Un groupe d’internautes réclame que ce soit déboulonnée la statue du maréchal Bugeaud !

De Charlottesville à Paris, Il n’y’a que quelques heures d’avions que certains n’ont pas hésité à prendre. Ces derniers jours, une petite ville étudiante de Virginie a été le témoin d’affrontements entre membres du Ku Klux Klan, divers groupuscules néo-nazis (tel que ceux de l’Alt’ Right ou le Vanguard Amercia) et leurs opposants, principalement issus du mouvement Black Lives Matter (ou mouvement « Les vies des Noirs comptent », spécialisé dans les manifestations contre les brutalités raciales). Il s’agissait pour les héritiers du Klan de protéger la statue du général Robert E.Lee, un héros du panthéon du Sud  que les autorités locales souhaitaient déboulonner du parc, où il était situé, afin de le rebaptiser « Emancipation Park ». Un néo-parfum d’ « Autant en emporte le vent » a rapidement envahi le sud profond et déclenché une vaste polémique alimentée par les propos du président Donald Trump qui s’est emporté sur les réseaux sociaux, condamnant une relecture intransigeante de l’histoire américaine.

De telles manifestations peuvent-elles avoir lieu en France alors que certaines voix se sont élevées déjà lors du quinquennat du Président François Hollande afin que celui-ci accepte de faire publier une vision plus multiculturelle de notre pays dans nos manuels scolaires d’’histoire de France ? C’est que souhaiteraient certains internautes, qui au plus fort des manifestations à Charlottesville, ont créé une page sur le réseau social Facebook intitulée « Deboulonnons Bugeaud - la statue de la honte » et qui réclament que soient déboulonnées les deux statues de ce maréchal de France, que l’on peut voir dans la capitale française et à Périgueux, et plaques commémoratives retirées.

Traité volontiers de « grosse crapule », « boucher en uniforme », « criminel de guerre »  par des internautes quelque peu passionnés, qui est donc le maréchal Thomas Robert Bugeaud (1784-1849) que l’histoire a principalement retenu comme un des principaux des artisans  de la conquête des côtes barbaresques ?  

Marquis de La Piconnerie, duc d'Isly et maréchal de France, Bugeaud est né au sein d’une famille d’aristocrates périgourdins dont les origines sont irlandaises. Homme d’armes, il s’engage, à peine âgé de 20 ans, dans le régiment des grenadiers de la Garde impériale. Il sera de toutes les campagnes, du soleil d’Austerlitz à l’Espagne en passant par la Pologne. Il rejoint les Bourbons lors de la Restauration tout en restant fidèle à Napoléon Ier qu’il s’empressera de rallier lors de l’épisode des Cent-jours.

Une fidélité qui lui coûtera son poste au sein de l’armée. Bugeaud n’en est pas moins homme de régime et un libéral. L’ultra-royalisme des légitimistes l’indispose et il tente en vain de se faire élire comme député en Dordogne en 1829. Devenu un opposant aux Bourbons, il rejoint les Orléans lors de leur avènement au trône en 1830. Il aura la charge en tant que gouverneur de la citadelle de Blaye de garder la duchesse de Berry qui a tenté de soulever en vain la Vendée et la Bretagne au nom d’Henri V, son fils.  Député d’Excideuil en juillet 1831, constamment réelu, Louis-Philippe Ier le nommera Maréchal de Camp. Il se chargera d’ailleurs lui-même d’escorter militairement Marie-Caroline de Bourbon-Sicile jusqu’à Palerme. Très rapidement, irrités par ses nombreuses provocations, il s’attire l’animosité des légitimistes qui lui reprochent son autoritarisme et son orléanisme excessif vis  à vis de l’ancienne maison régnante.

Le maréchal Bugeaud est aussi un homme de terrain. Et il déserte volontiers les bancs de l’assemblée pour s’affirmer en tant que soldat. L’interdiction des associations politiques républicaines et la réduction de la liberté d’expression votées, provoquent des émeutes en avril 1834. Bugeaud commandera un régiment chargé de réprimer le soulèvement populaire qui s’ensuit. Et bien qu’il ne sera pas à la tête de l’unité qui, persuadée que le coup de pistolet qui a tué un gendarme venait de là, massacre tout un immeuble de la rue Transonain, les parisiens le tiendront pour responsable de cette tragique bavure.

En Algérie, la conquête de cette partie de l’Afrique du Nord piétine. Les succès de 1830 ont laissé place à une révolte dirigée par l’émir Abd El Kader. Louis-Philippe d’Orléans décide de l‘envoyer réduire les poches de résistances. Il lui faudra un an pour contraindre l’émir à signer le traité de Tafna (mai 1837) qui reconnaît l’autorité de quelques villes à la France sur les côtes nord-africaines.

Mais alors que reproche-t-on donc aujourd’hui au maréchal Bugeaud dont la Légion d’honneur orne désormais le plastron ?

