[Point de vue] Marion Maréchal Le Pen est-elle royaliste ?

La participation du député du Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen, au colloque « Je suis royaliste, pourquoi pas vous ? » organisé par le mouvement Action française, a suffi pour enflammer tant le microcosme royaliste que ses opposants. Le Front national, nouvelle mouture, est-il devenu monarchiste ou agit-il par nécessité de rassembler tout ce qui ressemble de loin ou de près à des « patriotes » sous son drapeau républicain ?

Petite-fille de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national (FN), faisant déjà figure d’héritière directe de sa tante Marine Le Pen, le parcours de Marion Maréchal-Le Pen laisserait penser qu’elle rassemble sous elle, tous les ingrédients du monarchisme contemporain : éduquée pendant 5 ans au sein de l’institution traditionaliste Saint-Pie X à Saint-Cloud, elle incarne, pour l’écrivain Laurent Joly, par ses « propos ouvertement contre-révolutionnaires (tout) l’héritage maurassien » de l’Action française (AF). Le plus vieux mouvement monarchiste français ne cache d’ailleurs pas son admiration pour le jeune député de 26 ans. Du plus haut de ses cadres, au plus simple de ses jeunes adhérents, tous affichent au moins une photo de cette nouvelle « Jeanne d’Arc » fantasmée qui porterait, selon eux, les espoirs d’une France réconciliée avec ses traditions et sa monarchie capétienne. Ainsi dans Street Press (avril 2015), alors que les dissensions familiales au sein du FN étaient jetées en pâture aux français, l’AF s’agaçait de ce « bordel interne », expliquant que « seuls Bruno Gollnisch et Marion Maréchal-Le Pen (avaient) su adopter une attitude politique ». Pourtant officiellement, l’AF, qui reste une école de pensée politique, ne donne pas de consignes de vote à ses troupes et ne forge aucune alliance avec les partis existants. Ce sont ses militants, plus habilement, qui au nom de leurs engagements personnels, contribuent à son essor au sein de mouvements comme le Front national et à y distiller les idées monarchistes. Preuve s’il en est : l’aveu même du sénateur-maire du 7e arrondissement de Marseille, qui confessait, lors des dernières élections municipales, qu’il avait bénéficié de l’aide de l’AF, dont l’influence est plus que grandissante dans le sud de la France. Suffisamment pour que ses opposants en exigent sa dissolution.

L’aura du député du Vaucluse ne se dément pas, y compris parmi la frange légitimiste du monarchisme français, conquise par celle qui jugeait son passage chez les traditionalistes comme une expérience « fondamentale » dans son apprentissage. Porte-drapeau de ce traditionalisme intégral si cher à Henri de Cathelineau, elle n’a pas hésité, dans un entretien accordé à Radio Courtoisie (octobre 2015), à remettre en cause cet « héritage de la Révolution française qui fait qu’on est obligé de se marier à la mairie avant de pouvoir se marier religieusement » ou encore les institutions actuelles du Saint-Siège qui, selon elle, « auraient renoncé à la supériorité du catholicisme sur les autres religions ». De quoi enflammer les monarchistes les plus ultras du légitimisme et conforter les aspirations des autres. Marion Maréchal-Le Pen est devenue le leader d’une jeunesse qui se « droitise » de plus en plus et qui n’hésite plus à donner son vote aux mouvements populistes.

La part d’influence monarchiste chez le député du Vaucluse n’est certainement pas négligeable aujourd’hui, mais, est-elle réelle ou le fruit d’un jeu politique qui a séduit les royalistes français en vue des prochaines élections présidentielles ? Légitimiste, le député du Vaucluse ? C’est son bras droit, connu sous son pseudonyme d’Arnaud Stéphan qui répond à cette question dans Libération, le 15 juin 2015 : « C’est dans les milieux royalistes légitimistes que commence son parcours politique, à l’adolescence. » Dont acte ! Oscillerait-elle donc vers le milieu légitimiste ?

C’est Vexilla Galliae, considéré comme le premier média de la Légitimité, qui se charge de démystifier le député du Vaucluse. En août 2013, nous rappelions que «Marion Maréchal-Le Pen (était) encartée dans un parti républicain, ne s’opposait pas audroit à l’IVG’ (thème cher à la droite catholique) mais (était favorable) à un déremboursement pour les répétitions », et concluions que « manifestement, elle (n’était) pas royaliste ». Il est vrai que si elle a déclaré en juin 2015 à Challenges que « La République (n’était) qu’un régime politique, et (qu’il) y a(vait) des monarchies qui sont plus démocratiques que certaines républiques », suggérant sa pleine adhésion à l’idée royale, elle avait aussi affirmé son contraire dans un entretien au journal Le Monde, 7 mois auparavant : « Je ne suis pas monarchiste ! » précisait Marion Maréchal-Le Pen, préférant avouer son admiration pour Napoléon Bonaparte ; de quoi jeter un trouble supplémentaire sur sa véritable adhésion au monarchisme français, qui cherche encore son leader charismatique.

Faisant mentir un titre du Nouvel Observateur, qui n’hésitait pas à écrire, le 4 décembre 2015, que « l’Action française (avait) quasiment disparu » en France, le mouvement monarchiste a néanmoins réussi à infiltrer tous les mouvements politiques de droite (y compris au plus haut-niveau de l’Etat, avec par exemple le conseiller de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy (et actuel directeur général de la chaîne Histoire), Patrick Buisson, élevé au lait maurassien. De quoi s’attirer les foudres de Nathalie Kosciusko-Morizet - ancienne porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy - qui affirmait que Patrick Buisson tentait de « faire gagner Charles Maurras » en lieu et place du candidat naturel de la droite en 2012. Il serait presque permis de se demander si le Front national ne fait pas du néo-monarchisme sans le savoir. Des mouvements identitaires et ultra nationalistes, comme la (défunte) Garde franque, le Lys noir ou le Parti national français, ont d’ailleurs repris à leur compte la fleur de Lys comme symbole national. Le maurrassisme semble donc être virtuellement à la tête de toutes les composantes de la droite patriotique !

