, cette foule a aussi su se mesurer pacifiquement à la gendarmerie, pourtant corps d'élite parmi les forces de l'ordre du monde entier, et cerner l'opéra efficacement...

Oui, qu'on nous donne seulement dix mille hommes de la trempe de ceux qui étaient à Lyon le 28 mars, et nous la ferons, notre Restauration !

Vive le Roi !

Roman Ungern

Plan du site

 

Civilisation

|- Histoire
|- Littérature / cinéma
|- Société

 

Tribunes & éditos

|- Editoriaux
|- Tribunes

 

Qui sommes-nous ?

 

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Abonnez-vous à notre newsletter

Caricature du 28 mars 2018
« Blocage de Montpellier »

Aucun événement