Gouverneur de l’Algérie en 1840, Bugeaud a préconisé que les futurs départements français demeurent sous statuts militaires bien que son rapport précise  que cela reste une « possession onéreuse dont la nation serait bien aise d'être débarrassée ». La pacification du reste de l’Algérie est restée  célèbre dans l’histoire de France sous le nom « d’enfumades ». Réfugiés dans des cavernes, Bugeaud asphyxie volontairement les habitants des villages. Des centaines de personnes décéderont, privées d’oxygène. Le parlement s’émeut de cette pratique jusqu’au prince de la Moskova, le fils du Maréchal Ney  qui interpelle les députés à ce sujet. Bugeaud ne se dérobe pas, assume et justifie ses actions par une question de …temps. D’ailleurs, on ne lui en tient pas rigueur d’autant qu’en août 1844, il défait dans l’Oued d’Isly les troupes marocaines venues apporter leur aide à Abd El Kader, forçant le roi du Maroc à reconsidérer sa position.

Sa devise Ense et Aratro, « par l'épée et par la charrue » résumera à elle –seule sa politique personnelle coloniale.

Relevé de ses fonctions en septembre 1847, il ne restera plus qu’à Henri d’Orléans, duc d’Aumale d’apporter à la monarchie de Louis-Philippe, la conclusion de la conquête de l’Algérie française. Auréolé de la gloire des héros, Bugeaud devait encore jouer un rôle non négligeable dans les événements liés à la révolution de février 1848. Poussé à la démission devant la menace de rébellion d’une garde nationale outrée par sa nomination au haut-commandement, l’histoire ne devait pas faire disparaître pour autant ce personnage controversé.

Tentant en vain de proposer son épée au gouvernement provisoire, il se rallie au neveu de Napoléon Ier, le prince Louis-Napoléon Bonaparte et se désiste en sa faveur pour l’élection présidentielle de 1848. Ce dernier le remerciera en le nommant commandant de l’armée des Alpes. Elu député de la Charente-inférieure, il meurt quelques jours après son élection en 1849 des suites du choléra.

Affirmant ne répondre à aucune demande d’un parti politique et si il ne donne aucune réelle consigne, « Anatole » qui est à l’origine de cette initiative, appelle toutefois dans un communiqué tous ceux « qui veulent en finir avec ce symbole de la barbarie coloniale et militariste » à le rejoindre sa lutte pour le déboulonnage des statues du maréchal Bugeaud. « Il s’agit avant tout d’alimenter une réflexion autour d’un passé qui ne passe pas », souligne l’internaute dans les colonnes de  «Jeune Afrique » et qui avant lui a déjà fait des émules. Ainsi en Nouvelle-Calédonie ou depuis janvier dernier, un collectif de citoyens Kanaks réclame que soit descendu de son socle, la statue de statue de l'Amiral Olry, considéré comme celui qui réprima dans le sang l'insurrection du grand chef Ataï, en 1878.

Et l’hebdomadaire panafricain de conclure dans son article :  « des pistes, un poil provocatrices (par les internautes-ndlr), ont néanmoins été évoquées : rebaptiser les rues Bugeaud en utilisant les noms de l’écrivain algérien Kateb Yacine, qui dénonçait la colonisation, ou de Lalla Fatma N’Soumer, figure de la résistance kabyle. ». 

Une hystérie collective semble s’être emparée des Etats –Unis dont certains groupes n’hésitent plus à s’attaquer  aux symboles français eux-mêmes afin de justifier leur vision étroite de l’histoire qu’ils prennent en otage sans vergogne . Mis sous pression, le maire de New York  a ordonné ces derniers jours le retrait de la plaque commémorative en l’honneur du maréchal Pétain, considéré comme « un personnage, symbole de haine » quand d’autres ont réclamé que soit déboulonnée… la statue de Jeanne d’Arc à la Nouvelle-Orléans. Une hystérie qui menace désormais de faire tâche d’huile en France.

Frederic de Natal

Commentaires  

#4 PELLIER Dominique 22-08-2017 14:55
On en est à se faire une histoire à l'odeur de rose, toute proprette alors que nous savons pertinemment que nos rois, comme les chefs républicains n'ont pas été très proprets, de toute façon. Ces crimes ne sont évidemment pas excusables, mais nous-mêmes... Ne commettons-nous pas aussi des crimes même en proférant des propos racistes ? Oh mais non, surtout pas nous !!! Tiens donc !
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#3 Baile Atha Cliath 22-08-2017 10:44
Une hystérie lamentable qui est la marque de fabrique, l'identité même de ces groupes gauchistes et fanatiquement anti-français (ou anti-blanc en Amérique) !

Ces pauvres crétins sont intoxiqués à la haine et la violence, le sectarisme et l'intolérance sont leurs deux mamelles journalières !

S'ils veulent une piste de réflexion, alors qu'ils commencent par discuter avec des historiens, au lieu de déboulonner les statues de gens qui ne leur reviennent pas !

Je suis partisan de la défense du général Robert Lee, qui n'a rien à voir avec la caricature débile qu'en font les "ant-racistes" ! Le problème est qu'avec les païens du KKK, ses défenseurs ne sont pas du tout à la hauteur...

Donald Trump a eu raison de renvoyer dos à dos le KKK et les antifas, ce sont dans les deux cas des gens incapables d'élever le débat et de faire le bien...
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#2 Jean-Yves Pons 19-08-2017 20:22
"Une hystérie qui menace désormais de faire tâche d’huile en France."
N'en doutez pas, ils y parviendront... avant de mourir sous les coups du djihad !
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#1 Valembois Serge 19-08-2017 13:34
Qu'ils y viennent!!!!!!!!!
Bande de nodocephales!!!
Serge Valembois de Lépigny
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