Le FN n’est d’ailleurs pas le seul parti politique à courtiser les monarchistes. Que ce soit le ministre socialiste de l’économie Emmanuel Macron ou bien le très écologiste secrétaire d’État chargé de la réforme de l’État, Jean-Vincent Placé, tous se sont fendus d’une déclaration à la sensibilité monarchiste. Ce, afin de séduire un électorat dont les votes restent malgré tout très disparates, mais qui se confondent toujours avec un Front national qui ne cesse de s’ouvrir à tous, perdant peu à peu la quintessence même de ce qu’il fut à sa naissance ; un FN devenu désormais un parti de pouvoir, tel que l’Alliance nationale post fasciste de Gianfranco Fini dans les années 1990, qui était parvenue à se hisser au sommet de l’Etat.

Aucun des princes, du comte de Paris (Henri d’Orléans) au duc d’Anjou (Louis XX - Alphonse de Bourbon) n’a cependant pris le risque d’adouber Marion Maréchal-Le Pen, encore moins Marine Le Pen, pas plus que leurs prédécesseurs avant eux. Feu le comte de Paris, Henri d’Orléans, ne faisait pas mystère de son aversion pour le dirigeant du Front national, tout comme le duc de Cadix, Alphonse II, qui lui avait refusé tout soutien.

Si on peut douter de la sincérité monarchique du député du Vaucluse, qu’en est-il du Front National, dont son fondateur Jean-Marie Le Pen n’avait pas hésité en septembre 2006 à venir présenter, à Valmy, ses hommages à la « gueuse » ? Ancien lecteur de l’Action française, l’ancien député poudjadiste n’a jamais caché qu’il avait longtemps été influencé par Charles Maurras, le chantre de ce mouvement royaliste, mais ne s’en sentait pas moins républicain, comme il le déclarait lui-même dans le numéro 2814 de l’AF 2000. Le « Ni droite, ni gauche », slogan bien connu des royalistes, avait d’ailleurs été largement théorisé dans les années 1990 par Samuel Maréchal, ancien Président du Front National Jeune (et père de Marion Maréchal-Le Pen) puis par son successeur en 1999, Guillaume Luyt, ancien militant de l’AF. Depuis une décennie, le président du Front national courtisait les différentes tendances du monarchisme français, jetant la division parmi eux, non sans difficulté. C’est Marcel Chereil de la Rivière qui avait claqué la porte du duc de Cadix après ses propos contre la politique du Front national et fondé un nouveau courant schismatique parmiste, qui avait alors reconnu les droits au trône du prince carliste Sixte-Henri de Bourbon-Parme, à l’époque 36e successible au trône. L’arrivée sur la scène politique du vicomte Philippe de Villiers avait fait échouer cette tentative de fusion avec les monarchistes. Si l’Action française s’était d’abord méfiée du Front national, venu piétiner ses plates-bandes, une alliance de fait n’avait pourtant pas tardé à se dessiner au nom du compromis nationaliste si cher à Charles Maurras. Lors de sa timide approche en 1986 vers le comte de Clermont, Henri d’Orléans, le FN n’avait pas eu non plus le succès escompté.

Aujourd’hui encore, on retrouve cette même tentative de rassemblement de toutes les mouvances royalistes par le Front national, sous le linceul bleu blanc rouge. Le seul mouvement politique engagé dans le royalisme, l’Alliance royale, peine à sortir de ses habits ultra catholiques, oscillant entre courant lepéniste ou villiéiriste ; de son élu à Chartres sous l’étiquette frontiste, à son nouveau délégué national qui dans un entretien à 20 minutes (janvier 2016) reconnaissait volontiers que son mouvement se sentait proche des idées du vicomte Philippe de Villiers. Ces commentaires n’ont pas manqué de crisper certains cadres au sein de l’Alliance royale qui, en 2015, avertissait pourtant que le FN avait simplement « changé d’ADN pour devenir un partenaire obligatoire parfaitement républicain ».

« Tout ce qui est national est nôtre ! » affirme la fameuse la maxime originelle du duc d’Orléans, et adoptée plus tard comme slogan par l’Action française. Celle-ci implique-t-elle pour autant que les monarchistes, toutes tendances confondues, donnent leur vote au premier venu et soient les pions d’un parti politique au nom du salut de la France capétienne ? Entre dédain et mépris, affichés par les politiciens de tous bords entre deux élections, le monarchisme français montre, avec ce colloque inédit, qu’il reste une force non négligeable et de nouveau visible au sein de l’espace politique français. Son réveil devrait nous enseigner que si compromis il doit y avoir, il ne saurait être fait au détriment de l’héritage capétien ni baigner dans la fange des partis républicains. Marion Maréchal-Le Pen est-elle monarchiste ? C’est finalement l’archange de la droite patriote qui, le 27 avril, nous donnait la réponse lors d’un entretien au magazine Le Point : « Tout ce que je dis, c'est que je défends la Ve République, c'est un système auquel je suis attachée (…) et je suis dans le camp républicain (...) ! »

Frédéric de Natal

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